Deux cérémonies en l'église Saint-Melaine et au cimetière Saint-Charles hier.

tiré du journal Ouest France - mardi le 11 mars, 2003

 Les honneurs rendus à Milic Guéguen.

Le général Labat a retracé la carrière de Milic Guéguen en présence de nombreux militaires

 

Près de 200 personnes ont rendu un vibrant hommage hier, en l'église Saint-Melaine, au colonel Émile-René Guéguen, mort le 14 février dernier aux États-Unis, le jour de ses 78 ans. Une cérémonie suivie d'une autre au cimetière Saint-Charles où reposeront ses cendres. C'est un grand soldat, figure de la résistance morlaisienne qui avait fait l'objet de douze citations dont cinq palmes, décoré par le président de la République Jacques Chirac en 1995, qui s'en va.

 

Au cimetière Saint-Charles, en présence d'une nombreuse assistance, la sonnerie aux morts retentit en hommage au colonel Milic Guéguen.

Devant l'urne contenant ses cendres, sa famille avait installé une photo prise en 1995 où l'on voit le président Chirac, décorer Milic Guéguen.

 

Ironie du sort, c'est le jour de ses 78 ans qu'Émile Guéguen, "Milic, comme nous l'appelions tous" a rappelé son camarade Michel Le Bars, est décédé subitement aux États-Unis, où il vivait en Californie depuis une douzaine d'années.

 

Né à Kerfraval, à l'époque en Ploujean, il a été dès sa prime enfance un garçon débordant de vitalité, intelligent, sportif complet et voulant constamment se dépasser tant dans la course à pied puisqu'il fut champion de Bretagne cadets en 1942 que dans le football ou ses études scolaires. Collégien à Tristan-Corbière, il est entré dans la Résistance dès sa quinzième année. Il sera plusieurs fois arrêté "pour hostilité envers les troupes allemandes" a rappelé Gildas Lebeurrier, son ami, qui fut aussi son chef de maquis, son commandant de compagnie sur le Front de Lorient, son camarade en Indochine et en Algérie chez les parachutistes.

 

Le 6 juillet 1944, Milic roule à moto dans le secteur de Lamprat à Plourin, où il est intercepté par les feldgendarmes. "Alors qu'il va mourir dans les heures qui suivent, il réussit à s'enfuir sous la mitraille" a souligné Gildas Lebeurrier, lors de sa prise de parole en l'église Saint-Melaine, où près de 200 personnes sont venues rendre un dernier hommage  solennelle à cette figure de la résistance morlaisienne. Sous-lieutenant à 19 ans, son courage, son esprit de décision lui permettent de sauver une trentaine  de ses hommes le 10 décembre 1944, alors que la bataille fait rage sur le front Lorient. "Pour nous, c'était le meilleur. Il était adoré de ses hommes, redoutés de ses adversaires" a raconté le général Labat "C'était un grand soldat !" . En Indochine, en Algérie, le jeune officier renoncera à la compromission, à la torture ayant le respect de l'ennemi,  comme l'indique Michel Le Bars, "qu'il a toujours combattu dans l'honneur".

 

Sa forte personnalité, son intransigeance tant envers lui qu'envers les autres lui ont attiré des jalousies, des animosités aussi. Car il avait un franc-parler, un caractère entier, qui lui ont valu de nombreux conflits avec ses supérieurs. "C'est ce qui le poussa a démissionner de l'armée en 1959, alors que, colonel, il devait logiquement obtenir rapidement les étoiles de général. " Fidèle en amitié, attaché à sa région natale où il revenait chaque année, Milic a écrit une lettre au Morlaisien Michel Le Bars. Qui l'a reçu le jour de l'annonce de la mort dans les journaux. "Ça a été une grosse émotion évidemment, raconte l'intéressé. Mais c'est surtout les mots forts, qui prennent tout leur sens en cette période troublée, qui m'ont touché. Il concluait la lettre par : " Quelle connerie la guerre ! " Et ça, c'était vraiment lui" .

 

Patrick Croguennec.