Volume II

Chapitre 2

 

AU TRAVAIL AVEC L’EMPEREUR (1)

 

Le jardin des Tuileries

 

Si Malmaison est un lieu où l’on peut conjuguer travail et (relative) détente, ce palais des Tuileries, « triste comme la grandeur », selon le mot bien connu de Bonaparte, est la résidence officielle de l’homme qui dirige la France.

 

LES TUILERIES : LE PALAIS DU POUVOIR

 

Dans le palais, Napoléon occupe l’appartement donnant sur le jardin, à l’extrémité des appartements du premier étage.

 

Après un premier sommeil, il se lève vers deux heures du matin et, vêtu d’une simple robe de chambre, il se rend dans son « cabinet intérieur » : deux pièces, l’une où travaille l’Empereur, l’autre, qui n’est qu’une pièce de passage dans laquelle il ne s’arrête jamais.

 

Là, dans le calme de la nuit, il en profite pour approfondir les détails des affaires que son emploi du temps ne lui a pas permis de régler pendant la journée. Quand le jour vient à poindre, il appelle son valet, Constant – il avait été d’abord attaché au service de Joséphine – et lui demande de lui préparer un bain. À cinq heures, il se recouche.

 

Deux heures plus tard, il est définitivement debout pour une nouvelle journée marathon.

 

À quoi ressemble son cabinet de travail ?

 

Au milieu de la pièce, décrite comme de « médiocre grandeur », éclairée par une unique fenêtre percée dans un angle et donnant sur le jardin, un bureau dessiné par Napoléon en personne. Sans doute moins esthétique que le « magnifique bureau » décrit par l’un des secrétaires, Meneval, à l’époque du Consulat, mais astucieusement conçu : au centre, deux échancrures, l’une pour l’Empereur, l’autre pour la personne qui lui fait face et peut ainsi discuter avec lui à distance raisonnable. Avec ses deux extrémités formant deux larges arrondis pour recevoir les papiers des dossiers en cours, ce bureau ressemble à un violon.

 

Près de la cheminée, sur un coin, une causeuse recouverte de taffetas vert. Napoléon s’y assoit pour lire les innombrables dépêches qu’il se réserve, et que l’on dispose en pile, au fur et à mesure de leur arrivée, sur un petit guéridon placé à côté de la causeuse.

 

Napoléon travaille le dos à la cheminée, face à la porte donnant sur le salon. Dans l’embrasure de la fenêtre, une table à laquelle est assise le secrétaire, « silencieux comme les meubles ».

 

Tout, ou très peu s’en faut, ce qui concerne la France et l’Empire passe par les mains de l’Empereur. Y compris l’état des menues dépenses pour sa personne : elles sont calculées pour que l’ensemble de sa toilette – deux uniformes par an, culottes et vestes blanches, bottes bas, souliers et tous les accessoires – ne dépasse pas les 1 500 francs (annuels !).

 

La quantité de courrier reçu est considérable, car aux papiers et dépêches officielles envoyées par les ministres, les ambassadeurs de toutes les parties de l’Empire et du monde, s’ajoutent les interminables sollicitations recueillies par le chambellan lors d’une audience, par un aide de camp retour d’une revue, par l’écuyer qui a fait sa moisson au cours d’une partie de chasse, sans préjudice des demandes, plaintes et suppliques apportées simplement par les services de la poste.

 

À cela s’ajoutent toutes les questions relatives à sa Grande Armée : effectifs, positions, matériels, approvisionnements…, car l’Empereur ne laisse à personne le soin de veiller au bon fonctionnement de cette prodigieuse machine de guerre, garant de la sécurité du pays.

 

Secrétaire : un labeur de bénédictin

 

Autant de papiers parasites sous lesquels risquent de disparaître les correspondances d’État, mais que Napoléon a l’élégance de ne pas négliger, car, dit l’un de ses secrétaires, « il recherchait tous les moyens de faire prompte justice à ceux dont il était à bon droit le refuge. » Il se passait guère une semaine qu’une réclamation justifiée n’obtînt une réponse.

 

À charge pour le secrétaire particulier de faire un tri dans tout ce fatras épistolaire.

 

Déjà, lors de la première Campagne d’Italie, le poste n’était pas de tout repos : nommé secrétaire du général en chef Bonaparte, un jeune homme succomba à la tâche.

 

L’Histoire a essentiellement retenu trois noms : ceux de Bourrienne, Meneval et Fain.

 

Condisciple de Bonaparte à l’école militaire, le premier fut révoqué pour avoir été compromis dans un scandale financier et remplacé par Meneval, ancien secrétaire de Joseph Bonaparte. Mais la charge de travail était telle qu’elle risquait d’user rapidement les forces d’un seul homme. Aussi l’Empereur lui adjoignit-il Fain, chef de division à la secrétairerie d’État. La fonction exigeait tant de discrétion que Napoléon lui-même écrivit de sa main sur les Mémoires de Fleury de Chaboulon, maître des requêtes au Conseil d’État : « Meneval et Fain vivaient si retirés qu’il est des chambellans, qui, après avoir servi quatre années au palais, ne les avaient jamais vus. »

 

Meneval a raconté avec un humour certain son premier jour de travail avec celui qui n’était encore que le Premier Consul :

 

« Je m’assis auprès d’une table qui était placée dans l’embrasure de la croisée ; j’attendis pendant près de deux heures que le Premier consul rentrât ; il arriva enfin, tenant à la main un papier, sans paraître faire attention à mon installation dans son cabinet, comme si j’en eusse été l’hôte habituel et y eusse constamment occupé la même place ; il me dicta une note pour le ministre des Finances avec une volubilité telle que je pus à peine le comprendre et écrire la moitié de ce qu’il me dictait. Sans me demander si je l’avais entendu et si j’avais achevé d’écrire, il me prit le papier des mains et ne me permit pas d’essayer de le relire ; comme je lui fis remarquer que c’était un griffonnage illisible, il rentra dans son salon avec ma note, en disant que c’était une matière familière au ministre et qu’il saurait bien s’y reconnaître. Je n’ai jamais su si M. Gaudin avait pu déchiffre mon écriture. Je craignais que mon papier ne me revînt avec une demande d’explications que j’aurais été dans l’impossibilité de donner ; mais je n’en entendis plus parler. »

 

On peut considérer comme faisant partie intégrante du Cabinet le Bureau topographique, bureau itinérant qui suit l’Empereur dans toutes ses résidences et, bien sûr, en campagne. À sa tête, l’ingénieur géographe Bacler d’Albe. C’est l’homme que Napoléon fait venir lorsqu’il a besoin de lire des dépêches militaires sur une carte. Le bureau topographique est une pièce dont presque toute la surface est occupée par une vaste table. Albe y déploie ses cartes et ses plans, et, par des épingles à têtes rouges ou noires, indique les positions respectives des troupes françaises et ennemies.

 

Grâce à une savante combinaison de couleurs, le géographe met en valeur, rivières, montagnes, frontières, reliefs, puis il prépare les calculs de distance, met en évidence l’échelle de la carte, ouvre le compas. Puis il attend.

 

Quand tout est prêt, Napoléon arrive. Après le rapport sommaire du géographe, le compas, tenu par la main impériale, se déplace entre les épingles. Ce qui donne occasionnellement lieu à une scène comique : la grande dimension des cartes obligeant l’Empereur à s’étendre de tout son long sur la table, Bacler d’Albe, qui veut rester maître de la situation, fait de même. Les deux hommes sont souvent tellement absorbés par leur observation que leurs têtes en viennent à se cogner. Une exclamation, peut-être un juron, que l’on peut raisonnablement attribuer à l’Empereur, interrompt un instant l’examen du terrain.

 

Grande et petite polices

 

Regardons maintenant le fonctionnement du secrétariat.

 

La journée commence par la signature – mais toujours après les avoir relus – puis par l’expédition des courriers concernant les décisions prises la veille.

 

Ensuite, lecture des dépêches reçues pendant la nuit et de sa correspondance du matin, à laquelle s’ajoutent les copies des documents les plus intéressants envoyées par la maréchal Berthier, major-général de la Grande Armée, par le ministre de la Guerre et le ministre des Relations extérieures.

 

Dès qu’une lettre est lue et qu’elle a reçu une réponse, Napoléon la laisse tomber au sol. Dans le classement du Cabinet, cela s’appelle le répondu. Sur la table, s’empile ce dont l’Empereur s’occupera au cours de la journée : c’est le courant. Une troisième pile, qui correspond aux affaires sur lesquelles il entend réfléchir constitue le suspens.

 

Il n’est pas de gouvernement sans polices plus ou moins secrètes, grandes pourvoyeuses de bulletins de toutes natures.

 

Ceux du ministère de la Police égrènent leur sinistre lot de crimes, d’incendie, d’accidents de tous les coins de l’Empire, ce que nous appelons aujourd’hui « les faits divers ».

 

La préfecture de Police fournit, elle aussi, sa moisson de renseignements. Comme ils ne concernent que les événements qui se sont produits au cours de la nuit précédente, ils présentent l’intérêt de l’actualité immédiate.

 

La police militaire n’est pas en reste, qui fournit des indications précieuses dans le domaine réservé qui est le sien : troupes traversant la capitale, nombre d’hommes dans les hôpitaux, noms des généraux arrivés ou partis vers leur affectation, état des vivres et des fournitures…

 

Enfin, et la moins importante de toutes, la « petite police » (coût : 500 francs par mois pris sur la cassette de l’Empereur) rapporte les ragots d’estaminets, de rues et autres places publiques. En lui confiant ce poste sans importance, Napoléon permet à un ancien chef de bataillon, qui a servi sous les ordres du général Bonaparte, de survivre décemment.

 

Comme tout chef d’État, l’Empereur est contraint d’avoir recours à ces institutions de l’ombre pour lesquelles il ne nourrit qu’une estime limitée. Aussi veille-t-il soigneusement à ce que ceux qui sont investit de ce pouvoir de police n’en abusent pas au détriment du citoyen. L’un des secrétaires, Fain en l’occurrence, cite une lettre particulièrement sévère adressée à Savary, successeur de Fouché au ministère de la Police :

 

« Vous ne deviez pas oublier que dans les affaires ordinaires, il n’appartient qu’aux magistrats de décerner un mandat d’arrêt contre un citoyen, et si par une délégation de ma dictature [au sens latin de magistrature suprême], vous pouvez vous attribuer ce droit, sachez que ce ne peut être que dans des cas très rares de haute politique ou d’urgente nécessité, encore devez-vous me rendre compte sur-le-champ de cet acte extra-légal ; mais il n’a jamais été dans mon intention qu’un tel droit pût descendre jusqu’à vos commis. C’est peut-être déjà trop qu’il descende jusqu’à vous !… C’est peut-être trop que je puisse l’exercer moi-même !.. . Dans les temps extraordinaires, il faut quelque pouvoir extraordinaire, mais si je vous ai remis de confiance une arme pour ma défense, vous seul devez vous en servir, et vous me répondez de l’abus que d’autres en feraient »

 

Cette lettre, qui a valeur de profession de foi, avait été motivée par une information extraite d’un bulletin rapportant le cas d’un citoyen jeté en prison au mépris de toutes les formes légales de la justice sur ordre d’un sous-fifre d’un bureau de police.

 

Les « corsaires » de la Poste impériale

 

Il est une autre source d’informations à laquelle Napoléon a recours, et qui s’apparente à ce que nous appelons aujourd’hui le renseignement.

 

Le produit de cette activité se présente sous la forme d’un portefeuille de maroquin rouge, marqué Gazettes étrangères. Précisons que ce système – qui n’est pas une création de Napoléon, mais de Louis XIV – lui permet de connaître ce que les diplomates étrangers aiment à réserver au seul usage de leurs propres souverains, qui, de leur côté, font de même.

 

Pour diriger un service aussi « sensible », il fallait un homme de toute confiance. Le choix de Napoléon s’était porté sur l’un de ses anciens aides de camp : Lavalette, qui resta ministre des Postes pendant la durée de l’Empire, et de ce fait, patron de ce « Cabinet noir ».

 

Comment fonctionne le système ?

 

Au moment du tri du départ et de l’arrivée du courrier, des mains habiles et discrètes saisissent les lettres des ambassadeurs étrangers, mais aussi celles de leurs subalternes, souvent bien informés et tenus à moins de réserve. Du bureau de tri, la correspondance passe directement dans ce qu’il convient d’appeler un laboratoire, ne communiquant avec le bureau de poste que par une porte secrète. Là, en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, le paquet est ouvert, les dépêches sont ouvertes, analysées et immédiatement remises dans le circuit.

 

Rien ne résiste à ces facteurs de l’ombre : ni cachets de cire, ni enveloppes compliquées, ni chiffrement, car il existe, rue du Coq-Héron, dans le quartier des Halles, une sorte d’école où l’on apprend toutes les ficelles du métier : comment utiliser la chimie, le calcul des probabilités, l’analyse grammaticale pour déchiffrer efficacement tous les messages codés, comment ramollir puis raffermir la cire pour reformer les cachets…

 

Tous les employés de cette charge un peu particulière, qui se transmet généralement de père en fils, sont pourvus, par les soins de Napoléon, de fonctions fictives qui leur permettent d’exercer leur activité en toute discrétion.

 

Pour les préparer à ce métier, l’Empereur et son ministre des Postes ne négligent rien : les futurs corsaires de la correspondance sont envoyés à grands frais dans les pays étrangers, où ils se familiarisent avec les locutions les plus populaires de chaque langue, avec les écritures les plus obscures et les abréviations les plus courantes. Les ambassadeurs français ignorent évidemment la véritable mission de ces voyageurs qui dissimulent leur activité sous le masque du commerce, de la banque ou de la diplomatie.

 

Les souverains étrangers, qui ont recours aux mêmes pratiques donnaient donc ordre à leurs représentations diplomatiques de ne pas confier aux « bons soins » des Postes impériales les dépêches importantes, mais à des courriers extraordinaires, ce que nous connaissons aujourd’hui sous le nom de « valise diplomatique ».

 

Mais il restait encore heureusement la « petite diplomatie », consulaire par exemple, qui faute de pouvoir avoir recours à de tels moyens continuait d’user de la Poste en se croyant protégés par des chiffres compliqués.

 

Si l’homme Napoléon y répugne, le chef d’État, comme tous les autres, s’y voit contraint : il arrive que certaines correspondances privées soient « explorées ». Même si c’est toujours à demande et sur le conseil des plus hautes autorités de la police, les « corsaires » des Gazettes étrangères laissent à des employés de seconde zone ce qu’ils tiennent pour de la basse besogne.

 

La mesure a parfois du bon pour celui dont la correspondance est ainsi interceptée : obligé de se réfugier en France pour son dévouement au roi Joseph Bonaparte, un Espagnol, ancien ministre du roi Ferdinand VII, végétait dans le plus grand dénuement. La lettre dans laquelle il informait l’un de ses amis de sa détresse, étant venue sous les yeux de l’Empereur, celui-ci donna ordre à l’un de ses secrétaires de lui faire envoyer chaque mois trois mille francs, pris non pas sur le budget de l’État mais sur sa cassette personnelle.

 

Enfin, après la lecture des correspondances, et celle des journaux – notamment le Moniteur dont il relit les articles qu’il a lui-même « inspirés » Napoléon s’assoit à son bureau pour attaquer la pile – et quelle pile ! – des affaires courantes.

Les dictées charades

 

Comme chacun sait, l’Empereur écrit fort mal. C’est donc davantage par pure générosité que par reconnaissance pour les services rendus qu’il puise dans sa cassette personnelle la pension qu’il verse à son ancien maître d’écriture : en effet, incapable de suivre sa prodigieuse pensée, la main, trop lente et lourde, ne trace que des caractères hiéroglyphiques, ne finissant jamais les mots, ni les lignes, et, comme l’écrit joliment l’un des secrétaires, « passant du reste sans scrupule par-dessus toutes les exigences de l’orthographe. »

 

Napoléon lui-même éprouve les plus grandes difficultés à se relire. Aussi, réservant ses devinettes à la seule Impératrice, a-t-il, pour le reste, recours à la dictée.

 

Exercice périlleux entre tous !

 

Même si le thème est bien connu, il convient de s’arrêter un instant sur la conduite des affaires de l’Empire.

 

La « machine » se met en route assez lentement, mais au fur et à mesure qu’elle s’anime, le rythme s’accélère. L’Empereur se lève alors de son bureau, parcourt à grands pas la pièce de long en large et, remarque l’un des hommes qui écrit sous sa dictée, la fréquence de ses allées et venues reflète fidèlement les mouvements de la pensée.

 

Pour le secrétaire, il est hors de question de composer, de préparer, de rédiger – Napoléon s’en charge – mais celui-ci dicte si vite que la tâche est ardue. Bien des plumes se sont usées à cet exercice.

 

Lui faire répéter une phrase ? Il ne saurait en être question, car c’eût été « intervenir comme un importun dans le tête-à-tête où son imagination s’isolait », et toute la construction de la pensée en eût pâti.

 

Pour le secrétaire qui ne doit pas se laisser déborder par les phrases qui, telles des vagues, roulent les unes par-dessus les autres, une seule stratégie : savoir laisser des blancs afin de s’accrocher au fil de la parole. Le remplissage venait après, quand le coup de feu était passé, mais pour ce faire, il importait que le secrétaire sût de quoi il s’agissait afin de traduire avec précision la pensée qui venait de s’exprimer.

 

Seule une parfaite connaissance des affaires en cours permettait au secrétaire d’y parvenir.

 

Ainsi s’exprime Meneval :

 

« Tout mon mérite consistait dans la connaissance que j’avais de l’enchaînement et de la conduite de ses affaires [de l’Empereur], dans la prévision que cette connaissance me donnait de leur direction et de leur issue et dans l’habitude que j’avais acquise de la contexture de ses idées, de la précision de son style, et de l’originalité même de ses expressions. Je ne possédais pas de procédé abréviatif comme sténographie, tachygraphie ou autre ; je n’aurais donc pas pu écrire littéralement tout ce que l’Empereur dictait, mais je notais les principaux points qui me servaient comme de repères et les expressions caractéristiques. Je refaisais la lettre à peu près dans les mêmes termes, et lorsqu’il la relisait avant de la signer, ce qui n’arrivait que quand l’objet était épineux et le préoccupait, il y retrouvait sa manière, si je puis m’exprimer ainsi. »

 

L’aubaine à ne pas rater est le moment où l’Empereur quitte son bureau. Le secrétaire se précipite sur le répondu, c’est-à-dire les feuilles qui jonchent le sol, et d’un coup d’œil, contrôle la justesse de qu’il vient de noter. Un dernier doute ? Il suffit de prendre connaissance des termes et des circonstances de la demande pour comprendre parfaitement le sens de la réponse.

 

Ces hommes de plume à l’intelligence bien rôdée sont heureux de pouvoir, grâce à ce système, rectifier des indications saisies à la volée : chiffres, données techniques, noms de personnages et de lieux, que, souvent, l’Empereur écorche au point de les rendre incompréhensibles : dans sa bouche, l’Elbe devenait l’Ebre et Salamanque… Smolensk, et vice versa ! Cela aussi est bien connu.

 

Il va de soi que chacune des dictées de l’Empereur doit être copiée, généralement deux, parfois trois fois. D’abord, une copie pour « l’expédition » : le document, qu’il faut se hâter de préparer pour le soumettre à la signature, est écrit sur du papier vélin aux tranches dorées, au format carré, sans marge et sans blanc pour les alinéas, puis une autre copie pour la « minute » destinée à remplacer le brouillon.

 

Deux heures de dictée impériale signifient une journée de travail pour le secrétaire, car Napoléon s’opposera toujours à ce que de simples commis fussent au courant de ses affaires, bureaucratie et secret étant, selon lui, incompatibles.

 

Il n’est que neuf heures du matin lorsque le chambellan annonce l’arrivée des ministres qui ont quelque communication à transmettre à l’Empereur.

 

La deuxième partie de la matinée va commencer.

 

(À suivre)

 

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