Chapitre  23

Paix générale en Europe

 

Portrait de Bonaparte, premier consul, par Antoine-Jean Gros (1771-1835)

 

Comme tous les soldats qui ont participé à des batailles meurtrières, Napoléon n’aimait pas la guerre. Il était sentimental et bon et aimait les soldats comme s’ils étaient ses enfants. De toute sa vie, il n’a déclenché une seule guerre et toutes celles qu’il a faites  ont été imposées à la France par les monarques qui régnaient en Europe. Ceux-ci voulaient conserver leurs privilèges ancestraux et craignaient la propagation des idées républicaines.

 

Écoutons ce que disait W.Pitt au parlement anglais le 29 décembre 1796 : « Jamais l’Angleterre ne consentira à la réunion de la Belgique à la France. Nous ferons la guerre tant que la France ne sera pas rentrée dans ses frontières de 1789 ». La Belgique était française depuis août 1795, donc bien avant que Napoléon soit devenu chef d’État. L’annexion de la Belgique n’était d’ailleurs pas la véritable cause du bellicisme de William Pitt. Ce ministre, alcoolique couvert de dettes, était le leader de cette noblesse britannique raciste, qui visait non seulement à dominer le peuple anglais mais aussi le monde entier. Pour lui les mots liberté, égalité, fraternité étaient les plus exécrables du vocabulaire.

 

Napoléon, par contre, avait l’ardent désir d’obtenir la paix et l’entente entre les nations afin de pouvoir travailler efficacement à l’amélioration des conditions de vie des populations. Le 25 décembre 1799, le jour-même de son entrée en fonctions comme Premier consul, il écrit au roi d’Angleterre et à l’empereur d’Autriche en les priant de mettre fin aux attaques de la 2e coalition ( Angleterre, Autriche, Russie, Royaume de Naples) et de « ne pas se refuser le bonheur de donner la paix au monde ».L’Angleterre ne répond pas et, en mai, l’armée autrichienne franchit la frontière du Sud-Est et pénètre dans le département du Var.

 

La marche vers la paix 

1800

 

2 janvier : Le Premier consul écrit  au président des États-Unis pour lui faire savoir qu’il souhaite mettre fin à la guerre maritime entre les deux pays et qu’il serait heureux de recevoir à cet effet des plénipotentiaires américains. Le président John Adams désigne Oliver Ellsworth, William Davie et William Vans-Murray qui arrivent à Paris le 2 avril 1800.

 

14 juin : Victoire de Marengo.(cf chapitre 17). Avec l’armée de réserve, Bonaparte bat les Autrichiens.

 

15 juin : La Convention d’Alexandrie livre à la France, l’Italie jusqu’au Mincio La République est sauvée et Bonaparte est de retour à Paris le 2 juillet.

 

30 septembre : Signature de la Convention de Mortefontaine, qui est le véritable point de départ d’une amitié deux fois séculaire entre les États-Unis et la France ( cf chapitre 18).

 

1er octobre : Traité de San Idelfonso. L’Espagne rend la Louisiane à la France en échange du royaume d’Etrurie en Italie ( partie de la Toscane et Parme).

 

3 décembre 1800 : Victoire de Hohenlinden. Les Autrichiens n’avaient pas renoncé à envahir la France et comptaient pour cela sur leur puissante armée d’Allemagne. Moreau la battit à Hohenlinden et ses restes furent détruits par Decaen à Salzbourg et Richepance à Herdorff et Lambach.

 

25 décembre : armistice de Steyer avec l’Autriche. La Russie se retire de la coalition.

 

Le Premier consul, à l’annonce des victoires en Allemagne bondit de joie et adressa un message au corps législatif : « Législateurs, la République triomphe et ses ennemis implorent encore sa modération. La victoire de Hohenlinden a retenti dans toute l’Europe ; elle sera comptée au nombre des plus belles journées qui aient illustré la valeur française ». Il adressa aussi une lettre de chaleureuses félicitations au général Moreau : « Je ne vous dis pas tout l’intérêt que j’ai pris à vos belles et savantes manœuvres ; vous vous êtes encore surpassé dans cette campagne ».

 

1801

15 janvier : Armistice de Trévise accordé à l’armée autrichienne d’Italie. Au Sud les généraux français remportaient également victoire sur victoire. Dupont et Suchet à Pozolo, Brune à Mozembano ce qui lui ouvrit les portes de Vérone où il entra le 2 janvier. Mac Donald enleva Trente le 6 janvier. Pendant ce temps Miollis, en Toscane, poursuivait les troupes napolitaines en déroute.

 

20 janvier : Le tsar Paul 1er propose une alliance à Bonaparte

 

26 Janvier : A Lunéville, Joseph Bonaparte adresse un ultimatum à Cobenzl, le plénipotentiaire autrichien qui se fait tirer l’oreille pour accepter les conditions d’un traité de paix. « Vous signez ou nous marchons sur Vienne ».

 

6 février : Traité de Foligno avec le royaume de Naples

 

8 février : W. Pitt démissionne avec ses principaux ministres et se fait remplacer comme premier ministre par un de ses amis, Lord Addington. Ceci lui permettra de continuer à diriger le gouvernement anglais par personne interposée. Voici ce que nous en dit le baron de Meneval, secrétaire de Bonaparte : « Mr. W. Pitt . l’homme qui avait déclaré une guerre éternelle à la France ne pouvait s’engager dans des pourparlers de paix avec elle. Son amour-propre en aurait trop souffert ».

 

9 février : Traité de paix de Lunéville avec l’Autriche. La France conservait la rive gauche du Rhin et le contrôle de l’Italie du Nord.

 

13 février : Bonaparte adresse un message au Corps législatif : « La paix sur le continent a été signée à Lunéville ; elle est telle que la voulait le peuple français. Son premier vœu fut la limite du Rhin … Après avoir replacé les anciennes limites de la Gaule, il devait rendre la liberté aux peuples qui lui étaient unis par une commune origine… La liberté de la république Cisalpine et de la Ligurie est assurée. Après ce devoir, il en était un autre que lui imposaient la justice et la générosité. Le roi d’Espagne a été fidèle à notre cause et a souffert pour elle… Il sera payé d’un juste retour… L’Autriche, séparée désormais de la France par de vastes régions, ne poursuivra plus cette rivalité, qui depuis tant de siècles, a fait le tourment et les calamités de l’Europe… ».

 

À l’annonce de la paix, le peuple, à Paris et en province,  laissa  éclater sa joie. Pendant un mois ce ne furent que fêtes , bals, feux d’artifice, discours des préfets et des maires, accompagnés partout de « vive le Premier consul, vive Bonaparte ». Le "journal des débats"  s’enthousiasma : « Quelle magnifique paix ! Quel commencement de siècle ! et quelle sagesse dans l’usage modéré de la puissance et de la force ».

 

Début Mars : Paul 1er avait basculé complètement dans le camp français. Lord Whitworth, ambassadeur britannique à Saint-Pétersbourg, reçut l’ordre de son gouvernement de le faire assassiner. Il encouragea les comploteurs en leur fournissant des fonds importants, tant et si bien que le gouvernement en eut vent et le fit expulser. Mais Whitworth avait eu le temps de lancer la machine qui allait aboutir à l’assassinat du tsar.

 

Les bruits de l’attentat qui se préparait arrivèrent aux oreilles de Paul 1er, lui-même. Il convoqua aussitôt le comte Pahlen, gouverneur de St-Petersbourg, pour lui parler du complot et lui faire promettre de châtier d’une manière exemplaire tous les responsables , sans se douter qu’il parlait à l’un d’entre eux. Pahlen courut prévenir ses complices. A quatre, Bennigsen, Orlov, Pahlen et Zoubov, ils se rendirent chez le tsarévitch Alexandre qui leur donna le feu vert pour l’assassinat de son père.

 

Dans la nuit du 23 au 24 mars, sept conspirateurs pénétrèrent dans la chambre de Paul 1er, Pahlen les attendant dans une pièce voisine. Le tsar refusa d’abdiquer et tenta de résister. Il fut étranglé à l’aide d’une écharpe. Pahlen décida : « Pour le peuple comme pour la famille impériale, attaque d’apoplexie ».

 

25 mars :  Traité d’Aranjuez avec l’Espagne. L’Espagne s’engage à faire la guerre au Portugal, allié de l’Angleterre.

 

29 mars : Traité de paix de Florence avec le royaume de Naples qui accepte de fermer ses ports  aux Anglais.

 

19 mai : L’armée espagnole pénètre au Portugal.  Godoy, prince de la paix, coupe une branche d’oranger et l’envoie à la reine dont il est le favori. Du coup, cette guerre qui durera seulement quatre jours et fera couler très peu de sang, restera connue sous le nom de « guerre des oranges ».

 

6 juin : Traité de Badajoz entre la France, l’Espagne et le Portugal. Le Portugal cédait la ville d’Olivenza à l’Espagne, une partie de la Guyane à la France et s’engageait à fermer ses ports au commerce anglais.

1er octobre : signature des préliminaires du traité de paix d’Amiens avec L’Angleterre. Le peuple de Londres fit une réception délirante au général Lauriston, aide de camp de Bonaparte , venu porter à Londres le texte de ces préliminaires . La foule détela sa voiture et la tira à bras jusqu’au Foreign Office « avec les plus grandes marques de délices ». Les rues étaient pleines des cris « Vive Bonaparte » . On vit même le buste du Premier consul exposé dans les vitrines avec la mention « Le sauveur du monde ».

8 octobre : Traité de paix avec la Russie.

 

1802

25 mars : Traité de Paix d’Amiens avec l’Angleterre. L’Angleterre s’engageait à restituer leurs colonies à la France et à ses alliés, l’Espagne et la Hollande, et à évacuer Malte et Elbe. Le roi d’Angleterre renonçait au titre de roi de France, qu’il s’obstinait à porter depuis la fin de la guerre de cent ans. En retour les Français quitteraient Naples et les États romains.

 

Une longue acclamation s’éleva partout à travers la France et l’Europe avec des transports d’allégresse  particulièrement débridés chez les jeunes et dans les milieux populaires. Talleyrand écrira dans ses Mémoires : « On peut dire sans la moindre exagération que, à l’époque de la paix d’Amiens, la France jouissait, au dehors, d’une puissance, d’une gloire, d’une influence telles que l’esprit le plus ambitieux ne pouvait rien désirer au-delà pour sa patrie. En moins de deux ans et demi, la France était passée de l’avilissement où le Directoire l’avait plongée au premier rang de l’Europe ».

 

25 juin : Traité  de paix de Paris avec la Turquie.

 

Pour la première fois depuis le 20 avril 1792, la France n’était plus en guerre.

 

Cette paix donna au Consulat un rayonnement et une splendeur qui traverseront le siècle, qui en feront une époque bénie, un âge d’or, un de ces moments privilégiés comme il y en a eu peu dans l’histoire de France. 1801, 1802, 1803, 1804, c’est l’apogée de la fortune pour la France, alors qu’un an plus tôt, elle était au fond de l’abîme. Et la France s’abandonne aux plus brillants rêves, elle a touché au port, elle a trouvé la paix.

 

Napoléon avait livré ponctuellement la commande. La France en l’applaudissant, s’applaudissait elle-même d’avoir si bien choisi, calculé si juste, de s’être confiée à l’homme qui comblait ses désirs. Paix au-dedans, paix au-dehors, grandeur, prospérité, repos, c’était la récompense de longs efforts et la fin d’un cauchemar.. Sensation de bonheur presque indicible pour un peuple qui depuis dix ans, mène une vie convulsive dans la guerre civile et la guerre étrangère.

 

Napoléon aurait voulu – c’était son plus ardent désir – que cette paix dure toujours. Lui aussi, devoir accompli, aurait souhaité un peu de repos, un peu de bonheur, un peu de ce bonheur pour lequel il avait tant travaillé pour les autres et auquel il n’avait jamais eu le temps de s’arrêter pour lui-même. Il aurait voulu pouvoir consacrer son génie et sa formidable énergie, dans le calme et la sérénité, à l’amélioration des conditions de vie des populations. Et quand on connaît la somme impressionnante de ses réalisations dans ce domaine, effectuées en si peu d’années, sous les attaques répétées des armées étrangères, les trahisons intérieures et la menace quasi-permanente d’assassins à la solde de l’Angleterre, on a le droit de rester rêveur en songeant à ce qu’il aurait  accompli.

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