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Les dernières analyses réalisées par le docteur Pascal Kintz, président de l’Association Internationale des Toxicologues de Médecine Légale, et le laboratoire ChemTox closent définitivement le dossier

Par Ben Weider, Président de la Société Napoléonienne Internationale


NAPOLÉON A BIEN ÉTÉ EMPOISONNÉ
 

L'AGENT TOXIQUE ÉTAIT DE LA «MORT-AUX-RATS»




Ben Weider avec son livre Napoléon est-il mort empoisonné? traduit en 40 langues.

C’est le 2 juin 2005, à Illkirch-Graffenstaden, à sept kilomètres au sud de Strasbourg, que s’est achevé un combat que j’ai entrepris près de quarante ans plus tôt : faire reconnaître et admettre que l’empereur Napoléon 1er, déporté par les Anglais sur l’île de Sainte-Hélène, avait été la victime de ce que les scientifiques appellent une « intoxication chronique à l’arsenic », et nous, le grand public, plus simplement un empoisonnement.

Ce 2 juin, dans les locaux du tout nouveau laboratoire ChemTox, en présence d’un auditoire nombreux, dans lequel figuraient plusieurs personnalités de l’État français (Conseiller général, Président de Région), de la Justice…, le docteur Pascal Kintz a donc administré la preuve définitive que l’arsenic présent dans les cheveux de Napoléon était bien destiné à tuer, puisqu’il s’agit d’arsenic minéral, forme la plus toxique, connue sous l’appellation populaire de « mort-aux-rats ».

 

Je ne vais pas revenir sur tous les détails de cette presque épopée, mais, alors que j’ai enfin, avec l’aide des meilleurs scientifiques qui se puissent trouver, réussi à faire démontrer que l’empoisonnement de l’Empereur ne ressortit pas au « domaine de la littérature romanesque », comme l’a déclaré récemment encore l’historien napoléonien Jean Tulard, je crois utile de faire un bref retour dans le passé.

 

PREMIÈRE PERCÉE DE LA THÈSE
ET DÉBUT DE LA LOI DU SILENCE

En 1955, Sten Forshufvud, un stomatologue suédois nanti, également, d’un solide bagage en toxicologie acquis en France dans une faculté des Sciences, découvre les Mémoires d’un compagnon de déportation de Napoléon à Sainte-Hélène, son domestique Marchand. Certains des symptômes décrits dans l’ouvrage lui font penser à une possible intoxication arsenicale.

Première percée, encore timide, de la thèse, il réussit en 1960 à obtenir du commandant Henry Lachouque, ancien conservateur adjoint du musée de Malmaison et historien napoléonien renommé, un cheveu de l’Empereur.

Je précise que le donateur avait – par écrit – garanti l’authenticité de ce cheveu, qui provenait de la succession Marchand. La relique est remise pour analyse au directeur du département de médecine légale de l’université d’Édimbourg, le professeur Hamilton-Smith.

L’analyse faite suivant la méthode du bombardement neutronique révèle une forte teneur en arsenic. Mais, pour affiner ses conclusions, Hamilton-Smith a besoin d’autres cheveux de Napoléon.

Encouragé par ce résultat prometteur, Sten Forshufvud cherche à s’en procurer d’autres auprès du commandant Lachouque : celui-ci, à qui il a transmis les résultats obtenus par le professeur Hamilton-Smith, lui a, en effet, adressé – une fois encore par écrit – ses félicitations pour sa démarche, l’encourageant à la poursuivre.

Mais, étrangement, à partir du moment où l’analyse faite par le professeur Hamilton-Smith eut démontré la présence du toxique dans le cheveu de Napoléon, toutes les portes, y compris celle du commandant Lachouque, se fermèrent.

Pour poursuivre ses investigations, Sten Forshufvud est contraint de se tourner vers l’étranger. Des échantillons, avec attestation d’authenticité, non des actuels propriétaires mais de ceux de l’époque considérée (Las Cases, Marchand…), lui parviennent ainsi de Suisse, d’Australie, du New Jersey…

Soumis à d’autres analyses, les nouveaux échantillons « tiennent les promesses » du cheveu pionnier, comme le professeur Hamilton-Smith le confirme à Sten Forshufvud dans un billet, écrit de sa main, et daté de Glasgow, le 26 mars 1962.

De ses découvertes, Sten Forshufvud tire la matière d’un ouvrage, qui, en toute modestie, posait simplement cette question : « Napoléon a-t-il été empoisonné ? ».

Le livre est férocement ridiculisé par les historiens napoléoniens français. Mauvais roman, disent-ils.

 

MÊME À SAINTE-HÉLÈNE, NAPOLÉON
RESTAIT DANGEREUX POUR LES MONARCHIES EUROPÉENNES

Je m’étais moi-même intéressé à cette, je ne dis pas encore thèse, mais éventualité, tant il était évident qu’un homme comme Napoléon, qui avait forgé l’Europe et lui avait donné le goût – inadmissible pour les souverains traditionnels – des Droits de l’Homme, restait dangereux par sa popularité même dans le cœur des Français.

Par mon activité professionnelle, liée au sport et à la santé, j’avais pressenti que Napoléon n’était pas mort de ce cancer de l’estomac, héréditaire de surcroît, thèse chère (et jamais remise en cause) aux historiens napoléoniens.

Sur ce point particulier, je crois indispensable, de citer une nouvelle fois l’avis d’une personnalité du monde médical, le professeur émérite de cancérologie et membre de l’Institut de France, le docteur Lucien Israël. Il s’agit d’une lettre qu’il m’a adressée le 6 septembre 2000  :

« J’ai lu attentivement votre ouvrage, et je partage vos conclusions.

« Les troubles de l'Empereur ayant commencé en 1816 ont donc duré cinq années. Un cancer de l'estomac (au passage, il n'est pas héréditaire) évoluant aussi longtemps n'aurait pu tuer que par métastases pulmonaires et surtout hépatiques. Or on n'en a constaté aucune à l'autopsie. Une autre cause eût été une hémorragie cataclysmique. Il ne s'en est pas produit. Ce sont là les arguments principaux, mais il y en a d'autres, le fait par exemple que les ganglions régionaux et du médiastin montrent des aspects suppuratifs, ce qui ne s'expliquerait pas en cas de cancer gastrique.

« Donc je pense que votre thèse [celle de l’empoisonnement] est la bonne. »

En 1972, à Paris, je rencontre Sten Forshuvud, qui par ses recherches passées, avait à ce moment « quelques longueurs d’avance » sur moi.

Nous décidons de travailler ensemble et de joindre nos forces pour faire avancer cette thèse, qui, les attaques lancées en France contre Sten Forshuvud le prouvaient, ne serait pas facile à faire accepter. Cependant, nous n’imaginions pas l’ampleur de la « résistance », ni la mauvaise foi dont nos adversaires allaient faire montre au fil des années.

Pour justifier qu’il n’était nul besoin de faire disparaître l’Empereur, tant il était devenu odieux aux Français, on évoque souvent une supposée « légende noire », chère à certains historiens napoléoniens.

Cette « légende noire » existait bien, mais uniquement chez les royalistes français, revenus au pouvoir, poussés par les baïonnettes étrangères, et, bien sûr, dans les monarchies européennes qui, après avoir défié et attaqué Napoléon sans relâche pendant onze ans – et après avoir été presque toujours vaincues – l’avaient enfin terrassé. (J’ajoute que cette histoire truquée sert encore de base à de nombreux ouvrages, y compris scolaires, où le nom de Napoléon est souvent accolé au vocable injurieux de « dictateur  ».)

Rappelons-nous, en effet, ce peuple de Paris qui, après la défaite de Waterloo, était venu en masse acclamer Napoléon à sa sortie du palais de l’Élysée pour qu’il acceptât de rester à la tête du pays, de reprendre le commandement de l’armée et de chasser l’ennemi revenu pour imposer ces Bourbons dont la France ne voulait plus. Tous les Mémoires (honnêtes évidemment) de ce temps sont là pour en témoigner.

Populaire encore et toujours auprès de l’armée – qui, je le souligne, n’était pas faite de mercenaires à la solde de Napoléon, mais de citoyens.

Populaire aussi chez les paysans.

Même s’ils avaient souffert de la conscription – ils représentaient près des neuf dixièmes de la population française de ce temps – ils n’oubliaient pas que c’était à l’Empereur, et à lui seul, qu’ils devaient d’avoir pu conserver les terres acquises à la Révolution.

Oui, vivant, un tel homme restait une menace.

Même à Sainte-Hélène.

Même sur ce misérable caillou de 122 kilomètres carrés, égaré à 1 800 kilomètres des côtes de l’Afrique et à 3 500 kilomètres de celles du Brésil !

Sinon, les Anglais eussent-ils entretenu une très coûteuse garnison de quelque 6 000 soldats, sans préjudice de plusieurs vaisseaux de la Royal Navy croisant sans relâche autour de l’île, pour garder un homme qui, selon l’historien napoléonien Jean Tulard, n’était plus une menace ?




Dans cette perspective, le supprimer relevait effectivement d’une certaine logique d’État(s).

Mais, à ce moment, je n’en étais pas encore là.

 

LA CONFIRMATION DU FBI

En 1995, j’ai la chance de pouvoir remettre à Roger Martz, chef du service de Chimie/Toxicologie du FBI, deux cheveux qui avaient appartenu à l’auteur du célèbre Mémorial de Sainte-Hélène, le comte de Las Cases.

Soumis à la méthode dite « Graphite Furnace Atomic Absorption Spectroscopy », les résultats (voir ci-dessous) certifiaient en tous points ceux obtenus par le professeur Hamilton-Smith à Glasgow :

Cheveux
longueur (cm)
Poid
(µg)
Arsenic (ppm)
1
1,75
45
33,3
2
1,40
35,8
16,8

 

Ils étaient accompagnés d’un commentaire du responsable du service de Chimie/Toxicologie, Roger Martz :

« Washington, DC

« 28 août 1995

«Le laboratoire du FBI a analysé deux des cheveux de Napoléon que vous aviez soumis pour une recherche d’arsenic. Vous trouverez ci-dessous les résultats de l’analyse qui a été effectuée par Graphite Furnace Atomic Absorption Spectroscopy.

« La quantité d'arsenic présente dans les cheveux analysés concorde avec un empoisonnement par l’arsenic… »

Les résultats de ces analyses ayant confirmé les précédents, je décide de les présenter à Paris, au mois de mai 2000, aux spécialistes français de toxicologie et aux historiens napoléoniens.

La résistance des milieux napoléoniens « autorisés » ne change pas : sarcasmes et rejet, y compris de certains spécialistes français, qui arguèrent que les échantillons analysés par le FBI étaient trop faibles pour que les résultats obtenus fussent convaincants.

Quant aux historiens napoléoniens français, il leur fallait des analyses réalisées en France.

Je prends la résolution de relever leur défi.

 

LES PREMIÈRES ANALYSES FAITES PAR LE DOCTEUR KINTZ
CONFIRMENT TOUTES LES PRÉCÉDENTES

Le 15 septembre 2000, je confie au docteur Pascal Kintz, autorité mondialement reconnue dans le domaine de l’analyse toxicologique des cheveux, à ce moment président de la Société Française de Toxicologie Analytique, et aujourd’hui président de l’Association Internationale des Toxicologues de Médecine Légale, cinq mèches de cheveux de Napoléon, qui avaient appartenu à Lady Holland, à l’abbé Vignali, au domestique Noverraz (cette mèche venait du musée napoléonien d’Arenenberg, ancienne résidence suisse de la reine Hortense en Thurgovie, sur le lac de Constance), au valet Marchand et au comte de Las Cases, auteur du Mémorial de Sainte-Hélène.

C’était la première fois qu’un seul laboratoire disposait d’autant d’échantillons biologiques, ce qui garantissait des conditions d’analyses plus « confortables » que celles du FBI.



Le docteur Pascal Kintz dans le laboratoire ChemTox d’Illkirch, près de Strasbourg. C’est avec cette machine qu’il a identifié la nature de l’arsenic qui se trouve dans les cheveux de Napoléon : de l’arsenic minéral, mieux connu sous l’appellation populaire de « mort-aux-rats ».

En 2001, le docteur Kintz livre les résultats de ses analyses(*): les cinq mèches révèlent des doses d’arsenic infiniment supérieures (de 7 à 38 fois) à la norme admise par les experts en toxicologie légale.

On eût été en droit d’espérer que la cause était acquise, et la présence de l’arsenic dans les cheveux de l’Empereur reconnue et acceptée.

Il n’en fut rien.

 

LES SURPRENANTES «RÉVÉLATIONS» DU MAGAZINE SCIENCE & VIE

Ainsi, dans le numéro 1022 du mois de novembre 2002, le mensuel de vulgarisation Science & Vie publie un article à sensation dans lequel figurent les résultats d’analyses faites à sa demande par le laboratoire de la Préfecture de Police de Paris. Résultats accompagnés d’un péremptoire :

« Exclusif – Napoléon n’a pas été assassiné.
Notre enquête livre ses conclusions : irréfutables ».

UNE PRÉCISION IMPORTANTE: la méthode utilisée pour l’analyse commanditée par Science & Vie n’est validée par aucun tribunal français ou international.

Quelles sont donc ces conclusions « irréfutables » ?

Que l’arsenic détecté ne se trouve pas dans, mais sur les cheveux de Napoléon, et donc que sa présence n’est due qu’à des produits de conservation à base d’arsenic, qui, effectivement, était alors fort employé pour cet usage.

La thèse de l’empoisonnement ne serait-elle donc que pure fantaisie ?

Le professeur Hamilton-Smith, le FBI, et le docteur Kintz dans ses précédentes analyses, se seraient-ils donc tous successivement trompés ?

UNE REMARQUE S'IMPOSE: aucun des historiens « pourfendeurs » de la thèse n’a fait entendre sa voix pour s’interroger sur l’authenticité de la mèche remise par Science & Vie au laboratoire de la Préfecture de Police de Paris. Peut-être importait-il de ne pas jeter le doute sur des cheveux dont on savait par avance ce que leur « analyse » allait démontrer.

Étrangement, seules les mèches que je mets à la disposition des scientifiques ont le douteux privilège d’être l’objet de la suspicion systématique des historiens napoléoniens français.

 

DE NOUVELLES ANALYSES FAITES PAR LE DOCTEUR PASCAL KINTZ RÉDUISENT À NÉANT CELLES DE SCIENCE & VIE:
L'ARSENIC SE TROUVE AU COEUR DES CHEVEUX

À l’automne 2003, avec le professeur Robert Wennig, de l’université du grand-duché du Luxembourg, le docteur Kintz décide de faire une autre approche du problème et de soumettre les cheveux de Napoléon à une méthode d’analyses différente.

Alors que la méthode – la spectrophotométrie d’absorption atomique – à laquelle il avait fait appel précédemment, donnait des indications sur « l’environnement » complet du cheveu, une autre machine, le Nano-SIMS (pour Nano-Secondary ion mass spectrography) va lui permettre, cette fois, d’aller explorer le cœur des cheveux, la médulla, cette moelle épinière irriguée par le sang qui « nourrit » le cheveu.

Quel est le résultat de cette exploration ?

On le distingue sur le document ci-dessous : il y a, certes, de l’arsenic sur l’enveloppe du cheveu – cette présence s’explique certainement par des manipulations – mais surtout, le toxique imprègne totalement la médulla, et cette présence au cœur même du cheveu implique, souligne le docteur Kintz, « un passage obligatoire par la circulation sanguine. »



Ces deux documents qui ont été obtenus par imagerie Nano-SIMS (université du grand-duché du Luxembourg) permettent de distinguer parfaitement que la partie centrale (ou médulla, c’est-à-dire le cœur du cheveu), est imprégnée d’arsenic. Il y a certes du toxique en surface, très probablement à cause, entre autres, de manipulations, mais le point important et indiscutable est que ces images mettent une fois pour toutes un terme à l’hypothèse de la contamination externe par des produits de conservation. Le toxique n’a pu arriver ainsi au cœur des cheveux que véhiculé par le flux sanguin.

En d’autres termes, cet arsenic ne peut absolument pas provenir d’un quelconque produit de conservation : il a été ingéré par voie digestive.

Ce qui réfute définitivement ces « conclusions irréfutables » du magazine Science & Vie sur la contamination externe, qui étaient censées renvoyer les « empoisonnistes à leurs études », comme l’écrivait, non sans arrogance, l’auteur de l’article.

 

On se rappelle que les historiens napoléoniens ont successivement expliqué la présence de l’arsenic dans les cheveux de Napoléon par une méthode de conservation (nous venons de voir ce qu’il convient d’en penser), par la colle du papier peint, et la fumée du poêle, sans préjudice de quelques autres hypothèses plus ou moins insolites, récemment émises, comme le chagrin ou l’ennui. La dernière hypothèse en date étant la pittoresque « découverte » faite par des chercheurs suisses, qui avaient déduit que l’Empereur avait bien succombé à un cancer de l’estomac en… mesurant la taille, qui avait diminué, de plusieurs de ses pantalons !

Je signale au passage que je n’ai entendu aucun historien napoléonien (ou assimilé) ne mettre en doute ni l’authenticité ni la provenance des fameux pantalons, ni, d’ailleurs, s’étonner de l’étrangeté des conclusions.

Le docteur Kintz a balayé d’une phrase – cela ne méritait pas davantage – cette surprenante hypothèse en disant que « ce n’est pas à la taille de ses pantalons que l’on peut affirmer qu’un individu souffre d’un cancer. »

Pour mettre un point final à cette affaire des cheveux impériaux, le docteur Kintz a voulu aller au bout des choses.

Ce sont les résultats de ses derniers travaux, réalisés avec le laboratoire ChemTox, qui ont été présentés à la presse et aux personnalités évoquées plus haut, le 2 juin 2005 à Illkirch.

Le laboratoire ChemTox

Créé en 2003, et installé récemment (2005) dans une structure toute neuve conçue par ses collaborateurs en fonction des exigences de leur activité, ce laboratoire, situé dans le parc d’innovation d’Illkirch-Graffenstaden, est compétent dans tous les grands domaines de la toxicologie :

- Expertise judiciaire. Pour répondre à la demande des autorités judiciaires, le laboratoire a développé un savoir-faire de pointe dans le domaine des analyses du sang, de l’urine et des cheveux, permettant l’identification formelle de toutes sortes de substances et toxiques : alcool, métaux, stupéfiants, produits dopants, médicaments…

- Conseil et l’évaluation des risques toxicologiques

- Contrôle antidopage

- Recherche de toxiques, médicaments, poisons, stupéfiants et produits utilisés dans l’industrie agricole

- Toxicologie et pharmacologie analytiques

- Identification de contaminants…

Le laboratoire est également sollicité par la médecine du travail pour proposer aux médecins du travail et aux entreprises des solutions de dépistage et d’identification de comportements addictifs, et, également, des examens de suivi des expositions à risques, notamment les matières volatiles et les métaux.

N’oublions pas non plus que la grande spécialité, internationalement reconnue, du laboratoire est l’analyse des cheveux. En effet, ces « marqueurs » d’exposition, répétées ou chroniques, à des matières toxiques, permettent d’établir, sur le long terme, un profil de la consommation de la ou des substances toxiques. C’est au titre de cette discipline que ChemTox travaille également pour les services de police du monde entier, dont le FBI et Scotland Yard.

Les analyses des cheveux de Napoléon viennent, comme on l’a vu dans l’article qui précède, de démontrer et la haute compétence du laboratoire ChemTox et l’intérêt des cheveux dans l’expertise toxicologique.

Le laboratoire possède un site web que l’on peut visiter à l’adresse suivante  :

www.labochemtox.com

Ces résultats, je les attendais avec impatience, car je savais qu’ils pouvaient mettre un terme définitif – le pléonasme est délibéré – à cette longue controverse.

 

UNE MÉTHODE ENCORE JAMAIS UTILISÉE CONFIRME
LES HABITUDES THÉRAPEUTIQUES DE NAPOLÉON
ET L'AUTHENTICITÉ DES CHEVEUX

La méthode, jamais encore utilisée, est celle de l’ICP-MS, ou « plasma induit couplé à la spectrométrie de masse ».

Le matériau biologique : des cheveux provenant de deux mèches que j’avais remises au docteur Kintz : l’une dite « Noverraz » (déjà analysée lors des expériences précédentes), et l’autre « Bertrand », du nom du grand Maréchal du Palais, et l’un des compagnons de déportation de Napoléon.

Sans entrer dans des détails scientifiques trop complexes, ni dans le processus complet de cette troisième série d’analyses, résumons en disant que la spectrométrie de masse est à la molécule chimique ce que l’ADN est à l’homme : strictement « personnelle ».

Les tests ont été faits sur les deux mèches, Noverraz et Bertrand, et sur un échantillonnage de soixante-cinq personnes d’habitudes de vie, alimentaires ou autres, extrêmement diverses.

Les résultats que donne la machine sont d’une spécificité absolue qui exclut toute erreur d’interprétation.

L’intérêt ?

D’abord, de pouvoir doser simultanément une trentaine de métaux et de métalloïdes, dont les plus significatifs, dans le cas qui nous intéresse ici, apparaissent dans le tableau suivant :

 

On retrouve, confirmées sur ce tableau, les grandes quantités d’arsenic décelées auparavant par les précédentes analyses, mais on y voit également, ce qui est nouveau, d’autres éléments chimiques comme :

- Le mercure, qui provient du calomel, purgatif très employé à cette époque, où l’on pensait que, pour soigner un malade, il convenait de le débarrasser de ce qu’il y avait de « mauvais » en lui. C’est dans cette logique que s’inscrit l’élément suivant ;

- L’antimoine, qui signe l’utilisation d’un vomitif, le « tartar emetic » ;

- L’argent, qui est un résidu de sirop de collargol, un antiseptique local ;

- Le plomb, caractéristique de la litharge, ou oxyde de plomb, alors utilisé pour adoucir le vin et le porto.

Outre qu’ils sont révélateurs des habitudes thérapeutiques de Napoléon – l’utilisation de ces médications diverses est confirmée par les Mémoires de ses compagnons de déportation – ces éléments renforcent l’authenticité des mèches, «  car, explique le docteur Kintz, il est impossible d’imaginer des mèches contenant à la fois de l’arsenic, du mercure, de l’argent, de l’antimoine et du plomb.  »

 

DE LA «MORT-AUX-RATS» POUR EMPOISONNER NAPOLÉON

Plus important, car on touche là à la véritable révélation – et à la révolution – de ces dernières analyses : la méthode employée a permis de déterminer avec exactitude la nature chimique de l’arsenic présent au cœur des cheveux de Napoléon.

Il importe en effet de savoir que l’arsenic existe sous deux formes :

Les espèces arséniées ...


La toxicité de l'arsenic dépend de la forme chimique du composé


* Arsenic minéral = Très toxique


- Arsénite : As (III), anhydride arsénieux (trixyde), mort aux rats
- Arseniate : As (V)
et leurs métabolites : monométhylarsonate (MMA) et diméthylarsinate (DMA)

* Arsenic organique = peu toxique, d'origine alimentaire

- ArsénobétaÏne: aliments marins
- Arsénocholine

 

 

- Une forme organique, très peu toxique, qui se retrouve chez les personnes consommant beaucoup de fruits de mer. Ce qui, un moment, a fait supposer que l’Empereur, déporté sur cette île de Sainte-Hélène, se nourrissait ainsi, mais aucun des ses compagnons ne le mentionne. En outre, cet arsenic est en grande partie éliminé par les voies naturelles, et donc, ne se fixe pas dans les cheveux (ou les ongles).

- Une forme minérale, très toxique (ou As III et V), mieux connue sous l’appellation populaire de « mort-aux-rats » .

C’est cet arsenic qui se retrouve en grandes quantités dans les cheveux de Napoléon, comme le montre le tableau ci-dessous.

Méthode analytique (spéciation)

  • Décontamination
    • Acétone (2 ml pour 20 mg)
  • Préparation
    • Pesée de 10 mg de cheveux
    • Incubation dans l’eau (0,5 ml) pendant 6 heures à 90°C
  • Dosage
    • Colonne (échange anions) Hamilton PRP-X100 (4,1 x 250 mm , 10 µm)
    • Tampon PO4 12,5 mM (pH 8,5) + 3% MeOH à 1,5 ml/min
    • Séparation HPLC (SpectraSYSTEM, Thermo) puis ICP/MS

La séparation des espèces


Noverraz


Maréchal Bertrand



UNE QUESTION  : d’où provient cet arsenic ?

Les explications, plus ou moins honnêtes ou étayées, se peuvent résumer à cinq causes :

- L’arsenic comme produit de conservation : il a été démontré plus haut que cette hypothèse n’était pas recevable. Et si tel avait été le cas, au moment de l’étape de décontamination (ou de lavage) des deux mèches à l’acétone, l’arsenic présent à la surface des cheveux eût dû se retrouver – en quantité – dans le liquide de décontamination.

À l’issue du processus de décontamination, quelles doses constate-t-on ?

- 0,45 ng (nanogramme) par milligramme de cheveux pour les cheveux de la mèche « Noverraz » ;

- 0,55 ng par milligramme, pour les cheveux de la mèche « Bertrand ».

Or, les concentrations relevées dans ceux de Napoléon sont de plusieurs dizaines de nanogrammes.

Conclusion (déjà formulée plus haut) : il n’y a pas de contamination externe.

- La fumée du poêle, elle aussi souvent accusée. Cette hypothèse, chère, parmi d’autres, aux historiens napoléoniens français, avait été avancée en 1998 par deux chercheurs américains, Hindmarsh et Corso, qui avaient constaté, dans plusieurs populations du Bengale, une intoxication causée par des émanations de poêles. Mais, la présence de poussières de charbon brûlé et contaminé à l’arsenic, donne à l’analyse un peu d’arsenic III et V et beaucoup de MMA et surtout de DMA, dans la proportion respective de 10 à 20 % et de 60 à 80 %.

C’est-à-dire exactement l’inverse de ce qui a été trouvé et démontré dans les cheveux de Napoléon.

La fumée du charbon...

La présence d'arsenic dans les cheveux de Napoléon pourrait s'expliquer par une contamination par les fumées de charbon
Hindmarsh et Corso, J. history of Medecine, 1998, 53, 2001-218

Shraim, Toxicol Letters, 2003
Les espèces urinaires retrouvées chez des personnes exposées à des poussières de charbon brûlé et contaminé en arsenic sont:
As (III) et As (V): 10 à 30%
MMA: 10 à 20%
DMA: 60 à 80%

 

- Les émanations du papier peint, thèse, elle aussi, souvent soutenue. Le papier peint de Longwood était de couleur verte, car il était fait de sulfate de cuivre mélangé à de l’arsénite de sodium. Sous l’humidité constante de Longwood, il s’est formé une moisissure, qui a transformé l’arsénite de cuivre (pigment) en vapeur d’arsenic (arsine) très toxique, et en « DMA » et « TMA » (Comme les « MMA », ce sont des métabolites, ou produits de dégradation, transformés par l’organisme, de l’arsenic. Leur présence est liée à la forme d’arsenic ingéré). Or, les cheveux de l’Empereur ne contiennent ni l’un ni l’autre, ou alors en quantités infinitésimales, et donc négligeables.

Le papier peint...

Couleur verte (Scheele) : sulfate de cuivre mélangé à de l'arsenite de sodium.
Papier peint + humidité: formation d'une moisissure.
Moisissure: transformation de l'arsenite de cuivre (pigment en vapeur d'arsenic (arsine) très toxique et en DMA et TMA.

Jones, Ledingham. Nature 1982: 299:626-7

Posé en 1819 ...

D’autre part, point essentiel à souligner, le docteur Kintz a analysé des cheveux de l’Empereur coupés avant son décès. C’était la mèche « Las Cases », coupée par Santini le 16 octobre 1816. Or, le papier peint incriminé a été posé en … 1819 !

Le papier peint est donc définitivement – et scientifiquement ! – innocenté.

- L’eau de Longwood : son analyse ne révéla aucune teneur particulière en arsenic.

Parenthèse indispensable dictée par le bon sens  : on imagine mal comment tous ces agents toxiques eussent pu nuire ainsi à la santé du seul Napoléon.

- La liqueur de Fowler : constituée par une solution d'arsénite de potassium, et titrant environ 1% en anhydride arsénieux, elle est utilisée comme stimulant de la nutrition. Cette préparation n’est mentionnée par aucun des mémorialistes présents à Sainte-Hélène.

 

SUR LA PISTE D'UNE INTOXICATION CRIMINELLE

Il a été successivement démontré :

- d’une part, que l’arsenic n’était pas sur mais dans les cheveux de Napoléon (arsenic « endogène » poussé au coeur des cheveux par le flux sanguin) ;

- d’autre part, que cet arsenic était de forme minérale, la plus toxique qui soit (« mort-aux-rats »).

Les analyses scientifiques réalisées par le docteur Kintz et le laboratoire ChemTox, selon les procédures courantes en médecine légale – Napoléon n’a pas bénéficié d’un régime particulier – ont donc éliminé toutes les causes évoquées plus haut.

Une certitude s’impose alors, qu’énonce le docteur Pascal Kintz :

« Dans tous les échantillons de cheveux de l’Empereur, l’ICP-MS a mis en évidence des concentrations massives, concentrations qui sont compatibles avec une intoxication chronique par de l’arsenic minéral très toxique. Ce qui implique que nous sommes sans ambiguïté sur la piste d’une intoxication criminelle. »

Je ne saurais trouver de meilleure conclusion.


Napoléon à Ste-Hélène


«Les grands ouvrages que j'ai exécutés et le code de lois que j'ai formé résisteront à l'épreuve du temps et les futurs historiens vengeront les torts que m'auront fait subir mes contemporains.» Citation de Napoléon recueillie par le Dr. B.E. O'Meara à Ste-Hélène.


 






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(*) Pour les explications détaillées des analyses et la description du climat conflictuel qui entoure cette affaire, je renvoie les visiteurs du site à deux documents écrits par Jean-Claude Damamme, représentant de la Société Napoléonienne Internationale pour la France :
« Empoisonnement de Napoléon : Vérités-Mensonges » et « Dossier Spécial Empoisonnement ».


 

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