|
Volume II - Chapitre 11 (... suite 2 et fin) LES
PRÉMICES D’AUSTERLITZ (1) ULM,
OU L’INCROYABLE DÉCONFITURE AUTRICHIENNE
L’offre
généreuse de Napoléon Devant
la ville, Napoléon est conscient de ce qui attend les troupes
et les malheureux habitants enfermés dans Ulm quand débutera
l’attaque de vive force. Sachant
que le prince Jean de Liechtenstein, pour qui il a la plus grande
estime, se trouve dans la ville, l’Empereur, le 16, lui envoie en
parlementaire le capitaine comte Philippe de Ségur, attaché
à l’état-major général. Lorsque le prince
se présente au quartier général d’Elchingen,
Napoléon l’engage vivement à utiliser son crédit
auprès du général Mack pour le déterminer
à prendre une décision susceptible de préserver
les soldats et les habitants de l’épreuve terrifiante d’une
prise d’assaut : « Prince,
épargnez à la brave nation autrichienne et à
moi la nécessité d’un acte aussi effrayant :
la place n’est pas tenable. » Lichtenstein
en convint, et Napoléon accorda deux jours au général
Mack pour prendre sa décision. Décision qui ne se
fit pas attendre puisque le lendemain, le maréchal Berthier,
major général de la Grande Armée, signait avec
le général Mack une convention de capitulation.
La capitulation d’Ulm
Le 20 octobre, le général
Mack capitula et remit les clés de la ville aux troupes françaises.
Trente mille Autrichiens, dont deux mille cavaliers, faits prisonniers,
défilèrent pendant plusieurs heures devant leurs vainqueurs
à qui ils abandonnèrent leurs armes et leurs drapeaux. Le
20 octobre, de deux heures de l’après-midi jusqu’à
sept heures du soir, devant l’armée française rangée
en bataille sur les hauteurs de la ville, 30 000 hommes, dont deux
mille cavaliers, défilèrent devant leur vainqueur,
entouré de la Garde Impériale. L’Empereur
a fait venir auprès de lui les seize généraux
autrichiens, dont le général Mack, leur témoignant
les plus grands égards : « Messieurs,
l’empereur votre maître me fait une guerre injuste ;
je vous le dis avec franchise, je ne sais pourquoi je me bats, je
ne sais ce que l’on veut de moi. » À
un officier autrichien prisonnier qui s’étonnait de voir
le monarque de la France couvert de boue et crotté comme
le dernier des grenadiers, l’Empereur lui fit répondre : « Votre
maître a voulu me faire ressouvenir que j’étais un
soldat ; j’espère qu’il conviendra que le trône
et la pourpre impériale ne m’ont pas fait oublier mon premier
métier. » Et
leur montrant l’armée française rangée en bataille
sur les hauteurs cernant la ville, il ajouta : « Ce
n’est pas dans cette seule armée que consistent mes ressources ;
cela serait-il vrai que je ferais bien du chemin avec cette même
armée ; mais j’en appelle au rapport de vos soldats
prisonniers qui vont traverser la France ; ils verront quel
esprit anime mon peuple, et avec quel empressement il viendra se
ranger sous mes drapeaux. Voilà l’avantage de ma Nation et
de ma position ; avec un mot, deux cent mille hommes de bonne
volonté accourront près de moi, et en six semaines,
seront de bons soldats ; au lieu que vos recrues ne marcheront
que par force, et ne pourront qu’après plusieurs années
faire des soldats. L’idée que fin de la dynastie de la maison
de Lorraine serait arrivée doit effrayer l’empereur d’Allemagne.
C’est le moment de rappeler que je ne veux rien sur le continent.
Ce sont des vaisseaux, des colonies, du commerce que je veux, et
cela vous est avantageux comme à nous. » Campagne
superbe et étonnante qui vit en moins de trois semaines la
principale armée autrichienne anéantie – 60 000 hommes
dont 29 généraux et 2 000 officiers faits prisonniers
- sans avoir livré une vraie bataille. Quant
à la Grande Armée, elle avait perdu moins de deux
mille hommes, ce qui donna naissance dans les bivouacs à
cette formule bien connue : « L’Empereur
a trouvé une nouvelle manière de faire la guerre :
il se sert de nos jambes plus que de nos baïonnettes. » Napoléon,
un vainqueur compatissant et humain Le
1er novembre, un courrier apporta à l’Empereur la nouvelle
du désastre de la flotte française à Trafalgar,
mais cela ne fut pas suffisant pour rassurer les monarchies qui
comprirent que cette victoire ne profiterait qu’à la seule
Angleterre. En apprenant de la bouche même du général Mack la capitulation d’Ulm, le commandant en chef des forces russes, le général Koutousov, abandonna délibérément son Allié, laissant libre la route de Vienne, où Napoléon fit son entrée le 13 novembre.
Lettre du maréchal
Augereau
Elle fut envoyée
à la fin de l’été 1805 par le maréchal
Augereau, alors commandant le camp de Brest de l’armée des
Côtes de l’Océan, à son ami le maréchal
Masséna. À la fin du mois d’octobre, celui-ci, qui
commandait en chef les troupes françaises d’Italie, allait
battre l’armée autrichienne d’Italie à Caldiero.
Pierre-François Augereau
(1757-1816)
Fait maréchal à l’occasion
de la grande et première promotion de 1804, il commandait
en 1805 les 14 000 hommes du 7è corps d’armée. Né
à Paris et d’origine modeste, il avait commencé sa
carrière militaire comme mercenaire dans l’armée de
Frédéric de Prusse, ce qui lui avait valu de la part
de ses soldats le surnom de « Grand Prussien ».
À son retour en France, il rejoignit l’armée de la
République en 1792 et fut promu général l’année
suivante. Sa rencontre avec le général Bonaparte date
de la première Campagne d’Italie de 1796. Il y déploya
un grand talent militaire, et sa célèbre victoire
de Castiglione lui vaudra plus tard son titre ducal lorsque Napoléon
aura créé la noblesse d’Empire. Masséna,
qui, en Italie, avait reçu pour mission de surveiller l’archiduc
Charles n’avait pas perdu son temps : le 30 octobre à
Caldiero, après avoir triomphé de son adversaire et
fait 12 000 prisonniers, le maréchal poursuivait à
travers la Vénétie et le Frioul les vaincus en pleine
retraite vers leurs États héréditaires.
La bataille de Caldiero
Le 30 octobre, malgré l’écrasante
supériorité de l’ennemi, Masséna attaqua le
gros des troupes autrichiennes commandées par l’archiduc
Charles. Après une bataille féroce et indécise
qui dura toute la journée, les Autrichiens furent obligés
de battre en retraite à la nuit tombante, laissant derrière
eux trois mille morts ou blessés et douze mille prisonniers.
Poursuivis sans relâche l’épée dans les reins
par les troupes du tenace Masséna, les Autrichiens furent
chassés d’Italie et brutalement reconduits chez eux.
Le maréchal Masséna
(1758-1817)
L’un des plus brillants et talentueux maréchaux
de Napoléon. Né à Nice, qui, alors n’appartenait
pas à la France, il s’engagea dans l’armée en 1775.
Il fut promu général en 1793 et fait maréchal
d’Empire en 1804. Lors de la campagne de 1805, il commandait les
cinquante mille hommes de l’armée d’Italie. Le 30 octobre,
il remporta sur le gros des troupes autrichiennes commandées
par l’archiduc Charles une victoire décisive (malheureusement
occultée par celle d’Austerlitz) à Caldiero, et fit
douze mille prisonniers. Duc de Rivoli (une des ses victoires de
la première campagne d’Italie en 1797) en 1808 et prince
d’Essling en 1810. Napoléon disait de lui : « Masséna
était d’un rare courage et d’une ténacité remarquable ;
son talent croissait par l’excès du péril, et vaincu,
il était toujours prêt à recommencer comme s’il
eût été vainqueur. » Dans
l’abbaye d’Elchingen, dont il avait fait son quartier général,
l’Empereur, plein de compassion pour la situation de son adversaire
malheureux, eut avec lui un entretien au cours duquel il lui témoigna
sympathie et estime. D’après le général Mack
lui-même, Napoléon lui a dit : « Partez
pour Vienne et je vous autorise à dire à l’empereur
François que je ne désire que la paix et que je suis
très fâché qu’elle ait été interrompue.
Je veux m’arranger avec lui, et même à des conditions
très équitables. Je traiterai avec la Russie également
puisque vous le désirez. Qu’on me dise les propositions des
deux Puissances. Je suis anxieux de les savoir. Je veux faire des
sacrifices. Je vous déclare encore une fois et vous autorise
à le dire à votre souverain (il me dit encore une
fois très distinctement ce que j’ai allégué
ci-dessus) qu’il n’a qu’à m’envoyer vous ou le comte de Cobenzl
ou quelque autre avec un plénipotentiaire russe pour traiter
avec moi. » Et,
dans ce témoignage qui en dit long sur la volonté
de paix de l’Empereur, Mack avait ajouté : « Tout
ce que j’ai écrit, je puis l’attester sur ma parole d’honneur. » Telles
furent les seules conditions que le vainqueur imposa au vaincu.
Tout
pouvait encore s’arrêter, mais Monsieur Pitt avait payé.
Il
fallait donc que les soldats autrichiens et russes, et, bien sûr,
français pour faire bonne mesure, se fissent tuer pour le
plus grand profit des négociants anglais. |