

Préface de J. David Markham
Président de la Société Napoléonienne Internationale
Auteur de Napoléon pour les Nuls
Napoléon a dit un jour : « Quel roman que ma vie! », et rien dans cette fascinante vie n’illustre davantage ce propos que l’histoire de son fils, Napoléon Francis Joseph Charles Bonaparte, plus connu par son titre « le roi de Rome », un titre auparavant réservé à un prince autrichien. Cet enfant, désiré pour des considérations politiques, allait rester un objet politique pendant pratiquement toute sa vie.
Pendant presque toute la période où il détient le pouvoir, Napoléon est le Dieu de la Guerre, le vainqueur des diverses coalitions des puissances liguées contre lui. Mais, bien qu’il ait conclu des alliances avec des nations comme la Prusse, l’Autriche, l’Espagne et la Russie, les souverains européens ne l’ont jamais réellement accepté comme un égal. De plus, il fut la cible de nombreux attentats dont les auteurs étaient habituellement des royalistes cherchant à restaurer la dynastie des Bourbons. Napoléon croyait que les attentats contre sa vie cesseraient s’il avait un fils qui pourrait servir à garantir la continuation du règne napoléonien. Profondément amoureux de sa première épouse, l’incomparable Joséphine, Napoléon espérait avoir un fils d’elle. Quand cela se révéla impossible et qu’il devint clair qu’il n’était pas en cause, il prit la difficile décision de divorcer.
Napoléon voulait deux choses de sa nouvelle épouse et ces deux choses étaient éminemment politiques. Son premier mobile était d’avoir une femme capable selon toute probabilité de lui donner un fils. Cela supposait une femme assez jeune qui venait d’une famille reconnue pour sa fertilité. Napoléon voulait aussi par ce mariage s’allier à une ancienne famille régnante d’Europe. Il pensait que cela assurerait enfin son acceptation en tant que souverain impérial légitime tout en lui conférant l’important avantage géopolitique d’une alliance permanente avec une autre puissance.
Napoléon a d’abord songé à épouser une grande duchesse de Russie, sœur de l’empereur Alexandre 1er. Cela aurait pu très probablement lui donner un héritier et la garantie que si la Prusse ou l’Autriche déclaraient la guerre à la France, elles seraient obligées de combattre sur deux fronts. Quand cette option échoua, Napoléon se tourna vers la plus ancienne famille régnante d’Europe, les Habsbourg. L’Autriche et la France allaient devenir des alliés formidables, l’archiduchesse Marie-Louise était jeune, belle et disponible, et les Habsbourg étaient réputés pour leur fertilité. Après de nombreuses manœuvres politiques, les deux parties parvinrent à un accord et le mariage fut conclu par procuration à Vienne, le 11 mars 1810.
Les vœux de Napoléon de voir sa nouvelle épouse concevoir un enfant furent comblés peu après, et toute la France se mit à attendre la naissance. Au dernier moment, faisant face à des complications très graves, le médecin informa Napoléon qu’il pourrait avoir à choisir entre sauver la vie de la mère ou celle de l’enfant. Sans hésitation, Napoléon ordonna de préserver la vie de la mère avant tout. Heureusement, les deux survécurent. Au matin du 20 mars 1811, peu après 10 h, une salve d’honneur de 22 coups de canon annonçait aux citoyens de Paris la naissance du fils de l’empereur.
Napoléon aimait beaucoup son fils, mais il n’obtint pas les avantages géopolitiques qu’il espérait. Son alliance avec l’Autriche s’avéra difficile et, après la désastreuse campagne de Russie en 1812, elle était rompue pour l’essentiel. En 1814, la femme et le fils de Napoléon devinrent tous deux des pions sur l’échiquier politique. Marie-Louise voulait aller visiter Napoléon en exil sur l’île d’Elbe, mais cela ne se fit jamais. En fait, après son abdication en 1814, Napoléon ne les revit plus ni l’un ni l’autre. En 1815, son fils fut proclamé Napoléon II pour une courte période seulement, car aucun appui politique réel ne se manifesta pour qu’il soit empereur sous la régence de sa mère. Il fut amené à Vienne, où on lui conféra le titre de duc de Reichstadt et où il fut éduqué comme un prince autrichien. Il mourut de tuberculose à 21 ans.
Dans les pages de ce livre, l’auteur raconte l’histoire de la vie dorée mais triste du roi de Rome. C’est une fenêtre sur la politique et la société de cette époque, un récit attristant qui contribue à l’éducation du lecteur.
J. David Markham |
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