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La
Bataille
de Toulouse
par Thomas Gauthier, l'un de nos plus jeunes membres et certainement l'un des plus enthousiastes
Thomas Gauthier
Cette bataille
oubliée des livres d’histoire ne l’est pas chez nous, à
Toulouse, où des noms de rue et de lieux en perpétuent
la mémoire. Ainsi, le livre de Félix Napo arrive à
son heure pour rendre justice à l’événement
et aux hommes qui s’y illustrèrent. Surtout il s’inscrit
dans le mouvement de l’historiographie moderne qui fait une large
place aux récits des combattants eux-mêmes, témoins
irremplaçables des guerres où ils risquaient leur
vie et leur liberté.
Le
récit de la bataille de Toulouse se présente donc
comme une sorte de carnet de bord d’un témoin privilégié,
et « bien informé » qui, au jour le
jour, raconte les événements auxquels il se trouve
mêlé. A travers ses notations, c’est toute l’histoire
de la fin de l’Empire qui se dessine et l’écroulement d’une
armée qui, ayant fait trembler l’Europe, ne voulait pas croire
à sa défaite. L’épisode toulousain se situe
avant Waterloo, plusieurs jours après la chute de Paris et
l’abdication de l’Empereur, et nous replonge au cœur d’une histoire
qui mit en présence, le 10 avril 1814 à Toulouse,
deux armées ennemies, deux stratèges également
ambitieux qui se poursuivaient depuis l’Espagne en un « interminable
affrontement ». (Soult avait reçu mission de l’Empereur
de rejeter les Anglais hors d’Espagne. Mais ce sont eux qui le poursuivent).
Le
premier de ces hommes appartient à la bonne aristocratie
anglaise. Il s’appelle Arthur Wellesley, duc de Wellington, et les
portraits d’époque nous le montrent élégant,
raffiné, séduisant même ; il avait, dit-on,
du succès auprès des femmes. Un chef de guerre déterminé
à la tête d’une coalition
anglo -
hispano - portugaise qui a infligé aux Français la
défaite à Vitoria, au pays Basque, obligeant le roi
Joseph, le frère de l’Empereur, à une fuite précipitée.
Celui que
les uns et les autres poursuivent s’appelle le Maréchal Jean
de Dieu Soult, né dans le Tarn, à Saint Amans la Bastide,
devenu depuis et grâce à lui Saint Amans Soult. D’origine
modeste, il fait partie de cette noblesse d’Empire-il deviendra
duc de Dalmatie- qui a gagné ces titres nobiliaires sur le
terrain. Il ne manque pas de goût pour la belle peinture,
puisqu’on dit qu’il emporte d’Espagne dans ses fourgons des Murillo,
des Ribeira et des Zurbaran. Il a titre de lieutenant général
commandant de l’armée en Espagne et sur les Pyrénées,
et a reçu mission avec ses hommes de délivrer Pampelune
et de rejeter les Anglais au-delà de l’Ebre.
La
réalité du terrain est tout autre. En Espagne, les
Français reculent devant les Anglais, qui les talonnent passé
les Pyrénées, jusqu’à Bayonne et Orthez. Les
Français perdent 35000 hommes ce qui représente
la moitié
des effectifs militaires en Espagne. A ces pertes il faut ajouter
les passages à l’ennemi des bataillons mercenaires. Après
la campagne d’Espagne fertile en scènes de pillages et en
exactions de toutes sortes, la retraite française va durer
deux mois, émaillée elle aussi d’affrontements, de
morts : six cent à Orthez, dans un pays indifférent
ou hostile et où les engagements de volontaires sont rares,
pour ne pas dire inexistants.
Soult
pense pouvoir tenir le sud du pays avec le renfort du maréchal
Suchet, mais il doit surtout éviter les tactiques d’encerclements
de Wellington dont les armées restent supérieures
en nombre. Soult emploie la méthode chère à
Napoléon : il exhorte ses troupes à la vaillance
et au patriotisme. Il écrit le 20 mars : « j’éprouve
un vif regret d’être dans la nécessité de me
replier sur la Garonne et de diriger l’armée sur Toulouse.
La supériorité numérique des ennemis est telle
que je ne puis faire autrement sans m’exposer à perdre définitivement
l’armée. Cependant, je me bats tous les jours et je ne quitte
pas une position sans l’avoir défendue. »
Cette
même position prévaut le jour de l’engagement final,
l’attaque étant menée par Wellington dont il y a de
fortes chances qu’il ai été au courant de changement
du régime et donc de l’inutilité de la bataille.
Les
Français maintenaient, eux, leur position : « Nous
leur ferons voir ce que nous sommes devant Toulouse, que nous jurons
de défendre avec vous jusqu’à la mort. »
Ce
qui fut dit fut fait pour Pâques où les Français,
au nombre de 35000, affrontent des coalisés qui alignent
50000 soldats. Ces derniers accueillis en libérateur par
les Toulousains auront paradoxalement plus de pertes (8000) que
les Français (3500). C’est une semaine après la bataille,
le 17 avril, qu’arrive l’ordre de cesser les combats. L’abdication
de l’Empereur est confirmée. Or, depuis le 13 avril, la fin
des hostilités et le changement de régime ont été
notifiés à Wellington et à son état-major
installé à la préfecture de la ville depuis
le départ des troupes françaises. « Inexplicablement,
ils ont donc attendu. Ils on attendu le lendemain pour venir informer
Soult. Le duc de Dalmatie s’es soucie aussi peu que des documents
présentés en confirmation de leur dires, avec des
dépêches du gouvernement provisoire et des exemplaires
du Moniteur. » Soult maintient son quartier général
à Castelnaudary. Et lui qui se flatte de n’avoir en somme
perdu ni un canon ni un drapeau fait cette réponse de soldat
aux émissaires du camp adverse : « Dites
à Lord Wellington que je ne puis ajouter foi à des
nouvelles de paix qui me sont données par le chef de l’armée
que je combats. Ajoutez que j’ai dix batailles à lui livrer
encore, toutes semblables à celle de Toulouse : qu’à
terme, si nos pertes ont suivi réciproquement la même
proportion que par le passé, lui et moi resterons généraux
sans armées. »
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