Chapitre 19

 

Le Concordat et la paix religieuse

 

La Liberté des Cultes maintenue par le gouvernement

 

« La haute politique, c’est du simple bon sens appliqué aux choses importantes », avait coutume de dire Napoléon. Dès que le pouvoir en France lui est confié en novembre 1799, il va mettre en œuvre cette maxime.

 

Le pays, après dix ans de révolution, est en ruines. Cependant Napoléon sait parfaitement que les Français n’ont nul besoin d’être stimulés pour se remettre au travail avec la plus grande énergie. Chacun et chacune souhaite pouvoir travailler avec la plus grande ardeur pour améliorer les conditions de vie de sa famille. Pour cela il faut et il suffit que la sécurité soit rétablie, et que chacun puisse récolter le profit de son travail. Pour le bonheur des populations, il faut aussi que soit rétablie la totale liberté des cultes religieux. Comme 95% de la population est catholique, c’est d’abord au rétablissement de cette religion qu’il va appliquer ses efforts.

 

À première vue, cela paraît tout simple. On sort quelques décrets et le tour est joué. Eh bien, pas du tout , les plus violentes oppositions fusent de toutes parts. Les personnages politiques les plus influents, issus de la révolution, sont athées et accusent Napoléon de vouloir rétablir les « pasquinades ridicules ». Parmi les opposants les plus virulents, on peut citer le Général Moreau, Fouché, Talleyrand, Grégoire, Delmas, Bernadotte, Brune, Oudinot, Gouvion- Saint-Cyr et même La Fayette.

 

Les royalistes voient leur échapper le moyen de pression le plus puissant qui  leur restait pour ramener à eux la  population, et le Comte d’Artois, frère de Louis XIII, ira jusqu’à traiter le Pape Pie VII de pape criminel pour avoir accepté de traiter avec Napoléon. C’est qu’il fallait aussi un accord avec le Pape pour qu’il accepte d’être le souverain pontife de l’église catholique et romaine de France. Ce sera le Concordat, une des choses les plus difficiles que j’ai réalisées, dira plus tard Napoléon.

 

Dès le 29 novembre 1799, Napoléon signe un décret qui met fin à la déportation des prêtres. Le 28 décembre 1799, un autre décret autorise l’ouverture des églises le dimanche. Le 30 décembre, les honneurs funèbres sont rendus dans toutes les cathédrales et églises au pape Pie VI qui vient de mourir. Le 25 juin 1800, Bonaparte assiste à un Te Deum à la cathédrale de Milan, puis il rencontre le cardinal Martiana. Il lui exprime son désir de parvenir à un concordat entre l’Etat français et le Saint-Siège.

 

Voici le texte de la lettre que Martiana adressa à Pie VII à l’issue de l’entretien : « Bonaparte me communiqua son ardent désir d’arranger les choses ecclésiastiques de la France, en même temps que de procurer à son pays la paix au dehors. Il me pria instamment de me charger de la négociation entre Votre Sainteté et lui-même. Ses vœux  m’ont paru véritablement sincères, d’après les dispositions et les exigences très mesurées qu’il a daigné me manifester, et l’assurance qu’il m’a donnée d’employer en cas de succès, tout son pouvoir pour que Votre Sainteté recouvre tous ses États »

 

Dès le début juillet 1800, Pie VII fit savoir à Martiana que la proposition l’intéressait. Ainsi pouvaient commencer les négociations. Le concordat sera signé un an plus tard après que de nombreuses difficultés aient été surmontées grâce à  la fermeté mais aussi à l’esprit de conciliation de Napoléon. Il commença par se faire un ami de l’abbé Bernier, qui jusque là était le leader de la révolte des catholiques vendéens contre les interdictions du Directoire.

 

Napoléon Bonaparte, avec la sincérité et le charisme qui étaient les traits de son caractère, n’eut aucun mal à convaincre Bernier qu’ils devaient travailler ensemble, la main dans la main, pour le plus grand bien des populations. Du même coup, ceci mit fin à une guerre civile que les répressions atroces des gouvernements précédents n’avaient fait qu’activer.

 

Ensuite, Bernier, devenu un allié, apporta sa caution de prêtre pur et dur, tout au long des différentes phases qui permirent d’aboutir à l’accord.

 

L’abbé Bernier, raconta le Premier Consul, faisait peur aux cardinaux italiens par la violence de sa logique. On aurait dit qu’il se croyait au temps où il conduisait les Vendéens à la charge contre les bleus. Rien n’était plus singulier que le contraste de ses manières rudes avec les formes polies et le ton doucereux des prélats. Le Cardinal Caprara est venu d’un air effaré me demander s’il est vrai que l’abbé Bernier s’est fait, pendant la guerre de Vendée, un autel pour célébrer la messe avec les cadavres des républicains. Je lui ai répondu que je n’en savais rien, mais que cela était possible.

 

Général Premier Consul, s’écria le cardinal épouvanté, ce n’est pas un chapeau rouge, mais un bonnet rouge qu’il faut à cet homme.

 

En fin de compte, ses façons d’être ne nuiront pas trop à Bernier qui sera nommé, quelques mois plus tard, évêque d’Orléans.

1ière phase : Le Cardinal Spina, envoyé par le Pape, vient à Paris.

2ième phase : Un projet est envoyé à Rome avec un excellent diplomate du nom de Cacault. L’affaire traîne en longueur en raison des atermoiements des ministres du Pape. Le 12 mai 1801, Napoléon adresse un ultimatum, mais au Quirinal personne ne veut céder.

3ième phase : Cacault revient à Paris avec le secrétaire d’Etat du Pape, le cardinal Consalvi. C’est en fait le 2ième personnage dans la hiérarchie de l’Eglise catholique et romaine, et il a reçu du Pape le pouvoir de décision. Napoléon intervient en personne dans le débat, et parvient, après d’âpres discussions, à lui faire accepter le texte définitif qui sera signé par le Pape le 25 juillet 1801.

 

Le texte annule les édits antireligieux de la Révolution. La Papauté reconnaît la République française. Toutes les religions sont autorisées. L’État et l’Église travaillent en parfaite entente. Les prêtres reçoivent des indemnités du gouvernement.

 

Bientôt, pour la plus grande joie des populations des campagnes, on entendit de nouveau sonner l’angélus jusque dans les villages les plus reculés.

 

Napoléon n’oublia pas les protestants qui se comptaient au nombre de 680,000 soit 480,000 calvinistes et 200,000 luthériens. Par décrets, il rouvrit les temples et décida que les pasteurs recevraient un salaire de l’État.

 

Son action ne se limita pas à la libération des religions chrétiennes. Il fit de la religion juive, la troisième religion officielle de France. Le 30 mai 1806, il prescrit la réunion à Paris d’une assemblée composée de Juifs parmi les plus distingués, et de rabbins de toutes les  régions de France, en vue d’étudier et d’établir les formes propres à conférer aux  israélites la qualité politique et civile des Français, autrement dit, à en faire des citoyens à part entière.

Le samedi 26 juillet 1806, cent onze représentants des communautés juives de France et de l’Italie du Nord se réunissent à la chapelle Saint-Jean, une dépendance de l’Hôtel de ville de Paris. Ils avaient reçu une déclaration de l’Empereur : « Je veux que tous les hommes qui vivent en France soient égaux et bénéficient de l’ensemble de nos lois ». Dès la première séance, le banquier bordelais Abraham Furtado est élu président. Dans son discours inaugural il fait, en termes vibrants, l’éloge de Napoléon : « Celui qui a mis fin à une sanglante anarchie et à des persécutions séculaires ».

 

 

Le Grand Sanhédrin

 

Puis Napoléon décide de réunir le Grand Sanhédrin dès l’année suivante. D’émanation essentiellement religieuse, le Grand Sanhédrin est le conseil suprême de la nation juive. Cette assemblée avait gouverné Israël de 170 avant Jésus Christ à 70 après J- C.Peu après la victoire de Iena, l’Empereur adresse de Posen, le 29 novembre 1806, une note de huit pages dans laquelle il trace les grandes lignes du statut à accorder aux Juifs.

Le Grand Sanhédrin se réunit solennellement le 9 février 1807 pour une session d’un mois. Le cérémonial est calqué sur celui de l’Etat hébreu il y a deux mille ans. La chapelle Saint-Jean est cette fois dotée d’une vaste table en demi-cercle autour de laquelle prennent place les soixante et onze, comme au temple de Jérusalem. Commentant les dispositions arrêtées au cours des travaux, le vieux rabbin Sinzheim déclara dans son allocution de clôture : « Toi Napoléon, toi le bien-aimé, toi l’idole de la France et de l’Italie, le consolateur du genre humain, le soutien des affligés, le père de tous les peuples, l’élu du Seigneur, Israël t’élève un temple dans son cœur . Dispose, oui dispose entièrement de la vie et des sentiments de ceux que tu viens de mettre au rang de tes enfants en les faisant participer à toutes les prérogatives de tes sujets les plus fidèles. » A la fin de la dernière réunion, Napoléon fut proclamé le « Cyrus » des temps modernes ( ce roi de Perse, Cyrus le Grand, était à l’origine de la première restauration d’Israël). Il fut chaleureusement glorifié par tous les représentants unanimes.

Le décret de 1806, avait libéré les Juifs de leur isolement. Le Grand Sanhédrin de 1807, en faisant du judaïsme un troisième culte officiel, les liait étroitement à leur patrie nouvelle. Les résolutions du Sanhédrin de 1807 forment ainsi une sorte de concordat qui reste, aujourd’hui encore, la base organique du judaïsme français. Les mesures prises par l’Empereur en faveur des Juifs ne manquèrent pas d’inquiéter les vieilles Cours de l’Europe en particulier, Londres, Moscou et Vienne. Metternich, ambassadeur d’Autriche à Paris écrivit à son empereur : « Tous les Juifs voient en Napoléon leur Messie ».

De fait, les Juifs de France et de l’empire lui étaient tellement reconnaissants, qu’ils composèrent une prière  en son honneur. Cette prière était insérée dans les missels de toutes les synagogues de l’Empire. En conséquence, tous les fidèles la connaissaient et la récitaient fréquemment :

Prière des enfants d’Israël, citoyens de France et d’Italie pour le succès et la prospérité de notre Maître l’Empereur, le Roi Napoléon le Grand ( que sa gloire étincelle).

Composée dans le mois de Mar-Hechran, année 5567 ( 1807)

Psaumes 20,21,27, 147

 

J’implore l’Eternel, créateur du ciel, de la terre et de tout ce qui y vit. Tu as établi toutes les frontières du monde et fixé à chaque peuple son langage. Tu as donné aux rois le sceptre du pouvoir pour qu’ils gouvernent avec équité, justice et rectitude afin que chacun, à sa place, puisse vivre en paix.

Que nous sommes bienheureux, combien notre sort est agréable depuis que tu as placé Napoléon le Grand sur les trônes de France et d’Italie. Aucun autre homme n’est aussi digne de régner et ne mérite autant d’honneurs et de reconnaissance ; il dirige les peuples avec une autorité bienfaisante et toute la bonté de son cœur.

Quand les rois de la terre lui ont livré bataille, toi Dieu, tu lui as prodigué tes bienfaits, tu l’as protégé, tu lui as permis de soumettre ses ennemis. Ils lui ont demandé grâce et lui, dans sa générosité, la leur a accordée.

À présent, de nouveau, les rois se sont ligués pour trahir les traités et remplacer la paix par le sang de la guerre. Des armées se sont rassemblées pour combattre l’Empereur ; voici les ennemis qui s’avancent et que notre maître, avec sa puissante armée, se prépare à repousser l’agression.

O Dieu ! Maître de la grandeur, de la force, de la puissance et de la beauté, nous t’implorons de te tenir près de lui. Aide-le, soutiens-le, protège-le et sauve-le de tout mal. Dis-lui « Je suis ton sauveur »  et donne-lui ta lumière et ta vérité pour le guider.

De grâce, déjoue les complots de tous ses ennemis. Que dans les décisions de l’Empereur apparaisse ta splendeur. Renforce et affermis ses légions et ses alliés, que tous ses mouvements soient empreints d’intelligence et de succès.

Donne-lui la victoire et oblige ses ennemis à s’incliner devant lui et à lui demander la paix. Cette paix, il la leur accordera, car lui ne souhaite que la paix entre toutes les nations.

Dieu de clémence, Maître de la paix, implante dans le cœur des rois de la terre des sentiments pacifiques pour le plus grand bien de toute l’humanité. Ne permets pas au glaive de venir chez nous verser le sang de nos frères. Fais que toutes les nations vivent dans la paix et la prospérité éternelle.

 

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