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Chapitre 16 Le chef d’État |
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Visite de Napoléon et Joséphine à l'usine
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Avant d’aborder l’œuvre de Napoléon comme chef d’État, après avoir vu ses qualités militaires à Toulon et lors des campagnes d’Italie et d’Égypte, nous allons citer trois avis parmi les plus autorisés. Ils permettent de saisir d’emblée la personnalité du Premier consul et de l’Empereur.
La Constitution de l’an VIII – La chose la plus urgente, était la mise en place d’un gouvernement dans le cadre d’une nouvelle constitution. Une commission composée de dix membres, cinq sénateurs et cinq députés, sous la direction de Sieyès, fut chargée de la préparation et de la rédaction des nouveaux textes. Dans sa première mouture, Sieyès voyait un premier consul qui serait le Grand Électeur, richement installé au château de Versailles, dont le rôle se limiterait à celui d’emblème national et d’arbitre en cas de conflit entre les deux autres consuls ou entre les consuls et les ministres. Bonaparte rejeta cette formule en disant qu’il ne souhaitait pas devenir « un cochon à l’engrais » et que s’il avait accepté la charge de Premier consul, c’était pour pouvoir travailler chaque jour, de tout son énergie, au redressement de la France. Ceci rappelle la remarque de De Gaulle disant qu'il ne voulait pas être un président uniquement chargé « d’inaugurer les chrysanthèmes » et celle de Ronald Reagan, au moment du procès de l’Irangate, « Je ne suis pas une potiche décorative sur une cheminée ».
Le 4 décembre 1799 eu lieu la réunion des consuls et des dix membres de la commission pour la mise au point définitive de la Constitution. Chaque article était étudié et, après débat, finalement adopté et rédigé. La Constitution datée du 13 décembre, fut promulguée le 15 et entra en vigueur le 25 décembre, c’est à dire le jour de Noël. La loi constitutionnelle avait prescrit de retenir huit principes, la souveraineté du peuple français, la république comme forme du gouvernement, le système représentatif, la division des pouvoirs, le respect de la liberté, de l’égalité, de la sûreté et de la propriété.
Voici un résumé de cette Constitution de l’an VIII ( 1799) :
L’administration de Paris et des départements est également totalement réformée dans un système qui est resté pratiquement le même jusqu’à nos jours:
Les consuls et les ministres sont désignés:
Premier consul: Napoléon Bonaparte, second: Jean Jacques Régis Cambacérès, troisième Charles François Lebrun. Pour le choix de ce dernier, Bonaparte, qui ne le connaissait pas, s’informa auprès de Roederer. Voici leur dialogue :
Comme consul, Lebrun s’occupera avec grand succès de la réorganisation financière. Il écrira en 1822: « J’attends Napoléon à l’histoire, elle dira beaucoup du guerrier, mais elle dira davantage de l’homme d’État ».
Ministres:
Sans perdre une minute, Bonaparte se met au travail. Le jour même de la formation du gouvernement, il adresse une lettre au roi d’Angleterre et à l’empereur d’Autriche en les invitant: « à ne pas se refuser le bonheur de donner la paix aux peuples de l’Europe »; l’Angleterre ne prend pas la peine de répondre et l’armée autrichienne intensifie ses efforts en Italie pour en chasser les Français et envahir la Côte d’Azur. Il rédige aussi une proclamation: « … Des factions haineuses et cupides se partageaient la République. La France est dans une désorganisation générale… Français et Françaises, la République, raffermie et replacée dans l’Europe au rang qu’elle n’aurait jamais dû perdre, va bientôt voir se réaliser toutes les espérances des citoyens … ».
Pour avoir une idée de l’état pitoyable de la France, citons André Castelot dans sa relation du premier contact entre Napoléon et Gaudin, le nouveau ministre des finances. « Bonaparte reçut Gaudin de l’air le plus gracieux.
La formalité remplie, Bonaparte ajoute :
Gaudin trouve dans la caisse du Trésor une somme de cent soixante sept mille francs en numéraire provenant d’une avance de trois cent mille francs faite la veille. Or il y a près de cinq cent millions de francs de dettes, sans parler des bons de réquisition impayés et des promesses d’inscriptions de rente non tenues. La gabegie règne partout. Bonaparte explose: « Quels gens ! Quel gouvernement ! Quelle administration ! » Quand il veut envoyer un aide de camp porter un courrier, il n’y a pas le moindre viatique à lui donner pour ses frais de route. Le Premier consul veut connaître la force précise de l’armée; personne ne peut le renseigner.
Le 26 décembre 1799, a lieu l’installation du Conseil d’État, le 27 celle du Sénat, le 1er janvier (oui, le Jour de l'An) celles du Tribunat et du Corps législatif. Le 13 février 1800 est créée la Banque de France: Elle recevra son statut définitif, après six ans d’expériences diverses, par la loi du 22 avril 1806. La France avait besoin d’un papier monnaie admis par tous. L’État devait pouvoir s’appuyer sur un établissement financier puissant, capable d’assurer des avances au Trésor et même éventuellement des prêts. Le 6 janvier 1800, des banquiers dont Lecoulteux et Perregaux, appuyés par le Conseiller d’État Cretet, présentèrent au Premier consul le projet d’une banque qui pratiquerait l’escompte, le dépôt et l’émission de billets à vue ou à ordre, sous le contrôle du gouvernement. Bonaparte encouragea vivement la réalisation du projet. Déjà en août 1800, la banque fut capable de payer en numéraire les rentes et pensions de l’État. En 1801, elle était en mesure d’accorder des avances au Trésor. Le 17 février 1800, les préfets reçoivent leur statut. En province, comme à Paris, l’administration était dans un état de gâchis moral et matériel affreux, parfois sous la coupe d’illettrés. « Le cantonnier Michu, directeur des ponts et chaussées, le braconnier Barzic, président du tribunal etc… ». Bonaparte va redresser la situation en un tourne main. Il place un préfet choisi pour sa compétence à la tête de chaque département. « J’aime les honnêtes gens de toutes les couleurs », disait-il. Le 11 mars 1800, il leur adresse une circulaire, non pas pour leur promettre des richesses ou des vacances dorées, mais pour leur demander de consacrer toute leur énergie au service du redressement de la France. « Cette place vous impose des devoirs étendus, mais elle vous offre dans l’avenir une grande récompense; vous êtes appelé à seconder le gouvernement dans le noble dessin de restituer à la France son antique splendeur, d’y ranimer ce qu’elle a produit de grand et de généreux, et d’asseoir enfin ce magnifique édifice sur les bases inébranlables de la liberté et de l’égalité ». De janvier à avril 1800, Bonaparte lance toute une série de projets que nous verrons au moment de leur aboutissement, ainsi les codes (civil, de commerce, d’instruction criminelle, pénal et de procédure civile), l’Université napoléonienne, la liberté des différents cultes religieux, La Légion d’Honneur, la Bourse, la Cour des comptes, les grands travaux ( routes, canaux, ports), les travaux d’urbanisme etc… etc… Son activité sera interrompue en mai et juin, car il devra se rendre en Italie pour vaincre les Autrichiens sur le point d’envahir la France en vue de remettre sur le trône le gros Louis XVIII. (que les Flamands appelaient Louis die zweet, c’est-à-dire le transpirant).
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