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Jean-Claude Damamme, FINS
Empoisonnement de Napoléon
VÉRITÉS • MENSONGES
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Remettez cette épée à mon fils Mort de napoléon à Ste-Hélène
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AFFAIRE DE L’EMPOISONNEMENT LES CERTITUDES ÉTRANGES
DU DIRECTEUR DE LA FONDATION NAPOLÉON Au
mois de novembre de l’année dernière, dans son numéro 1022, le magazine de
vulgarisation Science & Vie publiait un dossier sur l’empoisonnement de
Napoléon, d’où il ressortait, analyses scientifiques à l’appui, que,
contrairement à ce qui avait été établi par l’Institut de Médecine Légale de
Strasbourg, l’arsenic contenu dans les cheveux de Napoléon n’était dû qu’à des
produits utilisés pour la conservation de ses cheveux. L’auteur de ce dossier,
annoncé en couverture sous le titre : Exclusif : Napoléon n’a pas été
assassiné, affirmait de manière péremptoire : « La thèse de
l’empoisonnement à l’arsenic ne tient pas ». On découvrira – et c’est fâcheux pour la démonstration que l’on nous assène – que, contrairement à celle employée par l’Institut de Médecine Légale de Strasbourg pour analyser les cheveux donnés par le Canadien Ben Weider, la méthode utilisée n’est pas reconnue par les tribunaux internationaux – un comble quand il s’agit de déterminer si une intoxication arsenicale est, ou non, d’origine criminelle ! – et n’a fait l’objet d’aucune communication dans les revues scientifiques, les seules que reconnaissent les chercheurs de haut niveau.
C’est ce que nous développons dans les pages
qui suivent. Faut-il y voir une relation de cause à
effet ?
Le
14 janvier, à l’initiative du grand quotidien les Dernières Nouvelles d’Alsace,
s’est tenue à Strasbourg une conférence « à deux voix » à laquelle
ont participé le docteur Pascal Kintz, de l’Institut de Médecine Légale
(Université Louis-Pasteur) de Strasbourg, et M. Thierry Lentz, directeur de la
Fondation Napoléon.
Thème (sensible) : l’empoisonnement de
Napoléon.
Rappelons que le docteur Kintz, président de
la Société Française de Toxicologie Analytique, a réalisé les analyses des cinq
mèches de Napoléon que lui avait confiées le président de la Société
Napoléonienne Internationale de Montréal, Ben Weider. Objet de ces
analyses : détecter dans les cheveux de l’Empereur la présence potentielle
d’arsenic, déjà mise en lumière par des analyses précédentes.
Rappelons
aussi que l’autre intervenant, M. Lentz, est, lui, un adversaire déterminé de
la thèse d’un possible empoisonnement (criminel ?) de Napoléon.
Une
équipe avait été envoyée par Ben Weider pour filmer la manifestation. Au nom du
« droit à son image », le directeur de la Fondation Napoléon
interrompit le début de la conférence, refusant que le film fût utilisé par la Société
Napoléonienne Internationale, et arguant qu’il n’avait pas été préalablement
informé de ce tournage. On trouvera ci-dessous la lettre adressée par M. Lentz
à Ben Weider et la réponse de ce dernier.
Soulignons que M. Lentz est venu à Strasbourg à
l’invitation des Dernières Nouvelles d’Alsace pour participer à une conférence
sur un sujet qui, il est utile de le rappeler, concerne des analyses faites à
la demande, et financées par le président de la Société Napoléonienne
Internationale. Rappelons aussi que Ben Weider a fourni au
laboratoire cinq précieuses mèches de cheveux de Napoléon dont il savait
qu’elles seraient irrémédiablement détruites. La conférence s’est déroulée en trois
parties : l’exposé de M. Thierry Lentz, celui du docteur Kintz et un
débat, essentiellement entre les deux intervenants. - Sur le plan scientifique, la thèse de
l’intoxication arsenicale de l’Empereur, a été, il va de soi, présentée
magistralement par le docteur Pascal Kintz, et, il convient de le souligner car
l’exercice était difficile, de manière accessible à tous. - En revanche, la partie historique (la plus
controversée) fut laissée – et ce sera assez pour dire son impartialité – à la
seule discrétion de M. Thierry Lentz, représentant « l’école de
pensée » du Souvenir Napoléonien, c’est-à-dire celle du professeur Jean
Tulard et de ses obligés – qui, même si les autres voix sont étouffées,
n’incarne pas le seul mode de pensée sur le sujet, ni en France, ni à
l’étranger. Donc, sur ce point particulier, l’assistance n’a, comme à
l’accoutumé, entendu que les arguments – sans surprise et à sens unique – du
seul directeur de la Fondation Napoléon. Contrairement à ce qui se passe ordinairement dans un pays non totalitaire, lorsque des personnes ont des opinions divergentes sur une affaire, de quelque nature qu’elle soit, chacun est admis à exprimer son point de vue. Démocratie oblige.
Or, à quoi a-t-on assisté pendant des mois dans ce cas précis ? Depuis la communication, au mois de juin 2001, du résultat des analyses faites par le laboratoire de l’Institut de médecine légale de Strasbourg, qui s’est exprimé sur le sujet ?
Les seuls adversaires de la thèse : MM
Tulard, Lentz et autres, à qui radios, télévisions, presse écrite ont accordé
généreusement la parole sans se soucier – ce qui est surprenant de la part des
journalistes dont on sait le mal qu’ils se donnent dans leur quête de vérité –
de ceux qui ont une autre voix à faire entendre. Ils purent ainsi ridiculiser –
ce qui n’est pas nouveau, mais relève d’une stratégie parfaitement rôdée – la Société
Napoléonienne Internationale et son président, mis ipso facto dans l’incapacité
de répondre, tenir pour quantité négligeable une thèse qui s’appuie solidement
sur les résultats obtenus depuis quarante ans par les scientifiques de haut
niveau de l’Université de Glasgow, du FBI et, tout récemment, de l’Université
Louis-Pasteur de Strasbourg, et tous ceux, parmi lesquels d’éminents historiens
étrangers, qui la soutiennent. Pour ne citer que celles-là, les deux émissions
des 13 juin et 6 décembre 2001 sur Europe 1, qui ont offert à M. Lentz une
double occasion de dauber effrontément sur les « empoisonnistes »,
sont révélatrices de cette singulière situation. Aussi, puisque nous avons pu prendre
connaissance de la « bande son » de la manifestation, avons-nous jugé
indispensable de livrer aux visiteurs du site de la Société Napoléonienne
Internationale quelques réflexions sur cette conférence. À propos de l'intervention de Thierry Lentz
À propos de l'intervention de Pascal Kintz
De l'arsenic au coeur du cheveu
Débat ou chausse-trape ? Après ces deux interventions, se déroule une
manière de débat, essentiellement entre le scientifique et le directeur de la
Fondation Napoléon. - Ce dernier pose d’emblée une question qui se veut embarrassante, car il s’agit moins, semble-t-il, de rechercher une vérité que de mettre en difficulté celui qui ne dit pas ce que l’on voudrait l’entendre dire : se fondant sur les divergences relatives à la nature de l’intoxication – interne ou externe – M. Thierry Lentz laisse entendre que, selon le docteur Kintz, « les gens de Paris n’ont pas bien travaillé. »
Étrange assertion venant de celui qui reproche
véhémentement aux autres de recourir à des citations truquées, car il suffit
d’écouter l’enregistrement pour entendre le docteur Kintz dire simplement que
les scientifiques qui ont procédé aux analyses pour Science & Vie « ont
utilisé une technologie qui n’est pas validée auprès des tribunaux, qui est
inconnue et qui n’a été publiée que dans un journal de vulgarisation sans
comité de lecture. »
- La deuxième question porte sur les taux d’arsenic importants relevés par les mêmes analyses du magazine dans des cheveux qui ont été coupés avant que l’Empereur eut débarqué à Sainte-Hélène.
Cette question, anodine en apparence, est en
fait un piège insidieux, puisque le docteur Kintz n’a pas été convié à la
présentation des résultats publiés par Science & Vie. Sa présence
eût-elle été gênante ? Tout est tellement plus simple et serein quand on
reste, comme à l’accoutumé, entre soi, hors la présence d’un éventuel
contradicteur – surtout compétent.
La réponse, qui recoupe et complète la précédente, se pourrait résumer ainsi : je n’ai pas vu les données, je ne sais pas ce qui a été analysé, je ne connais rien de cette technologie qui a été utilisée pour la première fois, qui n’est pas validée sur le plan scientifique, qui n’a pas été publiée dans la littérature scientifique internationale.
Et ajoutons : contrairement, entre autres, à celle utilisée pour les analyses faites par l’Institut de Médecine Légale de Strasbourg.
« Avec la technologie en question, une technologie non destructrice, qui est un rayonnement sur la longueur du cheveu, on peut parfaitement imaginer, explique le docteur Kintz, qu’il y ait de l’arsenic chez tout le monde. D’où l’obligation d’aller le chercher au cœur du cheveu. »
C’est justement ce qui a été fait à l’Institut
de Médecine Légale de Strasbourg avec les résultats que l’on a constatés.
- Ultime manœuvre du directeur de la Fondation Napoléon : pour tenter d’accréditer que, finalement, ces taux d’arsenic étaient bien banals à Sainte-Hélène, il évoque des analyses faites par un laboratoire de Munich, qui révèleraient des taux d’arsenic assez élevés dans des cheveux d’Albine de Montholon.
La réponse à sa préoccupation se trouve dans une lettre adressée le 2 octobre 2002 par M. de Candé-Montholon à Ben Weider :
« … Par ailleurs, le professeur Maury
avait fait analyser des cheveux d’Albine de Montholon que je lui avais remis et
qui furent très probablement prélevés pour être donnés à son mari lorsqu’elle
quitte Sainte-Hélène : Ces cheveux présentent un taux normal d’arsenic
[souligné par nous] compatible avec le taux que l’on trouve aujourd’hui dans
nos cheveux. Je tiens d’ailleurs à votre disposition cette mèche, si vous
souhaitez faire procéder à une nouvelle analyse… »
Compte tenu de l’identité de l’expéditeur et
de celle du destinataire, nul doute que cette lettre paraisse suspecte à M.
Lentz ! Avant que ne s’achève la conférence, le directeur de la Fondation Napoléon revient sur les raisons qui l’ont conduit à créer un incident au début de la conférence et sur son refus d’être filmé.
Voici ce qu’il déclare à l’assistance :
« Je refuse que mon image soit remise à
la Société Napoléonienne Internationale, d’abord parce que je n’ai pas été
prévenu avant[!]. Je vous aurais lu un texte, et je n’en serais pas sorti parce
que les méthodes de cette société internationale, qui compte [on l’entend faire
semblant d’hésiter] cinq “adeptes” en France et cinq au Canada
[« adeptes » ! Quelle curieuse expression, M. Lentz ! Dans
sa lettre, reproduite au début de ce texte, Ben Weider répond à cette
lamentable mesquinerie], sont d’utiliser ce genre d’événement pour dire, par
exemple, que j’ai donné à plusieurs reprises raison au docteur Kintz ;
mais je l’ai fait avec les réserves d’usage. Eh bien ! Vous pouviez être
sûr que, demain, la presse de Montréal aurait titré : Le directeur de la
Fondation Napoléon donne raison à Ben Weider. »
Les journalistes québécois sauront certainement apprécier comme il convient ce gratifiant propos sur leur déontologie professionnelle.
Nul doute également que les professeurs
Chandler et Horward, tous deux membres éminents de la Société Napoléonienne
Internationale, apprécieront à sa juste valeur cet obligeant qualificatif
« d’adeptes ». Maintenant, lisez attentivement le passage qui
suit – il a été transcrit mot pour mot (c’est donc une fois encore du français
parlé) – car, voici ce que ce même M. Lentz, que nous venons d’entendre
volontiers sentencieux et moralisateur, répond à une question de l’animateur
sur l’authenticité des cheveux donnés par le Canadien aux scientifiques de
l’Institut médico-légal de Strasbourg :
« Apparemment quand même, je le dis, mais comme je vais le faire effacer de la cassette, M. Weider ne pourra pas le publier sur son site Internet, apparemment, les cheveux qui ont été donnés au docteur Kintz ont l’air d’être des bons, parce que, effectivement, il y a une certaine traçabilité… » Dans un téléfilm américain, cette déclaration
serait suivie de l’inévitable : « Les jurés apprécieront. »
Nous ne doutons pas que les visiteurs de ce
site fassent de même !
Des résultats cohérents depuis plus de
quarante ans
Quelques réflexions pour terminer cette
évocation de la conférence organisée par les Dernières Nouvelles d’Alsace :
- Le docteur Kintz a rappelé utilement que, depuis
les années soixante, les scientifiques qui ont eu à se pencher sur ce cas ont –
toujours – obtenu des résultats homogènes – ce qui ne ressortit pas au domaine
de cette « intime conviction », chère à M. Thierry Lentz. Ou
devrions-nous présumer que tous se sont trompés avec une remarquable constance,
et, en conséquence, remercier le magazine Science & Vie (dont les
motivations réelles restent à éclaircir) d’avoir – enfin ! – permis que la
vérité (?) se fît jour ?
- Quelle que soit l’affaire qui lui est
confiée, a rappelé le docteur Kintz, le scientifique avec ses analyses n’a pas
pour mandat de se substituer aux « faisceaux d’arguments », ni pour
prendre la place du magistrat, ou, dans le cas présent, de l’historien. Il est
cependant une différence notable entre le magistrat et l’historien napoléonien,
tel, du moins, qu’on le perçoit au travers du prisme de M. Thierry Lentz :
alors que le premier, au vu de semblables résultats d’analyse, ordonnera un
supplément d’enquête, le second n’en tiendra aucun compte au prétexte qu’il se
« moque de savoir » si le sujet, l’Empereur en l’occurrence, a été
empoisonné ou pas, car il s’agit d’un phénomène… « secondaire ».
- Le Canadien Ben Weider a fourni les pièces à conviction : cinq mèches de cheveux. Les analyses effectuées par l’Institut de Médecine Légale de Strasbourg ont révélé sans ambiguïté la présence d’arsenic en des quantités telles qu’elles ne peuvent être le fait du hasard, mais la conséquence d’une exposition chronique et répétée – contester ce fait relève de l’aveuglement, de la mauvaise foi ou de quelque autre obscure raison – mais, a ajouté le docteur Kintz, et lui a raison de le dire, « Je ne suis pas capable de dire, et cela ne m’intéresse pas, qui, pourquoi, comment. »
- M. Thierry Lentz a – publiquement – reconnu
que les cheveux analysés étaient authentiques. Ces cheveux contenaient de
fortes doses d’arsenic. - Nous savons qu’il y a au moins trois suspects avec des mobiles et/ou des enjeux colossaux et des intérêts parfois communs.
- Les scientifiques ont fait leur part. Il
importe à présent que le débat s’ouvre entre de « vrais » historiens
– entendons : animés du seul souci d’une quête de vérité absolue – et que
cesse le monopole de ceux qui, par leur mainmise sur le Premier Empire et une
habile médiatisation, rejettent les résultats scientifiques pour imposer ce
qui, en regard, ne peut plus être tenu que pour leur « intime
conviction ».
Car, contrairement à ce que M. Thierry Lentz a
affirmé au début de son intervention, élucider les causes réelles de la mort
d’un homme comme l’Empereur appartient au domaine de la grande Histoire du
monde. |
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Jean-Claude Damamme |
Écrivain, membre de la Société des Gens de
Lettres, membre adhérent de l’Association des Écrivains Combattants, représentant
pour la France de l’International Napoleonic Society, auteur de : Lannes,
Maréchal d’Empire (Éditions Payot), Les Soldats de la Grande Armée (Éditions
Perrin), La Bataille de Waterloo (Éditions Perrin) |
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