CONVENTION DE MORTEFONTAINE

 

 

30 septembre 1800

 

Point de départ des 200 ans d'amitié entre les États-Unis et la France

 

MERCI NAPOLÉON

 

Il est navrant et bien triste que les gouvernements des États-Unis et de la France, ainsi que tous les médias, aient complètement oublié de célébrer et même de mentionner le 200e anniversaire de cet accord qui témoigne de l'amour de la paix du Premier Consul Napoléon Bonaparte.

 

La convention de Mortefontaine étant le véritable point de départ des deux siècles d'amitié qui unissaient les deux grandes Républiques, une reconstitution de la fête, donnée à Mortefontaine le 2 octobre 1800, pourrait être envisagée à l'occasion de la première visite officielle en France du nouveau Président des États-Unis.

 

Sous le Directoire(gouvernement de la France de 1795 à 1799), les relations se détériorèrent entre les États-Unis et la France. De 1798 à 1800, il y eut une guerre maritime entre les deux grandes républiques avec, de part et d'autre, des saisies de bateaux marchands.

 

Le 7 juillet 1798, le Congrès des États-Unis avait voté une loi, dont voici le texte :

« Considérant que les traités conclus entre les États-Unis et la France, ont été maintes fois violés par le gouvernement français et que les justes réclamations des États-Unis, pour la réparation de toutes ces injures ont été repoussées, et que leurs efforts pour négocier à l'amiable une transaction sur toutes ces plaintes entre les deux nations, ont été rejetées avec indignité,

Considérant que sous l'autorité du gouvernement français on poursuit encore un système de violence déprédatrice, infractions aux traités susdits et hostilité aux droits d'une nation libre et indépendante,

Il a été arrêté par le Sénat et la chambre des représentants, assemblés en congrès, que les États-Unis sont de droit délivrés et exonérés des stipulations des traités et de la convention consulaire qui avait été conclue entre les États-Unis et la France, et que les dits traités ne seront plus regardés comme légalement obligatoires de la part du gouvernement ou des citoyens des États-Unis. »

 

 

Ont signé :  JONATHAN DAYTON, orateur de la chambre des représentants

                  THEODORE SEDGWICK, Président du Sénat par intérim

Approuvé le 7 juillet 1798

                  JOHN ADAMS, Président des États-Unis

Déposé au bureau des archives du secrétaire d'État et contresigné :

                  TIMOTHEE PICKERING

 

Aussitôt que le pouvoir lui fut confié (décembre 1799), Napoléon , qui était un admirateur des États-Unis – il avait un buste de George WASHIGNTON dans son bureau – travailla à restaurer la paix et l'amitié entre les deux nations.

 

Il invita le Président John ADAMS à entamer des négociations de paix, En conséquence, Olivier Ellsworth, William Davie et William Vans-Murray arrivèrent à Paris le 2 avril 1800.

 

Pour représenter la France, Napoléon Bonaparte désigna son frère Joseph, Charles Fleurieu et Pierre-Louis Roederer.

 

Quand Napoléon dut partir en Italie gagner la bataille de Marengo (14 juin 1800) qui mit fin à l'invasion autrichienne et sauva la république, les négociations s'enlisèrent. Ce n'est qu'après son retour à Paris qu'il put apporter aux négociations tout son bon sens, son esprit de justice et sa volonté de paix et arriver ainsi à un accord qui reçut le titre de « Convention de Mortefontaine » signée le 30 septembre 1800.

 

En voici quelques extraits :

 

Le Premier Consul de la République française, au nom du peuple français, et le Président des États-Unis d'Amérique, également animés du désir de mettre fin aux différends qui sont survenus entre les deux États …

 

Article 1 – Il y aura une paix ferme, inviolable et universelle, et une amitié vraie et sincère entre la République française et les États-Unis d'Amérique, ainsi qu'entre leurs pays, territoires, villes et places, et entre leurs citoyens et habitants, sans exception de personnes ni de lieux.

 

Article   2 – (Concerne la suspension des traités antérieurs)

Article   3 – (Restitution des vaisseaux d'état)

Article   4 – (Preuve de propriété)

Article   5 – (Dette des nations)

Article   6 – (Commerce)

Article   7 – (Libre disposition des biens)

Article   8 – (Cas de rupture)

Article   9 – (Exemple de séquestre)

Article 10 – (Agents commerciaux)

Article 11 – (Droits à payer)

Article 12 – (Commerce neutre)

Article 13 – (Contrebande)

Article 14 – (Cas de respect de la cargaison)

Article 15 – (Cas de saisie de la cargaison)

Article 16 – (Certificats maritimes)

Article 17 – (Passeports maritimes)

Article 18 – (Contrôle des cargaisons)

Article 19 – (Conduite à tenir dans le cas de navires en convoi)

Article 20 – (Procédure de saisie)

Article 21 – (Égards dus à l'équipage et aux passagers)

Article 22 – (Jugements – tribunaux compétents)

Article 23 – (Cautions)

Article 24 – (Conditions d'admission des prises dans les ports)

Article 25 – (Conduite à l'égard des corsaires étrangers)

Article 26 – (Pirates)

Article 27 – (Pêches)

 

En foi de quoi, les plénipotentiaires respectifs ont signé les articles ci-dessus, tant en langue française qu'en langue anglaise, et ils y ont apposé leur sceau, déclarant néanmoins que la signature en deux langues ne sera point citée comme exemple et ne préjudiciera à aucune des deux parties.

Fait à Paris le 8e jour de vendémiaire de l'an 9 de la République française et le 30e four de Septembre 1800.

 

Signé :   Joseph Bonaparte, C.P. Fleurieu, P,L, Roederer

           Oliv. Ellsworth, W.R. Davie, W,V. Murray

Pour copie conforme C.M. Talleyrand

 

Deux jours plus tard, le 2 octobre 1800, le Premier Consul donnait une grande fête à Mortefontaine. Voici quelques extraits du récit que l'on trouve dans les Mémoires du baron de Méneval, qui deviendra par la suite le secrétaire de Napoléon.

 

« … Louis Bonaparte était le colonel du 5e Régiment de Dragons qui opérait en Vendée quand il m'invita à le rejoindre dans sa garnison de Verneuil.

 

Aussitôt que lui furent confiées les rênes du gouvernement, le Premier Consul avait porté son attention vers cette malheureuse province et pris des mesures pour faire cesser les désordres qui la déchiraient. Tous les efforts faits dans ce but par les gouvernements précédents n'avaient donné aucun bon résultat. Ce fut Napoléon Bonaparte qui eut le grand mérite de mettre un terme à cette guerre cruelle; il réussit par l'usage d'un mélange d'indulgence et de rigueur, et par la fermeté de sa volonté.

 

Louis Bonaparte qui savait que le métier des armes ne m'attirait pas particulièrement et que je n'avais nullement l'intention de rêver au bâton de Maréchal, me présenta à son frère Joseph qui avait failli être massacré par les troupes du Pape, à Rome, en décembre 1797.

 

Son rang d'Ambassadeur ne l'avait pas protégé. Des partisans de la révolution avaient obtenu l'asile dans l'Ambassade de France où ils furent poursuivis et massacrés par les troupes papales. Le général Duphot, la vertu personnifiée selon Napoléon, fut tué alors qu'il tentait de s'interposer. Ce général était fiancé à la belle-soeur de Joseph Bonaparte, Désirée Clary, qui épousa ensuite Bernadotte et est aujourd'hui Reine de Suède.

 

Joseph Bonaparte écrivait à cette époque l'histoire de « Moïna », une œuvre de peu d'importance, mais qui est intéressante par la simplicité du sujet, la gentillesse des sentiments exprimés et la grâce du style. Ces diverses circonstances me mirent en relation avec ce généreux mécène, qui me reçut avec beaucoup d'amabilité et me témoigna un intérêt qu'il n'abandonna jamais et pour lequel, toute ma vie, je lui serai profondément reconnaissant.

 

Lorsqu'il fut désigné pour négocier la paix avec les envoyés américains, il m'engagea comme secrétaire. Les négociations furent terminées par un traité qui fut signé le 30 septembre 1800.

 

Pour célébrer l'amitié retrouvée, une grande fête fut donnée à Mortefontaine deux jours plus tard. Le Premier Consul Napoléon Bonaparte était là avec sa famille. Le Second et le Troisième Consul, les ministres, les présidents et plusieurs membres, du Conseil d'État, du Sénat, de la Chambre des Députés et du Tribunal, ainsi que le Corps Diplomatique, étaient également présents.

 

De nombreuses personnes qui avaient précédemment servi aux États-Unis se rencontrèrent à cette occasion. Monsieur de Lafayette et Monsieur de la Rochefoucauld-Liancourt avaient invité les Américains qui se trouvaient à Paris et ils servaient d'interprètes à ceux d'entre eux qui ne parlaient pas notre langue. Ce sont ces deux illustres personnages qui suggérèrent de placer en évidence des emblèmes et des devises rappelant les faits les plus glorieux de la guerre l'indépendance américaine.

 

Il y avait aussi de très nombreuses jolies femmes à la tête desquelles figuraient les deux jeunes soeurs de Premier Consul, Mesdames Leclerc (Pauline – 20 ans) et Murat (Caroline – 18 ans).

 

La fête, extrêmement brillante fut parfaitement réussie. Mortefontaine était déjà à l'époque un des endroits les plus splendides de France et la beauté des lieux contribua grandement à la magnificence de l'événement.

 

Un concert, dans lequel se produisirent Garat et les plus célèbres artistes de Paris, fut donné le premier jour. Le lendemain se déroula une grande chasse. Le soir il y eut un feu d'artifice sur le lac en face du château. Un obélisque flamboyant, dont le piédestal était orné d'allégories célébrant l'union des Républiques américaine et française, illuminait ses abords. Au moment du bouquet final, une petite flottille apparut sur l'eau, éclairée par des globes de couleur qui portaient les drapeaux entrelacés des États-Unis et de la France.

 

Le feu d'artifice fut suivi de pièces de théâtre. Deux comédies furent jouées par Fleury, Dazincourt, Melles Contat, Devienne et Meseraiy sur une scène aménagée dans le parc. En arrière on apercevait un petit bois éclairé de plusieurs feux qui lui donnaient un aspect féerique grâce à une judicieuse combinaison d'ombres et de lumières. Entre les deux pièces, Garat, mademoiselle Contat et mademoiselle Devienne chantèrent des couplets faisant allusion au rétablissement des relations cordiales entre les deux États.

 

La fête s'acheva par un grand bal de plus de 1200 invités. Le Premier Consul et Madame Bonaparte se retirèrent à une heure du matin pour rentrer à Paris. C'est à Mortefontaine que j'ai vu Napoléon pour la première fois. Ce jour-là, rien ne se produisit qui aurait pu attirer son attention sur moi mais en le voyant, entouré d'un prestige et d'une grandeur qui inspiraient le plus profond respect à tous ceux qui l'approchaient, je n'aurais jamais pu imaginer que j'allais, un jour de juin 1802, pénétrer dans le cercle de ses intimes et y demeurer plus de onze ans… »

 

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