Chapitre 4

(janvier 1794 - mars 1796)

 

Le général Bonaparte sauve le République

et épouse Joséphine de Beauharnais

 

6 janvier 1704 

Napoléon visite sa famille réfugiée à Marseille.  Le Ministre de la guerre, à qui le général Dugommier avait écrit : « Le général Bonaparte a beaucoup d'intelligence et de science avec juste un peu trop de courage sous le feu » l'a nommé inspecteur de la côte de la Méditerranée.

 

À Letizia qui lui fait part des dangers courus sous la menace des royalistes de Toulon, de la fuite précipitée et de la misère dans laquelle ils ont vécu, il répond en l'embrassant tendrement :  « Maman, tout ceci est fini, je vous apporte des vivres et de l'argent et je vais vous trouver un logement plus décent. ».

 

19 janvier 1794 

Paoli a livré la Corse aux Anglais et la Royal Navy commence l'occupation des ports de l'île.  Une flotte française chargée de troupes, attaquée dès son départ par des forces anglaises supérieures, devra rentrer se réfugier à Toulon sous la protection efficace des canons disposés par Napoléon.  La Corse est perdue pour la France.

 

25 février 1794 

Napoléon, qui a été nommé commandant de l'artillerie de l'armée d'Italie, a réquisitionné pour sa famille une superbe villa, le Château-Salé, qui domine le cap d'Antibes.  Lui réside à Nice, avec ses aides-de-camp Junot et Marmont, près du poste de commandement du Général Dumerbion, commandant de l'armée d'Italie, appelée à faire face aux menaces de la première coalition.

 

Cette coalition de toutes les grandes monarchies de l'Europe, visant à détruire la République française, avait été mise sur pied en février 1793 par William Pitt, le Premier Ministre anglais.  Elle comprenait l'Angleterre, l'Autriche, la Prusse, la Russie, la Hollande, l'Espagne, le Portugal et le royaume de Piémont-Sardaigne.

 

Le général Dumerbion, âgé de 60 ans et physiquement handicapé, est sans énergie.  C'est au contact de tels chefs, Colonna Cesari, Carteau, Doppet et maintenant Dumerbion que Napoléon a bien compris que l'intérêt de la République lui commandait de faire prévaloir ses propres points de vue même face à des généraux plus anciens que lui.

 

11 juillet 1794 

Le commissaire politique de l'armée d'Italie, Augustin Robespierre, frère de Maximilien, désigne Napoléon pour une mission dangereuse à Gênes.  Il s'agit de rapporter des renseignements sur les intentions de la République, ses forces et fortifications et de s'assurer que l'ambassadeur de France, Tilly, est parfaitement fidèle à la Convention.

 

25 juillet 1794 

Napoléon, mission parfaitement accomplie est de retour à Nice où il apprend qu'Augustin Robespierre est parti pour Paris.

 

Sa famille est à Marseille au mariage de son frère Joseph et de Julie Clary, la fille d'un riche négociant de la ville.

 

4 août 1794 

Napoléon apprend que les deux frères Robespierre ont été guillotinés à Paris. Lui-même, soupçonné de jacobinisme est bientôt arrêté et emprisonné au Fort Carré d'Antibes.  Il écrit aux commissaires une lettre dans laquelle il clame son patriotisme républicain :  « …..Je donnerai volontiers ma vie, je l'ai déjà exposée plusieurs fois, mais l'idée qu'elle peut encore être utile à la République m'impose de la défendre….. »

 

Il repousse un projet d'évasion de Junot et Marmont.

 

20 août 1794 

Napoléon est libéré et retrouve sa place de commandant de l'artillerie de l'armée de Dumerbion.  Celui-ci lui demande d'établir un plan d'attaque dans le Piémont.

 

Napoléon a bien un plan pour occuper le Piémont et, de plus, pour chasser les Autrichiens de toute l'Italie, mais il sait aussi que ce plan, personne d'autre que lui ne pourra l'exécuter, tant les forces de la coalition sont numériquement supérieures à celles de la France.  Il faudrait qu'il soit le commandant en chef de l'armée d'Italie et ce n'est pas le cas, du moins pas encore.  L'attaque est quand même lancée, mais bientôt, comme il l'avait prévu, elle piétine et s'arrête.

 

21 avril 1795 

Napoléon est fiancé à Désirée Eugénie Clary, la jeune belle-sœur de Joseph.  La première rencontre de Napoléon et Désirée Eugénie, âgée de 19 ans en février 1794, avait entraîné un coup de foudre réciproque mais la guerre n'avait pas permis la poursuite de l'idylle.  Ceci à la satisfaction de madame Clary qui pensait « qu'un seul Bonaparte suffisait dans la famille ».

 

Au début avril 1795, Napoléon rappelé d'Italie, reprend sa cour et bientôt les deux jeunes gens deviennent des amants passionnés.  Ils avouent « leur faute » aux parents et les fiançailles sont décidées.

 

Le mariage ne se fera pas car Napoléon va bientôt tomber sous le charme de Joséphine de Beauharnais.  Désirée épousera le Maréchal Bernadotte et deviendra reine de Suède, mais toute sa vie elle gardera au cœur une douloureuse blessure, et témoignera, comme nous le verrons plus tard, d'un attachement constant à son premier amant.

 

Joséphine

 

7 mai 1795 

Napoléon est nommé au commandement d'une brigade d'infanterie chargée de réprimer la rebellion de la Vendée.  Il part aussitôt pour Paris avec Junot et Marmont, bien décidé à refuser sa nouvelle affectation :  « Jamais mon épée contre le peuple », dit-il.  Il est menacé d'une condamnation à mort par Letourneur du Comité de salut public mais il ne cède pas.

 

Il écrit « Clisson et Eugénie », un poème épique qu'il adresse à Désirée. Clisson, c'est lui, Eugénie, c'est elle.

 

18 août 1795 

Napoléon est employé au bureau topographique du Ministère de la Guerre.

 

22 août 1795 

La Constitution de l'an III est adoptée, La Convention sera supprimée et le pouvoir confié à un Directoire de cinq membres.

 

15 septembre 1795 

Napoléon est rayé de la liste des généraux et donc privé de sa solde pour motif d'insubordination, c'est-à-dire en clair, par ce qu'il continue à refuser d'aller massacrer des pauvres paysans catholiques en Vendée.

 

5 octobre 1795 (13 Vendémiaire de l'an IV) 

Napoléon sauve la République en stoppant l'insurrection royaliste.  Profitant des troubles créés par le changement de constitution, les sections royalistes de Paris, au total trente mille hommes armés, marchent sur la Convention qui n'est défendue que par 5000 hommes.  Le général Menou, chef de cette armée est débordé.  C'est la fin de la République.

 

Alors dans un dernier sursaut, Barras, qui a été choisi comme un des cinq Directeurs, se rappelle du général Bonaparte et de l'efficacité qu'il avait démontrée à Toulon.  On le fait chercher et il accepte le commandement des troupes.  En un tournemain, il va retourner la situation.

 

Il demande à Menou s'il a des canons.  Il y en a quarante à la plaine des Sablons.  Napoléon avise un jeune officier de cavalerie de belle prestance.

            - Votre nom ?

            - Murat.

            - Eh bien Murat, prenez deux cents chevaux, allez sur le champ à la plaine des Sablons, amenez ici les quarante canons et les munitions.  Sabrez s'il le faut, mais amenez-les.  Vous m'en répondez !  Partez !

 

Le futur Maréchal Murat, est impressionné et enthousiasmé par le laconisme et la fermeté de l'ordre qu'il vient de recevoir de celui qui lui en donnera bien d'autres par la suite.  En un temps record, les canons sont là.

 

Napoléon a aussi fait délivrer huit cents armes aux députés pour qu'ils puissent au besoin défendre eux-mêmes leur vie.

 

Le général Thiébault écrira :  « Napoléon a fait placer deux pièces de huit dans la rue Neuve-Saint-Roch, en face de l'église.  Le tir des boulets enfile la rue.  Les canons ayant renversé ou écarté tout ce qui se trouvait en vue, mille hommes du bataillon des patriotes, suivis d'un bataillon de la ligne, débouchent du cul-de sac et abordent les sectionnaires qui se trouvent devant le portail et qui occupent la rue Saint Honoré.  Le choc est violent, on combat au corps à corps.  Mais sous la direction du général Bonaparte en personne, les républicains gagnent du terrain; six pièces d'artillerie sont mises en batterie et achèvent la déroute des royalistes, qui s'enfuient en direction du Palais-Royal et de la place Vendôme ».

 

12 octobre 1795 

L'armée de Sambre-et-Meuse, sous les ordres du général Jourdan, est bousculée par l'armée autrichienne du feld-marschal Clerfayt et doit repasser sur la rive gauche du Rhin à hauteur de Dusseldörf.

 

15 octobre 1795 

Joséphine vient remercier Napoléon d'avoir autorisé son fils de 14 ans, Eugène de Beauharnais, futur vice-roi d'Italie et chef de corps de la Grande Armée, à conserver exceptionnellement le sabre de son père, le général Alexandre de Beauharnais qui périt sous la guillotine, après avoir été Président de l'Assemblée Constituante.  En effet, à la suite du 13 Vendémiaire, un décret avait ordonné aux habitants de Paris, de rendre toutes leurs armes.

 

16 octobre 1795 

Napoléon est promu général de division.

 

26 octobre 1795 

Napoléon est nommé commandant de l'armée de l'intérieur et s'installe dans la magnifique résidence de fonction dont la façade donne sur la place Vendôme.  Il a maintenant un bel équipage et organise des réceptions auxquelles assistent les plus jolies femmes de Paris.  Mais il ne se contente pas de badinage et ne perd jamais une occasion de s'instruire.  Ainsi chaque fois qu'il a un invité spécialiste dans une matière quelconque, il le bombarde de questions et note les réponses sans le moindre souci d'étaler son ignorance à ses subordonnés.  « On ne peut pas tout savoir, dit-il, mais il est bon d'en savoir le plus possible ».

 

15 décembre 1795 

Napoléon n'a pas revu Joséphine depuis quelque temps, car le souvenir de sa fiancée Désirée ne l'a pas abandonné et il hésite à la trahir.  Mais Joséphine ne s'avoue pas vaincue.  Elle lui envoie un billet « Vous ne venez plus voir une amie qui vous aime; vous l'avez tout à fait délaissée; vous avez bien tort car elle vous est tendrement attachée.  Venez demain déjeuner avec moi.  J'ai besoin de vous voir et de causer avec vous.  Bonsoir mon ami.  Je vous embrasse.  Joséphine de Beauharnais ».

 

Le lendemain, Napoléon se présente dans la bonbonnière de la rue Chantereine.  Dans cet environnement de luxe raffiné, Joséphine, lascive et langoureuse, déploie le grand art d'une experte en séduction et n'a pas grand mal à vaincre les dernières résistances.  Napoléon, dans les bras de la femme la plus sensuelle de son temps, de la femme la plus femme qu'il ait jamais connue, comme il le dira plus tard à Sainte-Hélène, se laisse emporter par un amour dont il ne sera plus le maître… pendant quelques années.

 

9 mars 1796 

Mariage avec Joséphine.

 

11 mars 1796 

Après deux jours seulement de lune de miel, Napoléon part pour l'armée d'Italie dont il est maintenant le commandant en chef.  Dans moins d'un an, il sera l'homme le plus célèbre de toute l'Europe.

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