Le Docteur Dominique Jean Larrey

 

Chirurgien-chef de l'armée de Napoléon

 

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Dr Larrey, chirurgien-chef de l'armée de Napoléon

 

Le professeur Moshe FEINSOD, directeur de la division de neurologie à l'hôpital Ramban de Haifa, a publié deux articles admiratifs sur le Dr Larrey. Dans le premier, il raconte l'affaire de soldats qui étaient accusés de s'être blessés eux-mêmes pour échapper au service et que Larrey a sauvé de l'exécution. Dans l'autre, il relate les impressions de Larrey assistant pour la première fois à une amputation effectuée par un collègue, le Dr Luigi Galvini.

 

Trois choses  fascinent le Dr Feinsod: la dévotion de Larrey pour les blessés, sa force morale et son désir permanent de toujours apprendre davantage.  Ses méthodes sont encore enseignées aujourd'hui et il reste un modèle de dévouement humanitaire.

 

Larrey écrivit " Ce n'est pas au chirurgien de déterminer si une blessure est volontaire. Ce rôle appartient à un juge. Le médecin doit être l'ami de son patient. Il doit soigner le coupable aussi bien que l'innocent et concentrer ses efforts seulement sur la blessure. Le reste n'est pas son affaire."

 

Fils d'une riche famille de la région des Pyrénées, Larrey termine ses études dix ans avant la Révolution française. Il se spécialise en chirurgie et sert d'abord dans la marine. Il participe à la prise de la Bastille le 14 juillet 1789. Ensuite, il est appelé sous les drapeaux pour défendre la République face aux attaques des monarques de l'Europe qui veulent rétablir en France l'ancien régime.

 

La toute première fois que Larrey participe à une bataille, il n'attend pas qu'on lui amène des blessés à l'arrière, il se précipite dans la mêlée pour leur porter secours. Après la bataille, ses supérieurs critiquent son comportement mais les blessés lui sont reconnaissants. Par la suite, il crée les "ambulances volantes", composées d'un médecin, de deux assistants et d'un infirmier. Cette équipe médicale donne les premiers soins et dispose d'une voiture pour les évacuations. Cette méthode, révolutionnaire à l'époque, sauve de nombreux soldats qui, jusque-là, souffraient pendant des heures et parfois pendant des  jours sans recevoir le moindre soin.

 

Larrey continue en permanence à perfectionner ses méthodes. Les médecins et infirmiers de terrain, les centres de regroupement  des blessés, les hôpitaux de campagne deviennent part intégrante du champ de bataille. Entre autres, Larrey découvre la nécessité de changer fréquemment les pansements et de nettoyer soigneusement les plaies.

 

Durant la campagne d'Égypte et en Terre Sainte, sous le commandement du général Bonaparte, Larrey inaugure la séparation des blessés d'avec les malades contagieux. Il rassemble les malades au couvent des Carmélites sur la colline d'Haifa et les blessés dans le fort de Shfaram. Les soldats bientôt lui donnèrent  le surnom de "La Providence".

 

Dans les batailles de campagne d'Allemagne de 1807, un grand nombre de soldats souffraient de problèmes de jambes. Napoléon en demanda la cause. Larrey conclut que les jambes de jeunes garçons de 18 ans n'étaient pas assez solides pour supporter les longues marches. Napoléon reporta à 20 ans l'âge de la conscription.

 

En 1813, se situe l'événement qui immortalisa la mémoire de Larrey. Après une bataille, des officiers prétendent que des soldats se sont volontairement blessés au pied ou à la main. Les maréchaux veulent faire des exemples. Larrey écrit aussitôt à Napoléon: "On vous a trompé; ces garçons sont innocents." Les hommes échappèrent à l'exécution.

 

Larrey admirait Napoléon et le servait avec un total dévouement; Napoléon reconnaissait ses mérites. Il dit: "Si l'armée érige un monument pour exprimer sa gratitude, c'est en l'honneur de Larrey qu'elle doit le faire".

 

À la bataille de Waterloo,  Larrey fut pris par les Prussiens qui voulaient l'exécuter. Sa vie fut épargnée lorsqu'il fut reconnu par le Maréchal Blücher qui se souvenait que Larrey avait sauvé la vie de son fils en le soignant sur un champ de bataille quelques années plus tôt. Ceci souligne une autre qualité de Larrey. Sur un champ de bataille, il soignait tous les blessés, qu'ils soient amis ou ennemis.

 

Un autre incident fameux se situe en 1830, durant la Révolution qui mit fin au règne de Charles X. Larrey refusa de livrer des Suisses à la vindicte des insurgés. Il alla au devant d'eux et cria: " Que voulez-vous ? mes blessés? ce sont les miens, laissez-les tranquilles". L'ayant reconnu, les rebelles pour toute réponse, l'applaudirent avec le plus grand enthousiasme.

 

Nombreux sont les historiens qui pensent que Larrey a été le moteur qui a entraîné la création de la Croix Rouge Internationale (1864) et la convention de Genève (1949) qui prescrit, entre autres, qu'un soldat ennemi blessé doit être soigné et qu'il est obligatoire de protéger les civils dans un territoire occupé.

 

Le nom de Larrey est gravé sur l'Arc de Triomphe de Paris mais sa célébrité va bien au-delà des frontières de la France. L'approche humanitaire de Larrey guide le comportement des médecins quand ils ont à décider entre leur devoir à l'égard  des malades et la pression des autorités, en particulier de la police ou de l'armée.

 

Le professeur Feinsod note que seul un ordre spécifique et nominatif peut imposer d'entraver un malade ou un blessé sur un lit d'hôpital et il ajoute son espoir que de tels ordres sauront toujours ménager la conscience des médecins.

 

     Fin de l'article d'Algazi.

 

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Napoléon avait la plus grande estime pour Larrey, comme le souligne Las Cases dans le "Mémorial de Sainte-Hélène": " L' Empereur fait le plus grand éloge du chirurgien Larrey, disant qu'il avait laissé dans son esprit l'idée du véritable homme de bien; qu'à la science il joignait au dernier degré toute la vertu d'une philanthropie effective. Tous les blessés étaient de sa famille. Larrey est l'homme le plus vertueux que j'aie rencontré".

 

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MÉDECINE SOUS L'EMPIRE