La célébration des défaites et non des victoires

Une étrange spécificité française

par Jean-Claude Damamme
Écrivain-Historien
Membre de la Société des Gens de Lettres
Membre adhérent de l’Association des Écrivains Combattants
Représentant pour la France de la Société Napoléonienne Internationale de Montréal

 

 

La fuite, ou, mieux encore, la débandade, selon le mot très juste de l’éditorialiste de Midi libre [un grand quotidien du sud de la France ], du gouvernement français dans cette affaire est une honte pour notre pays, qui n’avait vraiment pas besoin de cela.

Peut-on diriger un pays en pliant le genou devant un petit lobby, si agressif soit-il, dont les motivations réelles restent à déterminer ?

Peut-être cette fuite peu glorieuse fera-t-elle perdre à nos gouvernants du moment ces précieuses voix dont ils ont tant besoin pour leur carrière. Parmi ceux qui tiennent – à juste titre – Napoléon pour un grand homme, il en est déjà – j’en connais – qui ont décidé de porter leurs suffrages « ailleurs ». Ce sera justice.

Puissent ces politiciens être traités par leurs homologues du futur avec la même lâcheté que celle dont ils ont fait montre envers Napoléon.

J’ajoute que ce refus de commémorer la victoire d’Austerlitz, résultat d’une guerre que Napoléon a tenté d’éviter à tout prix (cf. sa Correspondance), est une insulte grave faite à la mémoire de tous les soldats français tués ou mutilés lors de cette campagne voulue par l’Autriche et la Russie , à la demande de l’Angleterre, soucieuse d’écarter la menace que faisait peser sur elle la présence, sur les côtes de la Manche et de la mer du Nord, de celle qui allait bientôt devenir la Grande Armée.

Je signale à ceux qui pourraient l’ignorer qu’à la fin de 1804 le gouvernement anglais versa cinq millions de livre-or aux cours de Vienne et de Saint-Pétersbourg pour financer la Coalition dont le résultat fut Austerlitz. Qui ose le dire ?

À propos, justement, de cette Angleterre, qui, avec ses fidèles complices et débiteurs, les royalistes français, éperdus de reconnaissance de les avoir remis sur un trône d’où la Révolution les avait chassés, est à l’origine de l’image sordide que l’on donne de Napoléon et de toutes les guerres faussement dites « napoléoniennes », je rappelle que, sauf erreur de ma part, Napoléon n’a jamais envoyé des tueurs à Londres pour tenter d’assassiner le détestable Premier ministre anglais Pitt qui, lui, s’autorisa cette basse besogne. Résultat : une vingtaine de morts et une cinquantaine de blessés mutilés lors de l’attentat dit de la rue Saint-Nicaise, le 24 décembre 1800. Ce qui fit dire à l’Empereur que «  Cet homme tant vanté de son temps ne sera plus un jour que le génie du mal ».

Il ne doutait pas que la postérité, adroitement endoctrinée, se tromperait de coupable.

Compte tenu de ce lourd « passif », bien peu honorable, mais soigneusement dissimulé, une question se pose tout naturellement : n’y a-t-il pas eu une révoltante indécence dans l’empressement servile du gouvernement français à dépêcher le porte-avions Charles de Gaulle et plusieurs bâtiments de la marine nationale pour fêter en compagnie des Anglais, de la reine Elizabeth et du Premier Ministre Tony Blair, leur victoire – et notre défaite ! – de Trafalgar ?

 

Jean-Claude Damamme
Écrivain-Historien
Membre de la Société des Gens de Lettres
Membre adhérent de l’Association des Écrivains Combattants

Représentant pour la France de la Société Napoléonienne Internationale de Montréal

 

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