Volume II

Chapitre 7

 

LE CAMP DE BOULOGNE (1)

ET L’ANGLETERRE TREMBLA …

 

Chaque vent qui souffle d’Angleterre

ne m’apporte que haine ou outrage

(Bonaparte, en 1803, à Lord Withworth,

ambassadeur d’Angleterre à Paris)

Il ne faut jamais s’y méprendre.

 

L’Angleterre a toujours tenu la paix d’Amiens signée le 25 mars 1802 comme une simple trêve destinée à lui permettre de reprendre son souffle après une lutte de longue haleine contre la France républicaine, et à l’endormir pour un temps dans une illusion trompeuse. Mais, jamais, à aucun moment, elle n’a considéré le traité comme le point de départ d’un état de paix destiné à durer.

 

Pour un ministre anglais, Lord Hawkesbury, la signature du traité devait permettre de « maintenir l’intégrité de l’empire britannique, d’obtenir pour ses alliés les meilleures conditions possibles, d’assurer la conservation des conquêtes les plus précieuses faites par les armées anglaises pendant la guerre… ».

 

Si le document signé à Amiens avait accordé tout cela à l’Angleterre, il ne lui garantissait plus la prépondérance de son commerce, et les négociants anglais commençaient à en ressentir les effets néfastes : ranimés par la paix, encouragés par le Premier Consul, l’industrie et le commerce français avaient pris un essor qui, de l’autre côté de la Manche, faisaient grincer les dents.

Il était donc hors de question que cette France ravagée par les excès de la Révolution redevînt un concurrent, c’est-à-dire un danger pour cette hégémonie que l’Angleterre a toujours tenue pour une prérogative de droit divin.

 

Hors de question également qu’elle renonçât aux immenses bénéfices qu’elle retirait de son négoce planétaire, car ils lui permettaient d’entretenir des troubles perpétuels sur le continent grâce aux subsides versées aux monarchies d’Europe.

 

Il fallait donc rompre sans retard cette détestable « trêve » d’Amiens.

Avec la mauvaise foi qui a toujours été la marque de la diplomatie anglaise, le cabinet de Saint-James ne trouva rien de mieux – car le Premier Consul avait, lui, exécuté de bonne foi les clauses du traité – que d’en contester l’article 10. Cet article stipulait que les Anglais devraient, trois mois après la ratification du traité, remettre l’île de Malte aux chevaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem.

carte de la Méditérannée et île de Malte

Au mépris de l’article 10 du traité d’Amiens, les Anglais refusèrent de rétrocéder l’île de Malte aux chevaliers de l’Ordre, car elle était la clé, à la fois des opérations navales et du commerce maritime en Méditerranée. Le 15 mars 1803, Bonaparte rapporta devant le Conseil d’État les paroles qu’il avait dites à l’ambassadeur anglais, Lord Withworth :« La France ne peut reculer la-dessus sans reculer sur tout le reste. Ce serait contraire à l’honneur. Si l’on cédait sur ce point, ils demanderaient Dunkerque. »

On notera que l’Angleterre ne pouvait invoquer une quelconque mauvaise volonté du Premier Consul, qui avait scrupuleusement respecté les clauses du traité : Naples, Tarente et les États romains devaient être évacués par les troupes françaises dans les trois mois ; ils le furent en moins de deux mois.

Après de longues discussions destinées à endormir Bonaparte, l’ambassadeur anglais à Paris, Lord Withworth, (il fut l’instrument du gouvernement anglais dans l’assassinat, en 1801, du tsar Paul 1er, « coupable » d’avoir voulu se rapprocher du Premier Consul) présenta le 2 mai 1803 à Bonaparte une note en forme d’ultimatum par laquelle le roi George III – plus précisément ses ministres, car, entre ses accès de démence de plus en plus fréquents, il lui eût été bien difficile de gouverner quoi que ce soit – exigeait que l’Angleterre conservât une garnison dans l’île de Malte pendant dix années – Malte aux mains des Anglais, c’était la Méditerranée interdite aux navires français – que la petite île de Lampedusa située entre Malte et la Tunisie fût cédée à l’Angleterre en pleine propriété et que la Hollande fût évacuée par les troupes françaises.

 

Et, généreusement,  l’ambassadeur accordait … six jours ! au Premier Consul pour faire connaître sa réponse.

La surprenante patience de Bonaparte

 

Regardons bien le comportement du Premier Consul dans cette affaire, car il est celui, caractéristique, du même homme qui, en 1801, disait : « C’est avec horreur que je fais la guerre », et qui, toujours, ses correspondances et ses paroles le prouvent, tentera, n’en déplaise à ses détracteurs, d’imposer la voie de la paix et non pas la voix des canons. 

 

Bien que provoqué de manière éhontée, le Premier Consul fit preuve d’une surprenante patience et de beaucoup d’adresse : il répondit, par l’intermédiaire de son ministre des Relations extérieures, Talleyrand, que la demande faite par Sa Majesté le roi d’Angleterre à propos de Malte changeant une disposition essentielle du traité d’Amiens, il ne pouvait rien décider à ce sujet sans avoir l’avis de l’Espagne et de la République batave (Hollande), parties contractantes du traité, ainsi que les empereurs d’Allemagne et de Russie, qui, avec le roi de Prusse, s’étaient portés garants de l’article relatif à la restitution de l’île de Malte ; que, par ailleurs, l’île ne Lampedusa n’étant pas possession de la république française, il ne pouvait ni refuser ni accéder à la demande du roi George de disposer de cette île  ; qu’enfin, pour la question de l’évacuation de la Hollande, le Premier Consul renouvelait son engagement qu’elle se ferait aussitôt que les stipulations du traité d’Amiens, pour chacune des parties contractantes, seraient fidèlement exécutées.

 

Pour tenter de trouver une solution à cette affaire de Malte, pourrie par les Anglais, Bonaparte demanda directement au tsar Alexandre, dont il ignore la duplicité, sa médiation, puis il insista auprès de son ambassadeur à Paris, le comte Arcadi-Ivanowitch Markoff.

 

Voici ce que ce dernier écrivit à Alexandre, et ces quelques lignes doivent être lues très attentivement pour prendre la mesure des concessions que le Premier Consul était prêt à faire pour sauver la paix quoi qu’il lui en coûtât :

 

« Le Premier Consul me dit que si l’Empereur [Alexandre] adjugeait Malte à l’Angleterre à perpétuité ou pour un temps, il s’y résignerait comme on se résigne à la perte d’un procès que l’on croyait bon ; mais qu’il tenait à honneur et à devoir de ne pas la céder de son propre mouvement et de sa propre détermination. Cette réponse me parut si noble, si loyale, si généreuse, que c’est avec un redoublement de zèle et de chaleur que je m’acquitte de la commission que m’a donnée le Premier Consul. »

 

Billet qu’il convient d’apprécier à son juste prix, car l’intéressé était animé d’une haine du gouvernement français, et plus particulièrement de son chef,  qui faisait les délices – et les affaires – du cabinet de Londres.

 

L’acte de piraterie du gouvernement anglais

 

La bonne volonté du chef de l’État français ne laissait d’autre choix à l’Angleterre que de prendre l’initiative de la rupture.

 

Elle le fit à sa manière ordinaire : brutale et lâche.

Voici ce que purent lire les sujets britanniques dans la London Gazette, datée du 17 mai 1803 sous la plume d’un nommé W. Fawkner :

 

« En cour au palais de la reine, le seizième jour de mai. Sa Majesté le roi présent en conseil.

 

 George III (1760-1820)

Atteint de démence, le roi d’Angleterre fut un jouet entre les mains de son premier ministre William Pitt, ennemi de la France républicaine puis impériale. C’est lui qui, sans déclaration préalable, signa le décret donnant ordre aux vaisseaux de la Royal Navy de s’emparer et de mettre l’embargo sur tous les navires de commerce français et hollandais dans le monde entier. Un acte de piraterie sans précédent dans l’Histoire qui fit de 1 200 vaisseaux et de leurs équipages les otages de l’Angleterre.

« Il est aujourd’hui ordonné par Sa Majesté et de l’avis de son conseil privé, qu’aucun navire ou vaisseau appartenant à quelque sujet de Sa Majesté ne pourra, jusqu’à nouvel ordre, entrer dans aucun des ports des républiques française et batave, ou de ceux occupés par les armées de France.

 

« Sa Majesté ordonne en outre qu’il sera mis un embargo général ou arrêt sur tous les bâtiments appartenant aux républiques française et batave, quels qu’ils soient, qui se trouvent présentement ou qui pourront venir dans les ports, havres ou rades du Royaume- Uni…, ainsi que sur les personnes et marchandises trouvées à bord des dits bâtiments ; entendant que les plus grands soins soient pris pour la conservation de tout ce qui composera leurs cargaisons, de manière qu’elles n’éprouvent aucun dommage ou distraction… »

 

Les navires marchands et leurs équipages furent traîtreusement et brutalement arraisonnés et mis sous séquestre dans les ports anglais, et ceux qui étaient en mer poursuivis sans relâche – et sans danger pour eux – par les vaisseaux de la Royal Navy.

 

À la suite de cet acte de pure piraterie, au sens le plus fort du terme, par

lequel plus de mille deux cents navires de commerce français et hollandais s’étaient retrouvés otages  de l’Angleterre, le cabinet britannique ne visait qu’à contraindre la France à signer un deuxième traité, dont, bien sûr, les conditions seraient infiniment plus avantageuses pour l’Angleterre que ne l’étaient celles du traité signé à Amiens.

 

Et pour faire bonne mesure, le gouvernement anglais donna l’ordre aux navires de la Royal Navy de bombarder tous les ports français de la Manche, de Granville jusqu’à Calais. Point capital à noter : aucun de ces ports n’abritait de navires armés ou en cours d’armement.

 

Le Premier Consul ordonna que tous les propriétaires dont les maisons avaient été endommagées fussent indemnisés sur-le-champ par le trésor public.

 

Le duc de Cambridge, commandant en chef de l’armée hanovrienne, prend la fuite

 

Bonaparte n’ignorait rien des exigences sourdes de l’Angleterre, comme il le fit savoir à l’ambassadeur de Prusse à Paris, le marquis de Lucchesini ?

 

« L’Angleterre feint d’avoir des inquiétudes ; je sais ce qu’elle voudrait pour les calmer. Il faudrait admettre de nouveau un commissaire anglais à Boulogne et à Dunkerque, combler les ports de la France et brûler les ateliers de ses manufactures. Pour traiter les Français de la sorte, il faut leur supposer une âme de boue et point de sang dans les veines. »

 

Bonaparte n’avait donc plus d’autre solution que le recours à la force.

La réaction – normale – ne se fit pas attendre : le gouvernement français fit arrêter tous les citoyens britanniques présents sur le sol français, ensuite, et surtout, il lança, le 26 mai, une opération militaire contre le Hanovre, fief de la couronne britannique, seul moyen d’atteindre l’Angleterre sur le continent et d’avoir des sujets britanniques à échanger contre les marins français prisonniers.

 

Avec sa lâcheté coutumière, le gouvernement anglais invoqua la neutralité du Hanovre, qui « n’était pas en guerre avec la France. »

 

Apprécions la réponse française transmise par Talleyrand :

 

« La France ne peut cependant reconnaître dans Sa Majesté britannique deux personnes, l’une qui jouirait de la paix, tandis que l’autre provoquerait toutes les horreurs de la guerre. »

 

 Mortier

C’est le général (et futur maréchal) Adolphe Mortier (1768-1835) qui conduisit avec succès l’opération contre le Hanovre, possession de la couronne d’Angleterre, décidée par le Premier Consul pour répliquer à l’agression anglaise contre les navires de commerce français et hollandais. Dans une lettre adressée à Bonaparte, Mortier écrivit : « Citoyen Premier Consul, l’armée hanovrienne était réduite au désespoir ; elle implorait votre clémence. J’ai pensé qu’abandonnée par son roi [d’Angleterre], vous voudriez la traiter avec bonté. » Ce qui fut fait. L’armée hanovrienne était forte de 39 000 hommes, le corps expéditionnaire français n’en alignait que 13 000.

Menée avec succès par le général, et futur maréchal, Mortier, cette opération donna à la France la maîtrise des embouchures de l’Elbe et de la Weser, ce qui interdit ipso facto aux Anglais la navigation de leurs navires sur ces deux fleuves et le débouché de leurs marchandises sur ce point.

 

Notons, pour le plaisir de l’anecdote, qu’à l’annonce de l’approche des troupes françaises, le duc de Cambridge, l’un des fils du roi d’Angleterre et commandant en chef de l’armée hanovrienne, s’était enfui (comme l’avait d’ailleurs fait son frère, le duc d’York, au mois d’octobre 1799 en Hollande pour ne pas être fait prisonnier par les troupes du général Brune), après avoir, il est bon de le souligner, juré quelques jours auparavant « de mourir les armes à la main plutôt que de permettre aux Français de s’emparer du Hanovre. »

 

À l’annonce de l’expédition qui menaçait sa possession du continent, le roi d’Angleterre avait fait distribuer à profusion parmi ses sujets hanovriens, un manifeste injurieux sur les Français et leur chef, le Premier Consul. Aussi, dès son arrivée, le général Mortier avait-il répondu à la provocation par une proclamation dans laquelle on relève les phrases suivantes :

 

« … Le roi d’Angleterre, parjure à ses engagements les plus sacrés, a faussé sa signature en refusant d’évacuer Malte, ainsi qu’il s’y était solennellement obligé par le traité d’Amiens ; il a donné le signal des hostilités, et dès lors, il demeure seul responsable devant Dieu et devant les hommes des calamités que le fléau de la guerre pourraient attirer sur les États soumis à sa domination… »

 

Les ports des alliés hollandais et espagnols de la France furent fermés aux Anglais, et les faillites, qui, du fait de l’embargo, s’étaient multipliées en France et chez ses Alliés, se mirent, par un juste retour des choses, à sévir de l’autre côté de la Manche.

 

La fourmilière de Boulogne

 

Dès la rupture de la (fausse) paix d’Amiens, le Premier Consul s’était rendu compte que, pour en finir avec les troubles provoqués par l’Angleterre, il lui faudrait frapper un grand coup.

 

Ce grand coup, ce devait être l’invasion des îles britanniques.

« Une descente et un séjour de deux mois en Angleterre seraient pour la France une paix de cent ans », disait Bonaparte.

 

Quand on prend la mesure de la malfaisance dont s’étaient rendus – et continueront de se rendre – coupables les ministres anglais, le projet d’une telle expédition se justifiait donc pleinement.

 

On ne dira en effet jamais assez la criminelle et lâche responsabilité de cette Angleterre qui, de 1793 à 1815, versera aux monarchies européennes soixante-six millions de livres – soit un milliard et demi de francs or de l’époque ! (dont la moitié entre 1811 et 1815) – pour ruiner et mettre à genoux la France par des guerres incessantes.

 

C’est bien le gouvernement anglais du temps, et lui seul, qui porte la responsabilité des centaines de milliers de victimes que les livres d’Histoire – mais pour plaire à qui ? – imputent toujours à Napoléon.

 

À partir du moment où le gouvernement consulaire eut manifesté son intention de faire traverser la Manche à son armée pour mettre à la raison celle que l’on ne désignait désormais que sous le vocable de « perfide Albion », il y eut, dans la France, entière un grand élan patriotique.

 

Presque tous les départements votèrent la construction d’un vaisseau de ligne, les grandes villes offrirent une frégate, chaque commune, selon sa population et ses ressources, faisant don d’une prame (pour le transport de la cavalerie), d’une canonnière, d’un bateau plat ou d’une péniche.

 

La Hollande même, à qui la rupture, par les Anglais, de la paix d’Amiens avait fait éprouver des pertes immenses, apporta un zèle particulièrement actif dans la construction des bâtiments de la flotte d’invasion.

 

Ceux qui n’avaient rien dans les poches offraient leurs bras et les militaires n’étaient pas les derniers, qui abandonnaient une partie de leur solde pour participer concrètement à l’effort de guerre.

 

Tous les bateaux ne furent pas construits – leur nombre eût été trop considérable – mais les fonds récoltés pour leur mise en chantier furent alloués aux dépenses d’armement et d’entretien de la flottille.

 

Paris devint, pour un temps, une manière d’arsenal : deux chantiers se mirent à fonctionner, l’un en face des Invalides, l’autre au quai de la Râpée.

 

À son achèvement, la flotte d’invasion de l’Angleterre ne comptait pas moins de deux mille trois cent soixante-cinq bateaux de toute espèce, armés par dix-sept mille marins, dont mille deux cents officiers, et cette armada pouvait embarquer une armée de cent-soixante mille hommes et près de dix mille chevaux avec tout le matériel et deux semaines de vivres en campagne.

 

Des travaux considérables

 

C’est sa proximité des côtes anglaises – une cinquantaine de kilomètres des « terres basses » situées entre les falaises de Douvres et la pointe d’Hastings – qui avait fait choisir Boulogne comme quartier général de l’opération.

 

 Le Camp de Boulogne

Misant sur la faiblesse de l’armée anglaise, Bonaparte puis Napoléon décida de frapper l’Angleterre au cœur. Pour envahir et réduire au silence ce pays qui suscitait des troubles partout en Europe contre la France, il fit construire une véritable armada de quelque 2 400 bateaux pouvant transporter 160 000 hommes, 10 000 chevaux et 450 canons. Après avoir raillé ce qu’ils appelaient avec leur mépris coutumier « la flotte lilliputienne », les Anglais de la côte, pris de panique se réfugièrent à l’intérieur des terres.

Qualifié, avant qu’il n’eut été choisi pour le vaste dessein, de « méchant havre » formé par l’embouchure d’une petite rivière, la Liane, le port de Boulogne avait fait l’objet de travaux considérables.

 

Les officiers du génie avaient d’abord fait niveler le terrain avant de tracer les chemins d’accès aux futurs baraquements. Puis, ils avaient fait creuser un bassin, construire des quais, des jetées, un barrage à écluse pour garder les navires à flots au moment du reflux, édifier un fort en pierre sur le musoir terminant la jetée de l’ouest…

 

Une ligne d’embossage composée de navires de la flottille préservait la ville et le port des bombardements anglais, et le système s’était renforcé de trois forts édifiés pour l’occasion, le fort de l’Heurt, le fort de la Crèche et le Fort en bois.

 

Mais comme, en dépit de tous ces aménagements, Boulogne ne suffisait pas à la tâche, navires, embarcations et hommes furent répartis sur les communes environnantes de Wimereux, Étaples, Ambleteuse. Il y en eut même jusqu’à… Ostende, en Belgique.

 

Dans ce camp, que l’on connaît sous l’appellation générale de « Camp de Boulogne », soldats et marins travaillaient d’arrache-pied sous l’œil du Premier Consul Bonaparte, et bientôt de l’empereur Napoléon, pour être fin prêts lorsque le grand jour arriverait.

 

En effet, dès qu’il eut été sacré empereur, Napoléon continua de se rendre à Boulogne pour se placer au milieu de ses soldats, et c’est là, que le 16 août 1804, lendemain de son anniversaire, il procéda au nez et à la barbe de la Royal Navy dont les navires croisaient devant les côtes françaises [1], à une remise massive de croix de la Légion d’Honneur, non seulement à des soldats, mais aussi à un grand nombre de fonctionnaires civils invités à Boulogne pour la circonstance.

 

 Distribution de la Légion d'Honneur

C’est dans un enthousiasme indescriptible qu’eut lieu la distribution des croix de la Légion d’Honneur. Tous, quelque fût leur grade : grands officiers, commandeurs, officiers et simples légionnaires, s’approchèrent successivement du trône et reçurent des mains même de l’Empereur cette décoration créée par le Premier Consul en 1802 pour honorer les mérites militaires et civils. Au loin, impuissante, croisait une escadre de la Royal Navy.

Aux salves de joie des pièces d’artillerie française saluant Napoléon, faisait écho la canonnade impuissante des navires britanniques au large.

 

Un spectacle qu’aucun de ceux qui y assistèrent ne devait oublier.

 

(À suivre)

 

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[1]La haine des Anglais pour Napoléon ne s’arrêta pas avec son décès en 1821. La chronique boulonnaise rapporte que, pendant la seconde Guerre mondiale, les pilotes de la Royal Air Force de retour de mission manquaient rarement de mitrailler la colonne dorique, haute de 53 mètres dite « Colonne de la Grande Armée », édifiée au nord de Boulogne, en direction de Calais. Elle avait le tort d’être surmontée d’une statue de l’Empereur.