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JEAN-ETIENNE PORTALIS (1746-1807) Grand Aigle de la Légion
d’Honneur (1805) Rédacteur du Code
Civil
Le Premier Empire, qui allait
être instauré quelques semaines après la promulgation
du code civil (30 Ventôse An XII - 21 mars 1804) le revendiqua
comme l’une de ses plus grandes gloires. La légende tendit
d’ailleurs à l’attribuer au seul génie de Napoléon
: le code civil des français
fut rebaptisé Code
Napoléon par la
loi du 3 septembre 1807 - quelques jours seulement après
la mort de Portalis dont il fut l’un des rédacteurs. Napoléon lui-même
ne confia-t-il pas dans le Mémorial
de Ste Hélène
: “ma vraie gloire, ce n’est
pas d’avoir gagné quarante batailles ; Waterloo effacera
le souvenir de tant de victoires. Ce que rien n’effacera, ce qui
vivra éternellement, c’est mon code civil, ce sont les procès-verbaux
du Conseil d’Etat”. Cela
était prémonitoire puisqu’en effet, le code
civil des français
régie non seulement la France dans ses principes de droit
depuis deux cents ans mais aussi de nombreux Etats d’Europe : Belgique,
Luxembourg, Allemagne, Pays-Bas, Italie, Espagne, Pologne mais aussi
en Amérique du Sud : Argentine, Bolivie, au Moyen-Orient
: en Egypte et même au Japon. Bonaparte, Premier Consul, trouva à la recommandation de Cambacérès, second Consul, futur archi-chancelier de l’Empire, Jean-Etienne-Marie Portalis celui qui devint son “bon génie”pour travailler à la rédaction du code civil ; convaincu dès le premier jour de l’importance de sa mission, Portalis déclarait : “Général, c’est le plus grand monument qui se puisse élever à une nation qu’un code des lois. Vous qui avez travaillé comme nous et plus que nous peut-être, vous devez en savoir quelque chose”. - 2 - Il est vrai que sans la
détermination du Premier Consul et sans la compétence
de Portalis, le code civil
des français n’aurait
sans doute pas existé. Bonaparte a mis autant d’énergie
à faire voter les textes que sur les champs de bataille.
On rapporte qu’au milieu de la nuit - car les séances se
prolongeaient parfois jusqu’à 2 heures du matin - il secouait
sévèrement les Conseillers d’Etat qui n’en pouvaient
plus, “Holà, Messieurs, s’écriait-il, réveillez-vous,
il n’est que 2 heures ; il nous faut gagner l’argent que nous donne
le peuple français” et il ajoutait à propos de Portalis
: “ainsi secondé,
nous ferons de grandes choses”. Né en Provence le
1er avril 1746, Jean-Etienne Marie PORTALIS consacra toute sa vie
au droit. Il fut avocat au Parlement dès l’âge de 19
ans et se tailla très vite une grande réputation,
exerçant ses talents dans plusieurs procès retentissants
comme celui contre Beaumarchais (le créateur de FIGARO) ou
celui contre Mirabeau (le tribun de la Révolution Française)
qui lui en voulu toute sa vie. Très tôt, il
fut consulté par différentes autorités pour
des avis ou des études sur des sujets importants. On doit
à ses réflexions un édit de 1787 sur la validité
du mariage des protestants qui n’avaient pas alors de statut légal.
Assesseur de la ville d’Aix, Député à Paris
pour défendre ses intérêts en 1782, il s’opposa
aux édits de Lamoignon qui visaient à réduire
les prérogatives des Parlements provinciaux. La Révolution le
trouva dans une disposition d’esprit favorable mais il se montra
vite hostile aux excès notamment à cette justice populaire
où les droits de la défense ne pouvaient pas être
garantis. Il fut indigné par le procès du Roi et composa
un plan de défense du souverain. Au moment de la terrible
répression jacobine qui sévit à Lyon en 1793,
il se cacha à Paris où, découvert, il fut arrêté
et n’échappa à l’échafaud que grâce à
la protection d’un révolutionnaire de l’entourage de Robespierre
qui lui devait de la reconnaissance pour service rendu. - 3 - Tardivement, à cinquante
ans seulement, Portalis se lança dans la politique active.
Il fut élu au Conseil des Anciens en 1795 et présida
cette Chambre haute du Directoire. Il s’opposa à toutes les
mesures ayant à son goût un fondement trop révolutionnaire
et se prononça publiquement contre les mesures de représailles
à l’égard des émigrés, des prêtres
réfractaires et contre les lois attentatoires à la
liberté de la presse. Classé comme monarchiste
modéré, il figura sur la liste des déportés
lors du coup d’Etat de Fructidor (septembre 1797) ; promis à
la déportation en Guyane, il s’exila en Suisse et en Allemagne
et continua à y prêcher la modération. Il en
profita pour étudier la philosophie allemande et rédigea
son maître ouvrage qui ne sera publié qu’après
sa mort “de l’usage et de l’abus de l’esprit philosophique durant
le XVIIIème siècle”. La politique de pardon du
Consulat lui permit de rentrer en France fin 1799 ; dès son
retour, Bonaparte le nomma à la tête du Conseil des
Prises (chargé de se prononcer sur la validité des
arraisonnements faites par des vaisseaux français) avant
de l’attacher à la commission chargée de rédiger
le projet de code civil
des français dont
la Constituante avait déjà en son temps décidé
la mise en chantier. Membre de la Section de
Législation du Conseil d’Etat à partir de septembre
1800, Portalis est réputé pour avoir été
celui qui le plus souvent rédigea les articles, sous-pesa
les équilibres et fit pencher la balance. Le
premier projet de code civil fut déposé le 21 janvier
1801 au corps législatif ; Portalis prononça plusieurs
discours remarquables à cette occasion et fut le principal
rédacteur de l’exposé des motifs des différents
titres. Dans un dernier effort, le projet de Portalis fut voté
le 21 mars 1804, le jour même de l’exécution du Duc
d’Enghien. - 4 -
Portalis,
fasciné par le Premier Consul puis l’Empereur, lui resta
d’une totale loyauté. Il écrivait : “Sous
Bonaparte, tout le bien devient possible et facile. Je suis toujours
étonné du génie de cet homme...”.
Il se prononça pour la création de la Légion
d’Honneur, pour le Consulat à vie, puis l’établissement
de l’hérédité. Rares étaient ses ennemis
“beaucoup l’aime, tous l’estime, personne ne le haie” disait-on
de lui. Apprécié par Napoléon, il bénéficia
des récompenses habituelles au titre de dignités qui
lui avaient été octroyées, il fut Grand Aigle
de la Légion d’Honneur, nommé à l’Institut
dans la classe de langue et littérature française
(équivalant à l’Académie Française)
et aurait été fait Duc si les suites d’une opération
de la cataracte ne l’avaient pas fait disparaître prématurément
à l’âge de soixante ans. Portalis fut le premier des
grands dignitaires civils du Régime Impérial à
mourir en fonction ; il eut droit à ce titre à des
obsèques nationales. Le 26 août 1807, au lendemain
de sa mort, Jean-Etienne Marie PORTALIS entrait au Panthéon.
En novembre 1808, Napoléon faisait ériger la statue
du grand codificateur dans la salle des Tuileries réservées
aux travaux du Conseil d’Etat. “Notre intention, écrivit-il
alors, est que nos Ministres, Conseillers d’Etat et magistrats de
toutes nos cours, voient dans cette résolution, le désir
que nous avons d’illustrer leur talent et de récompenser
leurs services”.
Jean-Luc A. CHARTIER Avocat
à la Cour d’Appel de Paris Auteur de “Portalis - Le père du Code Civil” Editions Fayard à paraître
janvier 2004
voir aussi le livre de Jean-Luc Chartier : Portalis Père du Code Civil
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