Analyses de Science & Vie :

Une méthode non validée par les tribunaux internationaux

 

Le moment est donc venu de poser cette question : qu’en est-il de ces révélations que l’on doit au magazine de vulgarisation Science & Vie ?

 

En premier lieu, on constatera sans surprise que, cette fois, M. Lentz n’utilise pas le vocable de « saillie ». Simple distraction sans doute, car on ne saurait l’imaginer réservant cette sorte de gracieuseté aux seuls « empoisonnistes ».

 

Nous nous intéresserons aux résultats obtenus en laissant de côté l’exposé technique. La lecture du magazine y pourvoira. Mais l’article est (en apparence) tellement complexe (pour le profane) que sa compréhension est aléatoire, et toute personne ne possédant pas un minimum de formation scientifique ne pourra qu’adhérer, impressionnée et subjuguée, aux arguments avancés sans pouvoir se forger une opinion personnelle en toute connaissance de cause.

 

N’était-ce d’ailleurs pas le but recherché ?

 

Rappel non superflu : alors que MM. Lentz et Tulard, pour ne citer qu’eux, ont toujours mis en doute l’authenticité des cinq mèches provenant de la collection Weider en insistant lourdement sur cette formule employée par tous les toxicologues : « Cheveux attribués à… », curieusement, on ne les a pas entendus proférer la moindre réserve sur les cheveux analysés à l’instigation du magazine Science & Vie sous la direction du laboratoire de toxicologie de la Préfecture de Police de Paris.

 

Sur ce même sujet de l’origine des cheveux, les historiens napoléoniens hostiles à la thèse ne se sont jamais interrogés sur cette étrangeté : comment expliquer que cinq mèches de cheveux provenant des quatre coins du globe et qui, à les en croire, auraient été prélevées sur cinq personnes différentes, pouvaient présenter – toutes – des concentrations de poison accablantes ?

 

Cela leur paraissait limpide et naturel.

 

Pour remettre cette subtile (et hypocrite) argumentation sémantique à sa véritable place, on rappellera une fois encore – et le docteur Kintz le précise d’ailleurs dans son exposé – que toute personne investie de pouvoirs judiciaires ne peut utiliser la mention « Cheveux de… » que s’il les a coupés – lui-même – sur la tête de la victime ou du sujet.

 

Que révèlent les résultats publiés par Science & Vie ?

 

Que les cheveux analysés présentent des concentrations en arsenic supérieures aux concentrations physiologiques, et que cette répartition est « assez  homogène » sur la longueur du cheveu. Et comme cet arsenic, toujours d’après le magazine, est également présent sur des cheveux prélevés en 1805 et 1814, donc avant l’affreuse tragédie de Sainte-Hélène, on ne saurait parler « d’intoxication par ingestion », mais d’une contamination par des « produits conservateurs ».

 

La contamination serait donc externe.

 

Or, explique le docteur Kintz, si l’arsenic provient des produits de conservation, il ne se dépose que sur la surface du cheveu, et dans ce cas, la procédure de décontamination évoquée précédemment l’en débarrasse. Le toxique passe dans l’eau de lavage. Il suffit alors d’analyser cette eau : si elle contient une grande quantité de toxique, cela prouve que l’arsenic est bien « exogène » (externe).

 

Cette analyse de l’eau de lavage a été faite. Et alors ? N’étant, pas plus que M. Lentz, spécialiste de toxicologie, je me tourne vers le docteur Kintz pour obtenir une réponse :

 

« Ils n’ont rien trouvé, ce qui prouve que l’arsenic ne vient pas de l’extérieur. »

 

Peut-être convient-il alors de s’interroger sur la valeur réelle de cette « preuve par trois qu’il n’y a pas eu intoxication » administrée sur un ton sans réplique par Science & Vie.

 

On notera avec intérêt – et surprise – que l’auteur de l’article, s’appuyant sur les dires de deux médecins américains dont l’un, semble-t-il, est …chirurgien esthétique, n’hésite pas à mettre en cause les méthodes de décontamination employées par le docteur Kintz, dont nous avons précédemment mentionné la qualité. Ce qui fait dire à Ben Weider dans un numéro hors-série du Figaro Magazine consacré à Napoléon :

 

« Cela revient à mettre en cause les compétences professionnelles d’un homme qui est tout de même président de la Société Française de Toxicologie Analytique. C’est grave. »

 

On ne saurait mieux dire.

 

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