Les médecins de Napoléon par Xavier Riaud (*) , FINS
Dr Louis Foureau de Beauregard (1774-1848)
Dr Louis-Pierre Maingault (1783-1839) Venu à la médecine par son oncle, le Dr Decelles, Maingault est missionné par Corvisart pour accompagner Napoléon qu’il rencontre à la Malmaison, le 28 juin 1815. Il exerce alors depuis deux ans, rue du Faubourg Saint-Germain à Paris. A Rochefort, il embarque à bord du Bellérophon. Il a obtenu des appointements annuels s’élevant à 12 000 francs. Convaincu qu’il part pour les Amériques, il démissionne lorsqu’il apprend qu’il part sous les tropiques. Sous la pression des britanniques qui craignent de ne pas trouver d’autre médecin et du général Bertrand, il maintient son refus. Il n’aura aucun échange avec son illustre patient. Atteint du mal de mer, il ne quitte pas sa chambre du voyage. Outré, l’Empereur n’accepte pas de le rencontrer et de lui délivrer un certificat. Le 31 juillet, le médecin s’embarque à bord du bateau qui évacue les proches qui ne l’accompagnent pas à Sainte-Hélène. Maingault fait une brillante carrière sous la Restauration et est élu membre de l’Académie Royale de Médecine (Benhamou, 2010).
Dr Barry Edward O’Meara (1786-1836) Il tient le premier ouvrage publié en 1822, témoignage direct d’un proche de Napoléon sur sa captivité. Intitulé Napoleon in exile. A voice from St. Helena, ce livre résume ses notes prises à Longwood.
Tout le monde tombe d’accord. Très vite, le médecin devient un intime de l’Empereur au point de vivre à Longwood. Malheureusement, il joue un double jeu en informant Hudson Lowe de tout ce qui s’y passe. Rapports détaillés des discussions entendues, lettres violant le secret médical et retranscrivant les pathologies développées par le Corse, tout y passe. Aux captifs, il fournit des journaux et une correspondance illicite. Grâce à lui, les contraintes imposées par l’autorité anglaise est régulièrement bafouée et contournée. A partir de 1816, les deux parties comprennent tout de son comportement et se méfient de lui. Lowe ordonne son étroite surveillance et Napoléon, le 6 mai, lui demande franchement de choisir son camp (Benhamou, 2010). De même, il lui impose de lui soumettre les bulletins de santé qu’il doit remettre à Lowe et lui interdit à l’avenir de manquer à son devoir d’honorer le secret médical sous peine d’être renvoyé. Après une longue hésitation et surtout une prime de 6 000 francs offerte par l’Empereur venant arrondir ses émoluments, O’Meara accepte et annonce au Gouverneur qu’il ne lui rendra plus compte. Constatant les mauvais traitements infligés au Français, le médecin irlandais décide d’en informer la hiérarchie dès mai 1817. Apprenant cela, Hudson Lowe le menace de le congédier. Mais, sa présence est trop importante et Lowe en reste là. Il obtient des informations auprès du Dr Baxter avec lequel O’Meara s’entretient régulièrement. En janvier 1818, les relations se détériorent et O’Meara ne souhaite plus rencontrer le Gouverneur. Devant les critiques de plus en plus virulentes de l’Irlandais, Hudson Lowe demande à ses supérieurs, la révocation du médecin qui est finalement accordée le 25 juillet 1818. Avant de partir, O’Meara parvient à rencontrer son illustre patient une dernière fois, malgré les consignes expressément formulées (Benhamou, 2010, Goldcher, 2010). Sur l’île, c’est O’Meara qui effectuait les extractions dentaires dans la bouche impériale (Lamendin, 2000 ; Bastien & Jeandel, 2005). De retour dans son pays, il écrit une dénonciation des méfaits de Lowe sur le Corse qui paraît en 1922, sous le titre Napoleon in exile, or a Voice from St. Helena (5 éditions). Il est un des membres fondateurs du Reform Club. En 1836, il décède d’un érysipèle ou d’un coup de froid attrapé lors d’un meeting de Daniel O’Connell (1175-1847), homme politique irlandais surnommé le « Libérateur » ( http://www.pgil-eirdata.org , sans date).
(*) Docteur en Chirurgie Dentaire, Docteur en Epistémologie, Histoire des Sciences et des Techniques, Lauréat et membre associé national de l’Académie nationale de chirurgie dentaire. |