Chapitre 7

(mai - septembre 1796)

Face au maréchal Wurmster

Victoires de Lonato, Castiglione et Bassano.

 

Bonaparte à la bataille de Lonato

(Photo, collection A. Pigeard)

 

Note :  Pour suivre les mouvements de Napoléon, il est utile d’avoir sous les yeux une bonne carte du nord de l’Italie.

 

16 mai 1796 

Napoléon décide de rester huit jours à Milan à l’effet de reposer et de rééquiper son armée, avant de reprendre la marche contre Beaulieu qui a installé une ligne de défense derrière le Mincio.  Cet affluent du Pô sort du lac de Garde à Peschiera et coule nord sud jusqu’à la forteresse de Mantoue qu’il protège de ses bras.

 

24 mai 1796 

Soulèvement de Pavie.  Pour le Pape Pie VI, âgé de quatre-vingts ans, la Révolution française était surtout dirigée contre l’Église catholique.  C’est donc avec la plus grande inquiétude qu’il avait vu l’armée de la Révolution occuper le Piémont et la Lombardie.  Il ne savait pas que Napoléon avait la ferme intention de respecter la religion et surtout qu’il aurait la force de s’opposer au Directoire qui, lui, voulait la mort de la  papauté.  Encouragé par son entourage, Pie VI avait donc décidé de tenter le tout pour le tout en donnant l’ordre aux prêtres piémontais et lombards de soulever la population contre les Français.  Les 23 et 24 mai, dix mille paysans, menés par leurs curés, investissent Pavie et capturent la petite garnison française qui s’y trouve.  De plus le tocsin sonne dans tous les clochers pour appeler à la révolte.  Napoléon comprend la gravité de la situation et fonce à Pavie avec la brigade du colonel Lannes.  Il prend la ville  d’assaut, rétablit l’ordre, fait fusiller les responsables, y compris le capitaine français qui s’était rendu sans combattre, et réitère sa volonté de respecter et de défendre la religion catholique.  Ici passons de nouveau la parole à Stendhal :  "À Pavie, la clémence eût été un crime envers l’armée.  Elle lui eût préparé des vêpres siciliennes.  Il est un devoir dont il semble cruel même de parler.  Un général en chef doit faire fusiller trois hommes pour sauver la vie de quatre; bien plus, il doit faire fusiller quatre ennemis pour sauver la vie d’un seul de ses soldats." 

 

27 mai 1796 

Deux jours après avoir pacifié Pavie, Napoléon est déjà à 120 kilomètres de là, à Brescia où il se prépare à attaquer la ligne de défense de Beaulieu qui prétend lui barrer la route de l’Autriche.  Cette ligne s’étend le long du Mincio de Peschiera, en bordure sud du lac de Garde, à Mantoue 30 kilomètres plus au sud.  Décidé à tromper une fois de plus son adversaire sur ses véritables intentions, Napoléon lance des avant-gardes vers Salo et la rive ouest du lac de Garde en laissant entendre à la population qu’il va contourner le lac pour redescendre ensuite sur les arrières de Beaulieu.  Celui-ci, qui dispose de 40,000 hommes, dont 12,000 constituent la garnison de la forteresse de Mantoue, s’empresse de faire remonter le gros de ses forces au nord de son dispositif pour être en mesure de parer à tout éventualité.  Il dégarnit donc le centre et c’est justement là que Napoléon va tenter la traversée du Mincio.

 

30 mai 1796 

Beaulieu est chassé d’Italie.  Dans la nuit du 29 au 30 mai, Napoléon lance ses divisions sur le village de Borghetto, trouve un pont que les Autrichiens n’ont pas eu le temps de détruire, et passe le fleuve sans avoir la moindre perte.  Beaulieu fait face mais ses troupes sont rapidement bousculées par l’élan, la vigueur et l’impétuosité de celles d’Augereau et Masséna.  Cette fois Beaulieu est définitivement battu, il s’enfuit en  Autriche en abandonnant cinq mille prisonniers, ses canons et tous ses magasins.

 

Les seuls Autrichiens restant en Italie sont enfermés dans la forteresse de Mantoue sous la surveillance de la division Sérurier.

 

3 juin 1796 

Entrée de Napoléon à Vérone.  La ville est une place forte de la "Sérénissime" République de Venise qui avait été occupée par les Autrichiens. 

 

Stendhal :  "Le jeune général, si peu connu il y a deux mois encore, est devenu le héros de la France entière et toute l’Europe a les yeux braqués sur lui."

 

7 au 30 juin 1796 

Accord avec le pape Pie VI.  Napoléon sait que la puissante Autriche ne peut accepter la défaite et abandonner la garnison de Mantoue.  Elle va certainement envoyer une autre armée en Italie, mais pas tout de suite; il faut quelques semaines pour organiser et engager une armée.

 

Napoléon va utiliser ce temps pour obtenir la paix avec le pape.  Le Directoire, suite au soulèvement de Pavie, a renouvelé son ordre de destruction de la papauté.  Napoléon, respectueux de la religion, de toutes les religions, n’a pas la moindre intention d’exécuter une action qu’il estime infâme et monstrueuse.  Cependant, il sait que pour obtenir le soutien des populations catholiques il est indispensable de signer un traité de paix avec le Pape.  Il sait aussi, compte tenu de l’état d’esprit de la curie à l’égard de la France révolutionnaire, qu’il n’obtiendra un accord que par une démonstration de force.

 

Après avoir confié la garde au nord à Masséna, il fait mouvement vers le sud avec deux divisions.  Son intention est d’occuper quelques villes, propriétés de la papauté, afin de pouvoir obtenir un traité.  Le 20 juin il entre à Bologne où il est accueilli par le cardinal et par l’ambassadeur d’Espagne à Rome que le Pape a désigné pour traiter en son nom.  Un armistice est rapidement conclu le temps pour Murat et sa cavalerie de pousser jusqu’à Livourne et de s’emparer d’une grande quantité de marchandises anglaises.

 

13 juillet 1796 

Joséphine. De retour à Milan, Napoléon y trouve avec joie la femme qu’il aime passionément. Il va connaître quatre beaux jours d’ivresse amoureuse, amis quatre jours seulement car le devoir l’appelle sur l’Adige.

 

15 juillet 1796 

Napoléon face au maréchal Wurmster.

Fin juin, l’Autriche, bien décidée à reprendre sa domination en Italie, avait pris la décision de remplacer le général Beaulieu par le maréchal Wurmster, un véritable monument national tant il avait remporté de victoires dans des conditions les plus difficiles.

Wurmster arrive à Trente le 15 juillet à la tête d’une armée de soixante-dix mille  hommes prélevés  sur les  troupes d’élite qui se trouvaient sur le Rhin. Ceci a été rendu possible par la passivité incompréhensible des 200,000 hommes des armées françaises du nord qui, selon les plans initiaux, devaient marcher sur Vienne pendant que Napoléon ferait diversion en Italie. Le manque de fermeté du Directoire, en cette circonstance, a mis en danger , non seulement le sort de l’armée d’Italie mais aussi celui de la République et ce n’est certes  pas ce qui  pouvait  le grandir aux yeux de Napoléon.

Les Français assurent une couverture large de Mantoue :

-Le général Sauret avec 4000 hommes à Salo,à l’ouest du lac de Garde.

-Massena avec 8000 hommes à l’est du lac de Garde.

-Augereau avec 18000 hommes dans la région de Peschiera

-Kilmaine avec 3000 hommes à Valegio

-Serurier avec 10000 hommes fait le siège de Mantoue, soit un total de 43000 Français, face à plus de 80000 Autrichiens si l’on compte la garnison de Mantoue.

 

Wurmster est tellement certain de sa supériorité qu’il n’a qu’un souci, celui d’interdire toute possibilité de fuite à son adversaire. En conséquence, il lance un corps de 25000 hommes sous Quasdanovitch, à l’ouest du lac, sur Salo et Brescia avec mission de couper la retraite vers Milan pendant que lui-même, à la tête de 45000 hommes, fonce en direction de Mantoue avec l’intention de balayer tout sur son passage et de ravitailler la garnison qui mange ses derniers chevaux.

 

29 juillet au 3 août 1796

Victoire de  Lonato.

Le 29 juillet tout va très mal pour les Français. Sauret ne peut tenir à Salo et Quasdanovich occupe Brescia. Massena est repoussé d’abord sur Rivoli et ensuite sur Castelnuovo, talonné par Wurmster qui occupe aussi  Vérone avant de se précipiter sur Mantoue où  il fait une entrée triomphale le 2 août après avoir constaté avec satisfaction la fuite précipitée de Serurier et de sa division de siège ; il trouve les gros canons encloués avec une grande quantité de boulets abandonnés. Juste le temps de ravitailler la garnison et il repart, toutes forces réunies, pour achever l’écrasement de l’armée française qu’il estime terrifiée et en déroute et déjà aux trois-quarts détruite par Quasdanovich.

 

Devant la gravité de la situation, Napoléon a décidé de regrouper toutes ses forces et, pour ce faire, il a donné l’ordre à Serurier de lever le siège de Mantoue. Le départ de Serurier n’est donc pas une fuite. Face à Quasdanovich, Napoléon va épuiser cinq chevaux sous lui, il  est partout, il participe à toutes les charges avec ses généraux, avec ses colonels, avec ses capitaines et le 3 août les débris du corps d’armée autrichien sont en fuite vers le nord. Ce qui a été en réalité une suite de plus de vingt combats est resté connu sous le nom de bataille  de  Lonato.

 

5 août 1796 

Victoire de Castiglione.

Maintenant il faut faire face à Wurmster qui arrive de Mantoue. Le choc des deux armées a lieu  au sud-est de Castiglione, entre Medole et Solferino. Massena et Augereau attaquent de front et Kilmaine sur le flanc nord. La lutte est violente et indécise jusqu’au moment où la division Serurier arrive sur les arrières  et  entraîne la panique dans les rangs autrichiens. Wurmster se replie sur Trente  où il retrouve les restes  de Quasdanovich. Du 29 juillet au 6 août les Autrichiens ont perdu plus de trente mille  hommes.

 

Stendhal écrira : « Cette  campagne fut d’une sublime beauté. Le 29 juillet aucun autre général de la République n’eût eu le courage de tenir et ce ne fut point le coup de désespoir d’une tête étroite, mais la résolution d’un sage auquel l’imminence d’un danger extrême n’ôte pas la vue nette  et  précise de ce qu’il est encore possible de tenter. Il n’y a jamais rien eu au monde de plus grand ».

 

8 septembre 1796 

Victoire de Bassano

Le 12 août, l’armée française avait repris toutes les positions qu’elle occupait avant l’attaque de Wurmster. Celui-ci à Trente préparait sa revanche. Il avait reçu d’Autriche un renfort de 20,000 hommes portant son armée à 60,000 hommes, soit  près du double des effectifs de Napoléon.

 

Mais l’armée d’Italie est maintenant une armée d’élite. 4 bataillons autrichiens ne tiennent pas face à un bataillon français. C’est  tout simplement que Napoléon « a fait le ménage dans l’encadrement ». Des chefs médiocres, à tous les niveaux, du général au sergent, ont été relevés de leur commandement et remplacés par les meilleurs au combat. Massena, Augereau, Serurier, Dallemagne, Kilmaine, Sauret ont confirmé leur valeur et des jeunes ont reçu de l’avancement tels  Bessières,  Lannes, Lassalle, Marmont, Murat, Victor dont les noms seront bientôt célèbres dans toute l’Europe. Les  brigades  rivalisent de valeur, la 32e « J’étais tranquille, la 32e était là », la 57e « La terrible », la 18e « Brave 18e, je te connais » .

 

Le 1er septembre, quand Wurmster quitte Trente vers Bassano  par la vallée de la Brenta avec l’intention de se rabattre ensuite par Vicenze sur le flanc de l’armée française, Napoléon  progresse rapidement le long du lac de Garde pour :-dans un premier temps : occuper la base de départ des Autrichiens et leur couper toute possibilité de retraite.- dans un deuxième temps : Poursuivre Wurmster et le battre en l’attaquant sur ses arrières.

Ce plan réussira parfaitement. Le 4 septembre, aux abords de Trente, Napoléon écrase le corps de 20,000 hommes du général Davidovich et se lance aussitôt à la poursuite de Wurmster qu’il rejoindra le 8 septembre à Bassano. Le vieux Maréchal tente de faire face mais il est balayé et  sauve seulement 15,000 hommes  avec  lesquels il  se réfugie à Mantoue le 15 septembre. Les six mille  chevaux de sa cavalerie serviront de nourriture à ses troupes jusqu’au 2 février date de la reddition de la place forte.

En moins de six mois, Napoléon avec son armée de 40,000 hommes a taillé en pièces et anéantit l’armée piémontaise et deux puissantes armées autrichiennes commandées par des chefs  célèbres, le général Beaulieu et le maréchal Wurmster, soit un effectif ennemi  total de plus de 200,000 hommes.

 

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