Volume II

Chapitre 11
(... suite 1 ...)

LES PRÉMICES D’AUSTERLITZ (1)

ULM, OU L’INCROYABLE DÉCONFITURE AUTRICHIENNE

 

 

L’importance des forces mobilisées contre lui eût effrayé tout autre que l’Empereur.

 

Celui-ci, qui a quitté le château de Saint-Cloud le 24 septembre à quatre heures du matin, est arrivé le 26, à 17 heures, à Strasbourg.

 

 

Proclamation de Napoléon (DR)

 

Juste avant de franchir le Rhin, Napoléon fit aux troupes sa fameuse déclaration dans laquelle il stigmatisait l’agression de l’Autriche et l’or de l’Angleterre qui avait financé la Coalition : « Quelques obstacles qu’on nous oppose, nous les vaincrons, et nous ne prendrons de repos que nous n’ayons planté nos Aigles sur le territoire de nos ennemis. »

 

Le 30 septembre, avant de franchir le Rhin, il a fait mettre à l’ordre de l’armée la proclamation bien connue, dans laquelle, après avoir stigmatisé l’agression autrichienne contre la Bavière et jeté l’anathème sur « la haine et l’or de l’Angleterre », il terminait ainsi :

 

« Quelques obstacles qu’on nous oppose, nous les vaincrons, et nous ne prendrons de repos que nous n’ayons planté nos Aigles sur le territoire de nos ennemis. »

 

Les espoirs déçus du général Mack

Conduits par le général Mack, 80 000 Autrichiens ont envahi la Bavière, dont l’Électeur, allié de l’Empereur, chassé de Munich, a dû trouver refuge avec sa cour et son armée à Wurzbourg, puis se sont avancés vers Ulm.

Le général baron Mack von Leiberich (1752-1828)

 

Il commandait en chef l’armée autrichienne destinée à s’opposer aux troupes de Napoléon qui allaient pénétrer en Autriche. Après sa reddition d’Ulm, il fut sévèrement blâmé par ses compatriotes et jugé en cour martiale. Sa condamnation à mort fut commuée en réclusion à perpétuité, mais il fut libéré quelques années plus tard sur l’intervention de l’archiduc Charles.

Le plan de Napoléon consiste à attaquer – et, bien sûr, à battre – les Autrichiens avant qu’ils puissent se joindre aux Russes, puis à se diriger sur Vienne par la rive gauche du Danube. Pour ce faire, il lui faut tourner l’armée de Mack, la couper de Vienne et l’encercler. Mais il faut faire vite, très vite pour que l’Autrichien n’ait le temps ni de se replier sur la capitale, ni d’être rejoint par l’armée russe.

Sachant que le général ennemi va l’attendre au débouché de la Forêt-Noire, Napoléon le conforte dans cette idée en faisant faire une diversion par les maréchaux Lannes et Murat.

Le 6 octobre, six corps d’armée dessinent déjà au nord et au nord-est d’Ulm un demi-cercle peu rassurant. Une fois le Danube franchi, un mouvement vers le sud refermera le cercle.

Le 8 octobre, Lannes et Murat tombent sur un corps autrichien à Wertingen. L’ennemi, promptement balayé, abandonne aux deux maréchaux plusieurs pièces de canon et 2 000 prisonniers.

Le même jour, Soult est entré sans combat dans Augsbourg. Davout a franchi le Danube à Neubourg, Bernadotte et Marmont se préparent à faire de même pour se diriger sur Munich.

Napoléon, lui, avec la Grande Armée, après avoir franchi le Rhin entre Mayence et Strasbourg, arrive sur le Danube, entre Ulm et Ingolstadt.

L’ennemi est déjà coupé de sa capitale. Pour resserrer le nœud coulant, Ney reçoit l’ordre de se rapprocher d’Ulm par Gunzboug que Mack tente, mais en vain, de lui disputer.

Pour achever la manœuvre d’encerclement, l’Empereur installe son quartier général à Augsbourg. Le général autrichien n’a plus qu’une échappatoire - au sud, vers le Tyrol – que Napoléon, qui va le suivre avec la Garde et quatre corps - s’empresse d’obstruer en détachant Soult sur Landsberg puis sur Memmingen.

Comprenant qu’il est pris dans un guêpier dont il ne pourra se sortir, Mack cherche alors tous les moyens de s’en tirer sans trop de dommages. Il se résout à rester dans la place, espérant qu’avec l’arrivée des Russes de Moravie et celle de l’archiduc Jean du Tyrol, les Français seront pris entre leurs feux et les siens. Il n’a qu’à tenir bon.

Dès lors, Mack ne songe plus à desserrer le nœud qui commence à l’étrangler, mais à maintenir ouvertes les routes par lesquelles il pourra attendre des secours. Il détache une division au sud, à Memmingen, et une au nord, à Elchingen.

Tandis que Soult s’empare de Memmingen et fait déposer les armes à 5 000 Autrichiens, le maréchal Ney se heurte à l’ennemi à Elchingen et reste maître de la position. Bilan pour les Autrichiens : 3 000 prisonniers et la perte d’un nombre considérable de pièces d’artillerie. Avec son 6è corps, le maréchal Ney avait, ce jour-là, déployé toute la fougue qui faisait de lui un entraîneur d’hommes hors pair, mais aussi de réels talents militaires qui lui avaient permis, les jours précédents, de battre les Autrichiens dans six rencontres consécutives, la batille d’Elchingen étant la plus significative. Quand, en 1808, Napoléon créa sa noblesse d’Empire, il se souvint des belles actions de Ney et en fit un duc d’Elchingen.

Le maréchal Ney (1769-1815)

 

Il est l’un des plus célèbres des maréchaux de Napoléon. D’origine modeste, il s’engagea dans l’armée comme simple hussard en 1787. Neuf ans plus tard, il était promu au grade de général. Commandant du 6è corps, il fit montre de grands talents militaires en défaisant les troupes autrichiennes dans plusieurs engagements au début de la campagne de 1805. Sa victoire la plus remarquable pendant la campagne d’Austerlitz fut la prise de la ville très fortifiée d’Elchingen, farouchement défendue par les troupes autrichiennes.

 

 

Le maréchal Ney à la bataille d’Elchingen. Quand il prit possession de la ville le 14 octobre, faisant cinq mille prisonniers, Ney ne se doutait pas qu’il venait de gagner un titre de duc, celui de duc d’Elchingen.

Ulm est désormais investie au sud comme au nord.

Après la bataille d’Elchingen, l’archiduc Ferdinand, avec une trentaine de milliers d’hommes, tenta de s’ouvrir un passage vers la Bohême, mais, rattrapé par les cavaliers de Murat, il fut écrasé à Nordlingen. Seuls 2 000 cavaliers parviendront à gagner la Bohême, 15 000 hommes, dont 200 officiers, 120 pièces d’artillerie, 11 drapeaux restant aux mains des Français.

Mack est enfermé dans Ulm.

Deux jours plus tard, les hauteurs du Michelsberg, qui dominent la ville, tombent aux mains des Français.

Il ne reste d’autre ressource à Mack que de défendre Ulm rue par rue, maison par maison.

S’il le veut, l’Empereur peut lancer l’assaut sans autre avertissement. L’épreuve qui s’annonce est effroyable. Mais…

 

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