Volume II - Chapitre 4
AU TRAVAIL AVEC
L’EMPEREUR (3)
L’ADMINISTRATEUR ET LE BÂTISSEURPartant du
principe que des événements particuliers peuvent entraver, voire interrompre
les travaux en cours, Napoléon veille à ce que ce qui a été commencé ne soit
pas perdu. Objectif
fixé chaque année aux ingénieurs : viser à l’achèvement complet par des
achèvements partiels : « Tout
commencer, c’est pour ne rien finir. », se
plaît-il à répéter. Aussi pour pallier les effets de cette tendance naturelle des directeurs de travaux à commencer la besogne par tous les bouts à la fois – ce qui est « son épouvantail » – Napoléon a-t-il adopté un système d’une logique imparable. Un de ses secrétaires nous l’explique : « A
chaque fonds qu’il accordait, il assignait un résultat déterminé ; il voulait
que chaque saison de travail eût son produit immédiat et fini, et que, pour les
travaux de longue haleine, il y eût toujours une proportion nette et
progressive entre les sommes qui se dépensaient et la fraction de travaux qui
s’achevaient. Prenons quelque exemple. Un travail devait-il se répartir sur dix
années ? Chaque année épuisant un dixième du crédit total devait produire
un dixième fini dans la totalité de l’ouvrage. Accordait-il vingt-cinq millions
pour perfectionner une place de guerre ? Il fallait bien se garder d’aller
mettre le marteau à tort et à travers dans tout ce qui existait, de manière à
courir le risque de n’avoir plus qu’une place démantelée pendant toute la durée
des nouveaux travaux ; une guerre pouvait intervenir et, dans ce cas, on
se serait trouvé avoir dépensé son argent à faire du mal au lieu de faire du
mieux. On devait suivre une marche toute contraire ; il fallait que, sans
porter aucune atteinte à la force actuelle, on ne travaillât qu’à
l’accroître ; chacune des améliorations
projetées devait, l’une après l’autre, et au fur et à mesure de la dépense,
s’introduire complète et finie dans l’ancien ensemble. » En termes simples, une nouvelle place de guerre devait, dès les premiers travaux, être susceptible d’un commencement de défense, fût-ce comme un simple poste avancé. Plus de routes et de canaux que tous les Bourbons réunisIl n’est
pas que les bâtiments de guerre qui bénéficient de la vigilance de l’Empereur.
Il en va de même pour les bâtiments du patrimoine civil. Lorsqu’il entreprend, après avoir arrêté le plan de l’ensemble, la seconde galerie du Louvre, il demande à l’architecte d’exécuter le travail par travées. Explication : « Si je ne puis achever, du moins je ne veux pas laisser
après moi une longue file de piliers tronqués, attendant tristement debout
qu’on les couronne de leur voûte et du reste de l’édifice ; le coup d’œil
du Carrousel s’embellira d’autant d’arcades complètes que j’aurai pu en élever
et le service des Tuileries profitera de cette aile plus promptement que du
Louvre. »
En 1801, l'Exposition des produits de l'Industrie dans la Cour Carrée du Louvre fut comme le symbole de la prospérité retrouvée sous le Consulat.
S’agit-il
du percement d’un canal ? Même souci. Une fois le tracé défini, il exige
qu’un premier tronçon soit ouvert en totalité et que l’on continue, sans
s’interrompre, en ayant soin de toujours terminer ce qui a été commencé : « Il vaut mieux entrer tous les dix ans en possession d’un canal de dix lieues que d’avoir un siècle à attendre pour qu’un canal de cent lieues soit terminé. » Autre
exemple, celui de l’ouverture d’une route. Les ingénieurs ne doivent pas
bouleverser tout le tracé existant, mais dérouler la chaussée « toise par
toise » sur l’espace à aplanir, et les travaux effectués sont utilisés
séparément de ceux qui restent à faire. À la base
de ce système une volonté : que la communauté profite aussi vite que possible
des dépenses engagées par l’État. Reçu en mars 1802 après la signature de la paix d’Amiens par celui qui n’était encore que le Premier Consul, le marquis de Lucchesini, ambassadeur de Prusse, avait été surpris de trouver dans le vainqueur des forces de la deuxième Coalition, un homme tout entier tourné vers la paix. Dans une dépêche à son gouvernement, le diplomate mentionnait que Bonaparte lui avait parlé « avec conviction de canaux à perfectionner et à ouvrir, de routes à tracer et à réparer, de ports à nettoyer, de villes à embellir, du culte et des établissements pieux à doter, d’instruction et d’éducation publiques à payer… »
Le Lycée Bonaparte, actuellement Lycée Condorcet Quand on sait que cet ambassadeur était – et sera toujours – un ardent ennemi de la France républicaine, consulaire, puis impériale, son témoignage a du prix ! Sait-on qu’en en moins de quinze années, et malgré quinze années de coalitions incessantes, Bonaparte, puis Napoléon, a fait percer plus de routes et de canaux que tous les Bourbons réunis ? Rappelons à
ce sujet une phrase – elle a été écrite en 1803 peu avant la rupture de la paix
d’Amiens – de l’ambassadeur russe en poste à Londres, Woronzov, bien connu lui
aussi pour son hostilité à la France nouvelle, au Premier Consul Bonaparte puis
à l’empereur Napoléon : « Son système de gouvernement [du cabinet de Londres] sera toujours d’anéantir la France comme son unique rivale, et de régner, après, despotiquement sur l’univers entier. » Sur les douze années tragiques qui vont suivre, cette seule phrase jette, sans ambiguïté possible, une lumière nouvelle et crue que l’on ne peut– ou ne veut – jamais regarder en face tant la propagande anglaise, relayée par ses fidèles Alliés, les royalistes français, fut bien faite. Il est donc opportun de dresser ici un inventaire de quelques-uns des travaux poursuivis ou entrepris pendant l’Empire :
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Le Pont d'Austerlitz
Aux
quelques exemples (trop) sommaires donnés ci-dessus, on l’aura compris :
celui en qui on ne veut généralement voir qu’un homme de guerre, fut un grand
bâtisseur dont les rêves, qui se situaient loin des champs de bataille, furent
sans cesse interrompus par les guerres imposées par les monarchies européennes,
pour le seul bénéfice de l’Angleterre. Le Conseil d’État, « supplément de la pensée
administrative » Même si cette phrase de l’Empereur est bien connue, il est toujours utile de la citer pour tenter de le débarrasser de cet habit de guerrier jamais assouvi qu’on l’a forcé à endosser en donnant à croire qu’il y trouvait de la satisfaction : « Ma gloire n’est pas d’avoir gagné quarante batailles ; ce que rien n’effacera, ce qui vivra éternellement, c’est mon Code Civil et les procès-verbaux au Conseil d’État. »
Bonaparte Premier Consul entouré des membres du Conseil d'État
Qu’est-ce
donc ce Conseil d’État dont il est si fier ? L’un des
secrétaires particuliers, Fain, apporte un élément de réponse : « Ce
n’était pas un pouvoir ; ce n’était qu’un supplément à la pensée
administrative ; c’était un Conseil dans toute la force du mot, qui
n’avait de mouvement et d’action que par l’impulsion qu’il recevait de
l’Empereur ; qui ne conseillait que quand l’Empereur lui disait :
Conseillez-moi ! ; qui ne s’occupait que des affaires sur lesquelles
il était consulté ; dont le devoir alors était d’éclairer l’Empereur sur
les avantages ou les inconvénients des propositions faites par les ministres,
indiquant les amendements et les améliorations dont les projets paraissaient
susceptibles, mais ne présentant jamais que des avis [souligné dans le texte].
Tel était en effet l’intitulé officiel de ses délibérations et l’objet réel de
ses travaux. »
Attachons-nous
en premier à quelques détails pratiques.
Le lieu
tout d’abord.
L’assemblée
générale du Conseil se tient aux Tuileries dans une salle longeant la chapelle,
du côté de la cour. Principal ornement : une représentation de la bataille
d’Austerlitz décorant le plafond. Au fond de la salle, sur une estrade, le
bureau de l’archichancelier et celui de l’architrésorier ; plus haut, le
fauteuil de Napoléon. Au milieu, la table en forme de fer à cheval des
conseillers. Placée transversalement au fond de la salle, une troisième table
accueille les maîtres des requêtes. Quant aux auditeurs, ils prennent place sur
des chaises placées le long des côtés, derrière les conseillers. Il convient
de s’arrêter un instant sur les auditeurs. Disciples des conseillers, ils sont
une création de Napoléon : « J’élève des administrateurs pour l’avenir. Ils se forment dans l’atelier des règlements et des lois. Ils s’y pénètrent de nos principes et de nos maximes d’ordre public ; toujours environnés de bons conseils et de bons juges, tantôt sous les yeux du gouvernement, tantôt dans des missions importantes, ils arrivent successivement aux fonctions publiques avec la maturité de l’expérience et la garantie que peuvent me donner personnellement un caractère et des connaissances déjà éprouvées. » Ils
achevaient ensuite leur formation en allant sur le terrain : bon nombre
d’auditeurs s’endurciront ainsi à la rude école des réalités de la guerre en
participant, entre autres, à la campagne de Russie. Les
effectifs du Conseil d’État sont d’environ six cents, dont quelque deux cents
étrangers, des Allemands, des Italiens et des Hollandais, dont la présence
s’explique par la réunion de ces pays à la France. Ils sont, comme dans
l’institution actuelle, conseillers, maîtres des requêtes et auditeurs. Nombre
d’entre eux sont d’ailleurs souvent éloignés de Paris par des missions aux
armées, dans des ambassades et autres postes où leur présence s’avère
nécessaire… Nous
n’allons pas entrer dans le détail des délibérations mais, plutôt, expliquer la
vision que l’Empereur a de ce Conseil d’État et ce qu’il en attend. Pour lui,
le conseil d’État n’est pas seulement une machine « à fabriquer des
avis » mais une réserve d’hommes capables de s’exprimer en son nom au
Sénat ou au Corps législatif. Des sortes d’aides de camp civils destinés à
transmettre, non pas comme leurs homologues de l’armée les ordres d’exécution
d’une manœuvre délicate, mais des instructions civiles en se rendant partout où
la marche de l’administration a besoin d’une impulsion complémentaire. Corollaire
de cette volonté et de cette nécessité de s’entourer d’individus
compétents : l’Empereur ne s’occupe pas des querelles de partis, ne fait
pas des opinions professées par chacun à ses débuts un critère de sélection, et
si un candidat bénéficie d’une recommandation politique, il n’est agréé que
s’il est apte à la fonction. La carrière
se fait ensuite au mérite et aux services rendus par chacun. Une séance
du Conseil d’État commence à midi. Elle peut se prolonger fort tard, sauf quand
l’Empereur est absent : c’est en effet l’archichancelier, Cambacérès, qui
assure l’intérim et, dans ce cas, la séance, gastronomie oblige, se termine
immuablement à l’heure du dîner. À la
vérité, les travaux du Conseil d’État, généralement surchargés de tâches
administratives routinières, ne sont guère passionnants. Il en va différemment
lorsque l’Empereur assiste à la séance. Son arrivée
est signalée par un roulement de tambour dans la salle des gardes. Les
huissiers crient : « L’Empereur ! », et chacun se lève pour
l’accueillir. On
n’étonnera personne en écrivant que sa présence changeait le ton de la séance.
Fain écrit : « Il
n’y avait pas une délibération qui ne fût alors du plus grand intérêt, parce
qu’il y disait toujours quelque chose et que ce qu’il disait était extrêmement
remarquable. » Inconvénient
pour tous ces messieurs du Conseil d’État : les séances se prolongent
parfois fort avant dans l’après-midi. Il en était déjà ainsi sous le Consulat,
et un jour que la séance avait duré jusqu’au petit matin, Bonaparte avait
secoué son assemblée par ces mots : « Allons, allons, citoyens ministres, réveillons-nous ! Il n’est que deux heures du matin, il faut gagner l’argent que nous donne le peuple français. » Lui reste
frais. Ce qui fait écrire à l’un des maîtres des requêtes, qui se fera un grand
nom en qualité de mémorialiste du calvaire de Sainte-Hélène, Las Cases : « Je l’ai vu prolonger quelquefois la séance jusqu’au soir, et montrer à la fin autant de facilité, d’abondance, de fraîcheur d’esprit et de force de tête qu’en commençant, quand nous autres tombions tous de lassitude. »
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Contrairement
à l’une de ces légendes tenaces qui lui collent aux vêtements, l’Empereur ne se
montre pas despotique au cours de ces séances. L’un de ses secrétaires l’a vu
plus d’une fois rester seul de son avis, et Las Cases raconte qu’il
« faisait souvent remettre une affaire en discussion et même annuler une
décision déjà prise parce qu’un membre du Conseil était venu lui donner en
particulier des raisons nouvelles. » Le
règlement de l’Université connaîtra ainsi plus de vingt rédactions différentes. Quelle a
été l’épisode le plus brillant de l’existence du Conseil d’État ? Les avis
sont unanimes : la discussion des Codes.
L'exemplaire personnel de Napoléon du Code civil
"Ma gloire n'est pas d'avoir gagné quarante batailles ; ce que rien n'effacera, ce qui vivra éternellement, c'est mon Code Civil et les procès-verbaux au Conseil d'État." Les
jurisconsultes, comme il se doit, « occupèrent le tapis », mais
l’Empereur imprima sa marque. Pas autant qu’il l’eût souhaité, pour, notamment,
le Code pénal et le Code de procédure, et, jusqu’à la fin, il regrettera de ne
pas en avoir lui-même révisé les articles. Fain se
rappelle, en particulier, une séance au cours de laquelle l’Empereur fut
contraint de reculer devant la dureté systématique des criminalistes. Citons le
cas, car il est révélateur de ce sentiment d’humanité qui animait Napoléon. Menacée
d’une condamnation à mort, une femme habitant Amsterdam avait été acquittée…
trois fois ! Rien de moins. Pour des raisons obscures d’hommes de loi,
plus préoccupés de textes que d’humanité, il était question de faire passer
cette malheureuse une quatrième fois en jugement. Napoléon voyait dans ces
trois acquittements une raison suffisante pour que la justice la laissât enfin
tranquille. Le cours de la justice n’est pas achevé, lui répliqua le président
de la cour de Cassation, qui fut suivi de toute l’assemblée des juristes. Alors,
isolé dans sa conviction d’humanité, l’Empereur eut ces mots : « Messieurs, on prononce ici par la majorité ; je demeure seul ; mais je vous déclare que, dans ma conscience, je ne cède qu’aux formes. Vous m’avez réduit au silence et nullement convaincu. Quant à la question de grâce, cela me regarde, et si le quatrième jugement dément les trois premiers, j’entends bien user de mon droit. » Le secrétaire d’État Hugues-Bernard Maret : un Berthier civilLa journée
s’achève par le travail en compagnie du secrétaire d’État, fonction qui n’était
pas alors celle de sous-ministre que nous connaissons aujourd’hui. La tâche –
écrasante – consiste à centraliser et à répartir l’essentiel du travail et des
ordres de l’Empereur relatifs à la gigantesque machinerie impériale. En
schématisant, on peut écrire que le secrétaire d’État est auprès de Napoléon
empereur – en tout temps et en tout lieu, en voyage, en campagne ou au palais
des Tuileries – ce que le major général, le maréchal Berthier, est auprès de
Napoléon, chef de l’armée. Dès qu’une
décision de Napoléon est devenue décret, son exécution relève de la
responsabilité du secrétaire d’État. À partir de ce moment, selon l’importance
du sujet et/ou les distances à parcourir, toute la machine – messagers d’État,
courriers, télégraphe, et au besoin, tous les auditeurs du Conseil d’État – est
à sa disposition. Résumé de
la fonction vue par Napoléon : « De
mon ministre secrétaire d’État, émanaient tous les actes. C’était le grand
notaire de l’Empire ; signant et légalisant toutes les pièces, par lui, je
faisais partir mes décisions et mes volontés dans toutes les directions et
partout ; si bien qu’avec le secrétaire d’État et une demi-douzaine de
secrétaires, je pouvais gouverner l’Empire du fond de l’Illyrie ou des rives du
Niémen avec autant de facilité que dans ma capitale. » Il fallait
à la tête de ce ministère capital un homme en qui l’Empereur pouvait avoir une
confiance absolue. Il l’avait trouvé en la personne de Hugues-Bernard Maret,
fait duc de Bassano. Celui-ci occupa le poste pendant douze ans, jusqu’au
mariage de Napoléon avec Marie-Louise en 1810, date à laquelle il prit celui de
ministre des Relations extérieures, avant de le reprendre deux ans plus tard.
Maret sera fidèle à l’Empereur jusqu’à sa dernière bataille, celle de Waterloo. L’Empereur « ferme ses tiroirs »Comme tout
un chacun, l’Empereur termine sa journée par le dîner. Il se met à table vers
sept heures, seul avec l’Impératrice quand il est aux Tuileries, avec ses
ministres à l’issue du conseil du mercredi, en campagne, avec les maréchaux
Berthier et Bessières, et avec le secrétaire d’État Maret. Outre la
table de l’Empereur, il y a celle des grands officiers, ordinairement présidée
par le Grand Maréchal du Palais, Duroc, ou en son absence, par le Grand Écuyer,
Caulaincourt, ou l’aide de camp de service auprès de l’Empereur. On notera
seulement que cet homme, cible permanente des tueurs royalistes, ne prend, à
l’étonnement de ses proches, aucune précaution particulière pour sa sécurité et
qu’il fait toute confiance à ses serviteurs, « leur abandonnant sa vie,
comme s’il n’eût pas même eu l’idée du danger. » À ce sujet,
le secrétaire Fain, pourtant bien placé, écrit qu’il n’a « jamais entendu
parler d’inquiétude d’empoisonnement, ni de précautions extraordinaires. » Nous ne
reviendrons pas sur les goûts culinaires de l’Empereur – ils n’ont pas changé
depuis Malmaison – ni sur le temps qu’il passe devant ses plats : pas plus
de quinze à vingt minutes. Après avoir
dîné, Napoléon passe dans le salon de l’Impératrice Marie-Louise. Il y retrouve
la duchesse de Montebello, veuve du maréchal Lannes et dame d’honneur de
Marie-Louise et les officiers de service au palais, des maréchaux, des
ministres, et des intimes comme Cambacérès, Duroc, Caulaincourt, Lavallette,
Savary, le général Bertrand (qui prendra la suite de Duroc après sa mort en
1813), l’un des ses aides de camp, le général comte de Narbonne… La soirée
s’achève généralement vers neuf heures ou dix heures. L’Empereur regagne ses
appartements. C’est toujours le moment que choisit Maret pour se mettre en
embuscade et lui soumettre une dépêche urgente arrivée par le télégraphe, un
document à signer ou un article du Moniteur à relire avant de l’envoyer
à l’imprimerie. Alors, et
alors seulement, Napoléon peut envisager de prendre le repos de l’homme
ordinaire, mais pour y parvenir, il a, comme on s’en doute, une méthode toute
personnelle : « Quand je veux interrompre une affaire, je ferme son tiroir et j’ouvre celui d’une autre. Elles ne se mêlent point l’une avec l’autre et jamais ne me gênent ni me fatiguent. Veux-je dormir ? Je ferme tous les tiroirs et me voilà au sommeil. » *** |