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Volume II - Chapitre 9 L’ANGLETERRE
REPOUSSE LA MAIN TENDUE Quelle
triste perspective de faire battre les
peuples seulement pour qu’ils se battent ! Le
monde est assez grand pour que nos deux nations puissent y vivre ; et
la raison a assez de puissance pour qu’on trouve moyen de tout concilier,
si, de part et d’autre, on en a la volonté. (Napoléon
au roi d’Angleterre, George III) Tandis que, dans les divers camps, son armée, qui est encore, mais pour peu de temps désormais, « l’Armée des Côtes de l’Océan », continue de s’amariner en vue de cette traversée que chacun, hormis les marins, souhaite et redoute à la fois, Napoléon tente une ultime conciliation. Alors que, rappelons-le, l’Angleterre a rompu traîtreusement la paix d’Amiens, Napoléon, le 2 janvier 1805, s’adresse au roi George III, et lui fait parvenir le document qui suit.
C’est
une lettre fort longue, mais il importe de la lire très attentivement,
car elle est la preuve irréfutable que, dès le début
de son règne, Napoléon n’a voulu et cherché
qu’une chose : la paix, et que, de 1804 jusqu’au 18 juin 1815,
date de l’apothéose funèbre de Waterloo, ceux qui
avaient été les instigateurs – ou les instruments
– de la guerre, la lui refusèrent toujours :
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« Monsieur mon Frère,[1]
« Appelé au trône par la Providence et par le suffrage du sénat, du peuple et de l’armée, mon premier sentiment est un vœu de paix. La France et l’Angleterre usent leur prospérité, elles peuvent lutter pendant des siècles ; mais leurs gouvernements remplissent-ils bien le plus sacré de leurs devoirs ? Et tant de sang versé inutilement et sans la perspective d’aucun but ne les accuse-t-il pas dans leur propre conscience ? Je n’attache point de déshonneur à faire le premier pas ; j’ai assez, je pense, prouvé au monde que je ne redoute aucune des chances de la guerre ; elle ne m’offre d’ailleurs rien que je doive redouter : la paix est le vœu de mon cœur ; mais la guerre n’a jamais été contraire à ma gloire. « Je
conjure donc Votre Majesté de ne pas se refuser au bonheur
de donner elle-même la paix au monde ; qu’elle ne laisse
pas cette douce satisfaction à ses enfants ; car enfin
il n’y eut jamais de circonstance ni de moment plus favorables pour
faire taire toutes les passions et écouter uniquement le
sentiment de l’humanité et de la raison. Ce moment une fois
perdu, quel terme assigner à une guerre que tous mes efforts
n’auraient pu terminer ? Votre Majesté a plus gagné,
depuis dix ans, en territoire et en richesses, que l’Europe n’a
d’étendue : sa nation est au plus haut point de prospérité :
que peut-elle espérer de la guerre ? Coaliser quelques
puissances du continent ? Le continent restera tranquille :
une coalition ne ferait qu’accroître la prépondérance
et la grandeur continentales de la France. Renouveler les troubles
intérieurs ? Les temps ne sont plus les mêmes.
Détruire nos finances ? Des finances fondées
sur une bonne agriculture ne se détruisent jamais. Enlever
à la France ses colonies ? Les colonies sont pour la
France un objet secondaire, et Votre Majesté n’en possède-t-elle
pas déjà plus qu’elle n’en peut garder ? Si Votre
Majesté veut elle-même y songer, elle verra que la
guerre est sans but, sans aucun résultat présumable
pour elle. Quelle triste perspective de faire battre les peuples
seulement pour qu’ils se battent ! Le monde est assez grand
pour que nos deux nations puissent y vivre ; et la raison a
assez de puissance pour qu’on trouve moyen de tout concilier, si,
de part et d’autre, on en a la volonté. J’ai toutefois rempli
un devoir saint et précieux à mon cœur. « Que
Votre Majesté croie à la sincérité des
sentiments que je viens de lui exprimer et à mon désir
de lui en donner des preuves. »
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La duplicité répond à la sincérité L’Empereur ne pouvait évidemment pas s’en douter. Mais au moment où sa proposition de paix parvenait aux ministres anglais, ceux-ci venaient d’utiliser toutes les ressources de leur fourberie pour renouer les fils d’une troisième coalition contre la France, et, de Saint-Pétersbourg, de Vienne, de Berlin, arrivaient des dépêches annonçant que les souverains russe, autrichien et prussien étaient tout disposés à prêter une oreille complaisante aux desseins du gouvernement anglais. À
une condition tout de même : que l’Angleterre payât
de son or les frais de cette nouvelle guerre.
Quant aux hommes qui allaient être sacrifiés, leurs vies pesaient peu en face des intérêts des négociants anglais. En laissant entrevoir la possibilité d’une puissante diversion, cette adhésion des cours européennes apaisa les affres des habitants d’Albion. Le roi d’Angleterre, évidemment – la réponse de Londres nous éclaire à ce sujet – ne condescendit pas à répondre lui-même à Napoléon. C’est son ministre des Affaires étrangères, Lord Mulgrave, qui s’en chargea en s’adressant le 14 janvier à son homologue français, Talleyrand :
« Sa
Majesté Britannique a reçu la lettre qui lui a été
adressés par le chef du gouvernement français
[souligné par nous], datée du 2 de ce mois. « Il
n’y a aucun objet que Sa Majesté ait plus à cœur que
de saisir la première occasion de procurer de nouveau à
ses sujets les avantages d’une paix fondée sur des bases
qui ne soient pas incompatibles avec la sûreté
permanente
et les intérêts essentiels de ses États. Sa
Majesté est persuadée que ce but ne peut être
atteint que par des arrangements qui puissent en même temps
pourvoir à la sécurité et à la tranquillité
à venir de l’Europe, et prévenir le renouvellement
des dangers et des malheurs dans lesquelles elle s’est trouvée
enveloppée. Conformément à ce sentiment, Sa
Majesté sent qu’il lui est impossible de répondre
plus particulièrement à l’ouverture qui lui a été
faite, jusqu’à ce qu’Elle ait eu le temps de communiquer
avec les puissances du Continent avec lesquelles Elle se trouve
engagée par des liaisons et des rapports confidentiels, et
particulièrement avec l’empereur de Russie, qui a donné
les preuves les plus fortes de sagesse et de l’élévation
des sentiments dont il est animé et du vif intérêt
qu’il prend à la sûreté et à l’indépendance
de l’Europe. » Notons la grossièreté de ce gouvernement anglais. Alors que Napoléon, courtoisement, s’adresse à George III en sa qualité de souverain d’Angleterre, le cabinet de Londres, feignant de tenir pour nulle l’accession de Napoléon au trône de France, fait répondre au « chef du gouvernement français ». L’hypocrisie de l’inquiétude anglaise relative à « la sûreté et à l’indépendance de l’Europe » s’appréciera mieux en se reportant au premier volet du chapitre consacré au camp de Boulogne dans lequel est donné le montant des sommes versées par l’Angleterre pour assurer à l’Europe une tranquillité à sa manière. Quant
à cet empereur de Russie, qui fera semblant de devenir l’ami
de Napoléon après que ce dernier lui eut infligé
deux cuisantes défaites, à Austerlitz, le 2 décembre
1805, et à Friedland, le 14 juin 1807, sa grande « sagesse »
et « l’élévation de ses sentiments »
connaissaient quelques moments de faiblesse : au moment même
où, selon sa propre expression, il n’envisageait rien moins
que de « la forcer [la France] à la modération »,
lui-même, sans aucun droit et sans prétexte, faisait
main basse sur une partie de l’Arménie, envoyait un corps
de dix mille hommes dans la république des Sept-Îles,
en mer Ionienne, en dépit des traités conclus entre
les grandes puissances de l’Europe, traités qui déclaraient
cette république État libre et indépendant,
et préparait l’envahissement de quelques provinces persanes
limitrophes de ses États d’Asie. Aux
yeux des ministres anglais, il ne pouvait effectivement exister
de meilleur garant pour assurer la sûreté et l’indépendance
de l’Europe que cet empereur de Russie désintéressé
et de « sentiments élevés ».
Les prérogatives monarchiques de "Droit divin" contre les "Droits de l'Homme" de la France de Napoléon On peut écrire, sans risque d’erreur, que cette réponse du cabinet de Londres scellait le sort de la France, c’est-à-dire celui de Napoléon, et que, soucieuses de protéger leurs prérogatives de « droit divin » des atteintes des « Droits de l’Homme », les monarchies d’Europe n’auraient de cesse de combattre, jusqu’à ce qu’il tombe, celui qui les incarnait. Un
homme sauva l’honneur de l’Angleterre en protestant, mais sans résultat
concret, contre la réponse hypocrite faite par Mulgrave :
Charles
Fox (1749-1806) Grand
adversaire de William Pitt dont il désapprouvait la politique
haineuse envers la France, Charles Fox fut l’honneur de l’Angleterre,
qui en avait bien besoin. Champion de la liberté et avocat
passionné de la paix avec la France, ce fondateur du parti
Whig fut l’un des plus éminents et influents hommes d’État
anglais. Comme son grand adversaire, Pitt, il fut un orateur brillant,
et durant ses années dans l’opposition parlementaire, les
empoignades entre les deux hommes furent légendaires. Après
la signature de la paix d’Amiens en 1802, il vint en France et rencontra
le Premier consul pour jeter les bases de la future alliance franco-anglaise,
et fut nommé l’année suivante membre honoraire de
la section de Sciences politiques de l’Institut de France. Les relations
entre les deux hommes étaient fondées sur une estime
réciproque et une bonne volonté partagée. Quand
la guerre reprit en 1805, Fox renouvela au Parlement ses attaques
virulentes contre la politique de Pitt, disant à juste titre
que l’initiative de l’attaque incombait à l’Angleterre et
que la France ne faisait qu’exercer son droit à la légitime
défense. Il s’éleva aussi contre les subsides versés
par l’Angleterre à la Coalition, déclarant que la
guerre, désastreuse pour la nation, ne servait que les intérêts
des Bourbons. Quand Pitt mourut peu après Austerlitz, Fox
entama immédiatement des négociations avec Napoléon
et les deux hommes étaient sur le point de parvenir à
un accord durable lorsque Fox mourut. Ce décès, qui
mit un terme définitif aux espoirs de paix, fut cruellement
ressenti par l’Empereur : « La mort de M. Fox est
une des fatalités de ma carrière. » « Pourquoi
faire à l’ennemi qui nous offre la paix une réponse
évasive, indigne d’un gouvernement qui doit avoir le sentiment
de sa force ou de son honneur ? Quelle est la question ?
Nous voulons la paix ou nous voulons la guerre. Je n’examinerai
point ici si les raisons de notre commerce, la solitude qui règne
dans nos manufactures et l’esprit d'inquiétude qui plane
sur toute la population anglaise, ne sont pas des motifs assez importants
pour justifier l’opinion de ceux qui pensent qu’il serait temps
enfin de mettre un terme à une guerre suspendue un moment
pour recommencer avec plus de fureur que jamais. J’admets que la
guerre, qui nous accable de maux, est préférable à
la paix qui nous rendrait tous heureux et l’Europe avec nous ;
mais alors pourquoi ne pas le dire franchement ? Pourquoi s’obstiner
à mentir à la nation, en cherchant à lui faire
croire que c’est l’ennemi qui veut la guerre lorsqu’il vient encore
de nous offrir la paix ? [souligné
par nous] Pourquoi
enfin parler de rapports confidentiels avec l’Europe lorsque aucune
communication à cet égard ne
nous
est faite, lorsque rien ne prouve que ces rapports existent, et
que, par conséquent, l’Angleterre doive être secourue
dans la nouvelle guerre où nous a embarqués un orgueil
national mal compris et une avidité de domination que nous
devrions mieux dissimuler ? » L’homme de bien qui prononça ce discours au parlement anglais se nommait Charles James Fox.
Partisan d’un rapprochement – réel et honnête – avec la France républicaine puis impériale, chef du parti whig d’opposition à William Pitt, c’est lui qui, avec Lord Cornwallis, avait négocié la paix d’Amiens :
« Une
demi-douzaine de Fox et de Cornwallis suffiraient à faire
la fortune d’une nation », dira l’Empereur, qui portait
une profonde sympathie à ces deux hommes.
Revenu
aux affaires, Charles Fox mourra en 1806 au moment où les
négociations de paix qu’il avait entamées avec Napoléon
étaient sur le point d’aboutir : « La
mort de M. Fox est une des fatalités de ma carrière.
S’il eût continué de vivre, les affaires eussent pris
une tout autre tournure ; la cause des peuples l’eût
emporté et nous eussions fixé un nouvel ordre des
choses en Europe », dira Napoléon à Sainte-Hélène. Pour
ne pas susciter de faux espoirs, la démarche française
avait été tenue secrète entre l’Empereur et
son ministre des Relations extérieures, Talleyrand. Les
trois chambres de la législature n’en eurent connaissance
que le 4 février, lorsque Napoléon eut acquis la certitude
que la réponse évasive de Londres ne laissait plus
place au plus petit espoir de parvenir à un arrangement.
Pitt,
à la fin de la session parlementaire de 1804, annonça
sans ambages qu’il n’y aurait jamais de paix solide pour l’Angleterre
que lorsque l’on aurait usé de la France. Pour y parvenir,
il fallait reprendre la guerre - et la faire conduire par les autres
- et la continuer sans relâche. Ce principe vicieux, dénoncé
par Fox, prévaudra pendant onze années. Jusqu’au 18
juin 1815.
La sournoise "Convention de Pétersbourg" contre la France
Convention de Pétersbourg Cette
caricature illustre le traité signé secrètement
le 11 avril 1805 à (Saint)-Pétersbourg entre l’Angleterre
la Russie et l’Autriche. Au moment où l’Empereur tendait
la main au roi d’Angleterre, son Premier ministre venait de verser
des millions de livres sterling dans les caisses de la Russie et
de l’Autriche pour monter une troisième coalition contre
la France. En échange des subsides de M. Pitt, ces deux puissances
s’engageaient, la première à mettre sur pied une armée
de 180 000 hommes, la seconde de 250 000. Point important :
la convention comportait deux articles secrets rédigés
à l’instigation de l’Angleterre. L’un prévoyait que
tout arrangement avec Napoléon ne pourrait se conclure que
dans un congrès, dont le cabinet de Londres resterait libre
de faire échouer les négociations pour obtenir des
conditions plus humiliantes pour la France. L’autre, qui visait
l’Empereur en personne, stipulait que la coalition pourrait, le
cas échéant,
imposer
un changement de gouvernement à la France, les Anglais ayant
évidemment une préférence marquée pour
les Bourbons dont ils eussent fait leurs jouets. Les tractations anglo-russes se concrétisèrent le 11 avril par la signature d’un traité, dit "Convention de Pétersbourg", aux termes duquel, moyennant le versement de subsides, la Russie s’engageait à mettre sur pied une armée de 180 000 hommes et à former une coalition dans le but, entre autres, de reprendre le Hanovre – possession du roi d’Angleterre !!! – à la France qui l’avait conquis en représailles à l’embargo mis – sans avertissement ! - par l’Angleterre sur les navires de commerce français dans le monde entier. Quant
à l’Autriche, autre mercenaire ordinaire de Londres, elle
n’avait pas manqué, par prudence, de complimenter officiellement
Napoléon de sa nouvelle dignité. Mais, alléchée,
elle aussi, par la perspective de quelques centaines de milliers
de livres, elle prêtait une oreille accueillante aux envoyés
anglais qui prêchaient la croisade anti-française. Des
mouvements de troupes avaient lieu dans l’Empire autrichien qui
avait rassemblé une armée sur l’Adige, qui étire
ses 410 kilomètres des confins de la Suisse et de l’Autriche
à l’Adriatique.
Interrogé
sur les raisons de cette insolite concentration, le gouvernement
autrichien avait répondu le plus sérieusement du monde
que cette armée avait pour mission d’établir un cordon
sanitaire destiné à empêcher une maladie contagieuse,
sévissant à Livourne, de se propager. Mais
le contenu des journaux anglais, moins discrets que les diplomates,
n’avaient pas manqué d’éveiller les soupçons
de l’Empereur, qui, cependant, résolut de laisser à
l’Autriche l’odieux de la rupture d’une paix – celle de Lunéville
signée le 9 février 1801 – qu’elle avait sollicitée
et reçue comme un bienfait.
Mouvements de troupes autrichiennes en Italie Des
mouvements massifs de troupes étaient signalés dans
l’Empire autrichien qui avait rassemblé une armée
sur l’Adige. Interrogé par le gouvernement français
sur la raison de cette concentration, le gouvernement autrichien
avait répondu que ces troupes étaient seulement là
pour établir un « cordon sanitaire »
- 80 000 hommes ! - autour de Livourne pour empêcher
une épidémie de fièvre jaune de se propager.
En réalité, Vienne était en pourparlers secrets
avec le tsar et les Anglais à Saint-Pétersbourg. Vienne
adhéra officiellement à la coalition le 9 août
1805, mais pas avant le gouvernement britannique eut payé
5 millions de livres en or à la Coalition. Néanmoins,
cette concentration de troupes, sous un prétexte aussi insolite
que celui avancé, dans cette partie de l’Italie encore sous
domination autrichienne, n’augurait qu’une chose : lorsque
l’Autriche, malgré ses protestations hypocrites d’intentions
pacifiques, se déciderait à rejoindre la coalition
qui s’annonçait, c’est là que s’ouvriraient les premières
hostilités. Les
troupes françaises présentes en Italie reçurent
donc l’ordre de se tenir sur le qui-vive.
Devant
la nouvelle menace d’invasion par ces Autrichiens détestés
dont l’Italie avait été débarrassée
par la victoire française de Marengo, Napoléon, persuadé
qu’une exaltation bien compréhensible allait s’emparer du
pays, jugea que le moment était propice pour se faire proclamer
roi d’Italie. Depuis janvier 1802, l’Empereur, alors Premier Consul,
était également président de la République
italienne. Il importe de noter que cette qualité lui avait
été reconnue par l’Europe, et même par l’Angleterre,
lors, notamment, des négociations d’Amiens. La
France devenue un empire, il était logique que les institutions
italiennes fussent désormais en harmonie avec celles du « pays-mère ».
Rien n’étant ajouté à l’étendue des
pouvoirs de la France, il ne s’agissait que d’une modification toute
nominale. Elle se fit six semaines après que le principal
intéressé, l’empereur d’Autriche, dont les ancêtres
étaient titulaires de la couronne d’Italie depuis le 10è
siècle, eut fait part formellement de son adhésion.
Son seul souhait : que les deux couronnes fussent séparées,
fut exaucé par la qualification d’empereur des Français
et de roi d’Italie qui fut adoptée. La
cérémonie du sacre de roi d'Italie, le 26 mai dans
la cathédrale gothique de Milan, fut donc de pure forme.
Napoléon roi d'Italie
Devenu souverain, Napoléon,
au-delà des Alpes, ne pouvait rester simple président
d’une république. Et, comme les Italiens ne pouvaient plus
supporter la mainmise autrichienne sur leur pays, ils ne firent
aucune difficulté pour qu’il fût érigé
en royaume, et bénéficia dès lors de l’organisation
administrative française. Pour ne pas effaroucher l’Autriche,
qui voyait d’un mauvais œil la constitution, à ses portes,
d’un royaume dépendant de la France, Napoléon voulut
donner la couronne d’Italie à l’un de ses frères.
Les difficultés que ceux-ci soulevèrent contraignirent
l’Empereur à ceindre lui-même la couronne, mais dans
le souci de ménager la cour de Vienne, il la céda
à son beau-fils Eugène de Beauharnais, qui prit le
titre de vice-roi d’Italie. Les dix années suivantes, l’Italie
récolta tous les bienfaits de l’administration napoléonienne :
construction de routes, y compris à travers les Alpes, de
ponts, d’écoles, d’hôpitaux, agrandissement des ports…,
amélioration de l’agriculture, réformes économiques
et sociales, et le plus important peut-être, introduction
du Code Civil qui unifia et modernisa le système judiciaire
italien, jusqu’alors resté d’inspiration féodale,
et qui variait d’une ville à l’autre.
L’Empereur
séjourna en Italie du mois d’avril au mois de juillet, le
temps pour lui, d’abord de faire reconnaître par le corps
législatif son beau-fils, Eugène de Beauharnais, comme
vice-roi d’Italie, d’opérer dans l’administration publique
les changements rendus indispensables par la nouvelle forme de gouvernement
– l’acte constitutionnel du royaume fut publié le 5 juin
–, de visiter les principales villes et de régler de manière
définitive le sort de l’ancienne république de Gênes,
capitale de la Ligurie, qui avait sollicité son rattachement
à l’empire français. Les Génois étaient
en effet conscients que l’isolement dans lequel ils se trouvaient
et les dangers dont leur marine et leur commerce étaient
menacés par la mainmise de l’Angleterre en Méditerranée,
leur interdisaient de réclamer une illusoire indépendance.
Lebrun,
l’archichancelier de l’Empire, fut nommé par Napoléon
gouverneur général des nouveaux départements
qui divisaient le territoire ligurien.
Eugène de Beauharnais (1781-1824)
Né, comme sa sœur Hortense du premier mariage de l’Impératrice Joséphine avec le général Alexandre de Beauharnais, Eugène était très aimé de Napoléon, qui le considérait comme son propre fils. Il l’adopta d’ailleurs officiellement. Loin d’être un soldat de salon, Eugène servit pendant la campagne d’Égypte. À l’avènement de l’Empire, il fut nommé colonel-général des chasseurs à cheval de la Garde Impériale, et, lors de la campagne de Russie, sa conduite à la tête du 4è corps fut particulièrement brillante. Le 14 janvier 1806, il avait épousé Augusta-Amélia, fille du roi de Bavière. Napoléon a dit de lui : « Si je viens à franchir un fossé, il est le seul à me tendre la main. »
Après
ces arrangements importants et quelques autres moins notables, Napoléon,
conscient qu’aucun accord n’était possible avec les Anglais
revint à Paris pour s’occuper de son grand projet :
envahir « Albion la Fourbe ». (À suivre)
[1] C’est le
protocole qui, dans la correspondance de souverain à
souverain, imposait cette formule inhabituelle.
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