Chapitre 21

 

L’instruction publique

 

L'instruction du peuple

Dans le cadre de la mission que s’était donnée Napoléon, d’améliorer les conditions de vie et le bonheur des citoyens, l’instruction publique tenait une place à part et elle était constamment présente dans son esprit.. Il disait : « la victoire qui ne peut laisser aucun regret est la victoire sur l’ignorance ».

 

Or, cette instruction avait été négligée durant la Révolution, au point qu’en 1799, 75% des Français étaient illettrés, c’est-à-dire qu’ils ne savaient ni lire ni écrire. Napoléon demanda au ministre de l’intérieur, dont dépendait l’éducation nationale, et au Conseil d’Etat de préparer des projets. Ensuite, comme il le faisait dans tous les domaines, il participa activement aux discussions et décisions.

 

À titre d’exemple, passons la parole à Thibaudeau. : « Bonaparte ayant proposé la création de lycées avec octroi de bourses pour permettre aux enfants de familles pauvres d’y accéder, la discussion commença ».

 

-Regnault : « En accordant des bourses du gouvernement vous devez prendre toutes les précautions pour ne pas avoir à supporter dans un lycée pendant cinq ans, un enfant qui s’avérerait indigne de bénéficier d’une si grande récompense. »

-Bonaparte : « Ceci mérite d’être considéré, mais nous n’avons pas le droit d’infliger à un enfant une sanction qui le poursuivrait toute sa vie.Certains enfants sont en retard à douze ou quatorze ans, alors que d’autres sont en avance à dix. Un enfant doit être constamment encouragé tant que ses facultés intellectuelles n’ont pas atteint leur complet développement. »

 

La question de la création d’une école des arts et métiers à Compiègne fut débattue devant le Conseil d’Etat :

-Bonaparte : « Le plan que vous présentez est bien trop onéreux. Je ne pense pas que l’école doive coûter au gouvernement plus de 400 francs par étudiant, après une avance de 60,000 francs pour le lancement ; cette somme sera d’ailleurs remboursée par la vente des objets qui seront fabriqués par les étudiants. Les lycées fourniront à la nation les cadres, les médecins, les officiers, etc. et l’école des arts et métiers( il en faudra au moins deux de plus) préparera des ingénieurs pour les ports,  les routes, les arsenaux  et aussi des chercheurs pour l’amélioration des techniques et des outils de  l’industrie et de l’agriculture. »

 

Des objections furent faites sur la situation excentrée de Compiègne qui ne serait pas favorable à l’écoulement des objets fabriqués à l’école.

-Bonaparte : « Ceci n’est pas une entreprise commerciale mais une école destinée à enseigner aux garçons l’art et les méthodes industrielles. »

L’école fut créée par un décret du 25 février 1803. En 1806, elle fut transférée à Chalons-sur-Marne. Une deuxième école des arts et métiers fut installée à Angers.

 

Parmi les nombreuses questions qui furent discutées par le Conseil d’État, vint celle des diplômes des médecins et des chirurgiens. Jusque là, les médecins étaient considérés comme supérieurs aux chirurgiens. Bonaparte combattit vivement cette distinction. Selon lui, les médecins ne savaient pas grand chose sur les maladies et leur évolution alors que les chirurgiens, par leurs interventions, sauvaient un grand nombre de vies humaines.

 

Au début du Consulat, certains anciens académiciens commencèrent à rêver de la suppression de l’Institut et du rétablissement des académies et en particulier de l’Académie Française. Ils se considéraient eux-mêmes comme une sorte de noblesse littéraire et scientifique par opposition aux hommes de lettres et aux scientifiques issus de la Révolution qui, à leurs yeux, n’étaient que des parvenus. L’Institut, bien que respecté et admiré par toutes les nations étrangères était, pour eux, une création de la Révolution qu’ils ne sauraient tolérer.

 

Quand Bonaparte revint de Marengo, il soutint l’Institut et se moqua de son frère Lucien qui s’était fait l’avocat des académiciens. L’Institut de France fut divisé en quatre sections :

  • 1 – Physique et sciences mathématiques
  • 2 – Langue française et littérature ( 40 membres comme à l’Académie Française)
  • 3 – Histoire et littérature ancienne
  • 4 – Arts

 

La section des sciences morales et politiques fut supprimée

Jean-Antoine Chaptal( 1756-1832), Ministre de l’Intérieur, présenta en avril 1802, un projet d’ensemble pour l’instruction publique avec trois niveaux . (ce projet fut adopté  par le Tribunat par 80 suffrages contre 9 et par le Corps Législatif par 251 contre 27 et eut force de loi à partir du 1er mai 1802)

 

1 – Enseignement primaire :

 

Les préfets en liaison avec les maires, reçoivent la mission de créer des écoles primaires publiques dans les villes et villages. Les écoles privées sont autorisées et, très vite, les évêques vont mettre en place des écoles qui vont apporter un complément précieux. En effet, si les maires éprouvent des difficultés à recruter des instituteurs qualifiés, l’Eglise n’a pas ce problème car tous les prêtres et la plupart des religieuses ont une instruction suffisante pour occuper les fonctions d’instituteur.Le projet de Chaptal  crée un total de 23,000 écoles publiques. L’ojectif est d’enseigner à tous les enfants, la lecture, l’écriture, le calcul, l’histoire, la géographie et les principes généraux de la morale.A la fin du cycle qui durait pour les enfants de l’âge de six à douze ans,  était décerné, après examen,  le certificat d’études primaires. Ce diplôme, dit le certif, est resté une pièce importante, indispensable pour accéder à la plupart des emplois modestes, jusque dans les années 1960.

 

2 – Enseignement secondaire :

 

Bonaparte préconisa la création de lycées soit des établissements subventionnés par l’Etat qui existent encore aujourd’hui, pour préparer les enfants  entre l’âge de onze-douze ans à celui de dix-sept-dix-huit ans à l’examen du baccalauréat  qui vient couronner la réussite dans les études secondaires. Il y avait deux grandes orientations qui aboutissaient, l’une à  la classe terminale de rhétorique avec beaucoup de latin et d’études littéraires, l’autre à celle de mathématiques élémentaires. Cette formule est restée sans grand changement jusqu’après la 2eme  guerre mondiale, avec simplement remplacement de la rhétorique  par la philosophie et rajout d’une troisième option,  sciences expérimentales, dans les années 1960.Aujourd’hui, le bac est toujours bien présent, avec des options multiples, en particulier techniques. Chaque mois de juin, quelques millions de lycéens et lycéennes se rendent le cœur battant devant les tableaux d’affichage des lycées avec l’espoir de trouver leur nom dans la liste de ceux qui ont obtenu le sésame pour accéder à l’enseignement supérieur. En 1804, il y avait déjà 160 lycées en France soit en moyenne deux par département.

 

Les premiers avaient été établis à  Bordeaux, Bruxelles, Lyon, Douai, Marseille, Mayence, Moulins, Rennes, Turin, Besançon, Rouen Strasbourg, Amiens, Angers, Bourges, Caen, Cahors, Dijon, Grenoble, Liège, Limoges, Metz, Montpellier, Nimes, Orléans, Paris ( Louis -le-Grand, HenriIV, Charlemagne, Condorcet), Pau, Poitiers, Reims, Toulouse, Alexandrie, Avignon, Bonn, Bruges, Clermont-Ferrand, Gand, Nice, Nancy, Nantes, Pontivy, Rodez et Versailles. Les enfants des familles  aux revenus  modestes passaient à l’âge de onze ans un concours départemental des bourses qui  comprenait une partie écrite et une partie orale. Les meilleurs, leur nombre était fixé par quota annuel, recevaient pour la durée de leurs  études secondaires des bourses qui couvraient la pension complète ou la demi-pension selon le niveau des revenus de la famille. Ce régime était étendu aux collèges municipaux, au départ bien plus nombreux  que les lycées. Seuls les collèges privés ( en grande majorité sous la dépendance de l’Eglise catholique) , ne recevaient aucune subvention de l’Etat. Cependant tous les établissements scolaires secondaires que ce soient les lycées ou les collèges municipaux ou privés, préparaient leurs élèves au  baccalauréat qui était le même pour tous.

 

3 –Enseignement supérieur

 

Les facultés furent créées avec écoles  de sciences, de lettres, de droit et de médecine. Le niveau du recrutement et de l’enseignement de l’école polytechnique fut accru : (concours d’entrée, cycle d’études de deux ans débouchant sur l’entrée dans les écoles d’application des Ponts et Chaussées, des Mines et de l’Artillerie.) Une loi réorganisa les études de médecine et une autre décida de la création de six écoles de pharmacie. Des écoles des Arts et Métiers furent installées à Compiègne et à Angers.      Par une loi du 1er mai 1802, le Premier consul créait l’école de Saint-Cyr : « Il sera établi dans une des places fortes de la République une école spéciale militaire destinée à enseigner à une portion des élèves sortis des lycées, les éléments de l’art de la guerre. Elle sera composée de 500 élèves formant un bataillon, et qui seront accoutumés au service et à la discipline militaire. La devise de l’Ecole sera : Ils s’instruisent pour vaincre  ».

 

En créant une Ecole spéciale militaire, le Premier Consul savait que l’éducation de l’officier, appelé à commander des hommes dans un contexte de violence extrême, requérait une formation adaptée. Depuis sa création, en deux cents ans, elle a formé et instruit près de 80,000 officiers   dont plus de 10,000 sont morts au champ d’honneur.

           

La mise en œuvre de l’ensemble du système d’éducation demanda quelques années. Il fallut former les enseignants et aménager ou construire les établissements. Quand il fut étendu à l’ensemble des 130 départements du Grand Empire , le système d’éducation fut connu sous le nom  d’Université Napoléonienne.

 

Dans le nord de l’Italie, l’Université napoléonienne fut adoptée avec enthousiasme par la population, les professeurs et les étudiants ; c’est que le terrain était favorable en raison des traces de culture qui n’avaient pas totalement disparues depuis le temps où Rome gouvernait l’Europe.

 

 À Rome, l’Empereur veilla personnellement à ce que les nouvelles institutions furent mises en place dans les délais les plus courts. Il voulait que Rome occupât, dans l’empire, la seconde place après Paris. La nouvelle Université  remplaça l’archaïque Sapienza, ses collèges et ses instituts tombés dans une misérable décadence.

 

En Allemagne, dans les départements de la rive gauche du Rhin, la nouvelle Université fut adoptée sans la moindre opposition et même avec une satisfaction qui peut s’expliquer par le fait que les princes allemands avaient préparé le terrain en se montrant de chauds adeptes des idées du siècle des lumières.

 

En Suisse, il existait une Université qui remontait à Calvin, et qui donnait d’excellents résultats. Napoléon eut l’intelligence de la maintenir , se contentant d’intégrer l’Université de Genève avec ses professeurs et ses méthodes dans le cadre plus large et plus diversifié de l’Université impériale.

 

En Belgique, l’héritage culturel était très riche, le pays ayant connu des périodes très brillantes du point de vue artistique et littéraire. Ainsi la réputation de l’Université de Louvain rayonnait dans toute l’Europe. En 1808, fonctionnaient quatre lycées extrêmement côtés, ceux de Bruxelles, de Bruges de Liège et de Gand.

 

Le grand monument qu’était l’Université napoléonienne en 1814, n’a pas été bouleversé depuis près de deux cents ans ; il a  tout juste été un peu retouché. Napoléon est bien le fondateur de l’éducation nationale moderne et partant, de la France contemporaine avec ses valeurs, ses modes de vie et le souci permanent de l’organisation et de l’ordre.  Comme toutes les autres grandes réalisations du Consulat, l’Université fut louée, admirée et copiée par le monde entier.

 

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